Mardi 26 septembre 2017 | Dernière mise à jour 04:33

Les sels spéciaux sont-ils plus vertueux que le sel de table classique ?

Image: Keystone

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Les sels roses de l’Himalaya, sels noir de Hawaï et autres sels exotiques ne sont pas plus sains que les sels classiques. Ce sont les sels iodés qui apportent le plus de bienfaits nutritionnels.

Dans le commerce, on trouve des sels spéciaux comme le sel rose de l’Himalaya, le sel noir de Hawaï, la fleur de sel, le sel bleu de Perse et autres spécialités exotiques. Leur couleur attire l’œil et ils égaient assiettes et papilles. Certains leur prêtent toutes sortes de vertus. Contenant une multitude de minéraux, ils auraient des effets nutritionnels ou physiologiques bons pour la santé.

 

Une analyse de composition

En 2016, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) publiait un rapport d’analyse sur ces sels spéciaux (1). L’organisme a déterminé la composition de 25 types de sels en vente en Suisse et en particulier ceux qui étaient décrits comme étant bons pour la santé. Il a notamment mesuré leur teneur en sels minéraux et en éléments traces à l’aide de trois méthodes spectroscopiques. Pour estimer les valeurs nutritionnelles et sanitaires de ces sels, l’OSAV a comparé les concentrations mesurées et les doses journalières recommandées ou tolérées pour un adulte de 60 kg.

Résultat, tous les sels analysés contenaient entre 83 % et 99 % de chlorure de sodium NaCl, également appelé sel de cuisine ou sel de table. Autrement dit, ils se composaient principalement de sel. Cependant, la composition des sels classiques s’est avérée plus pure que celle des sels spéciaux : leur teneur moyenne en chlorure de sodium était d’environ 99 %. Les sels spéciaux, en revanche, ne présentaient que 94 % de chlorure de sodium en moyenne. Quelles sont donc les autres composantes de ces condiments ?

Certains contaminants comme l’aluminium, l’uranium ou le cadmium ont été décelés. Les sels spéciaux avaient tendance à en contenir davantage que les sels alimentaires usuels. Cependant, aucun des sels analysés ne contenait des quantités de substances indésirables à un taux susceptible de présenter des risques pour la santé. Les quantités contenues dans 5 g de la plupart de ces sels n’atteignaient pas 1% de la dose journalière tolérable.

 

Des nutriments oui, mais pas en quantité suffisante

 Bien que la recherche ait été menée sur un large spectre d’éléments, seul un nombre minime de substances minérales et d’oligo-éléments ont pu être détectés. De nombreux nutriments recherchés n’ont été décelés dans aucun de ces sels, soit parce qu’ils étaient absents, soit parce qu’ils étaient présents en quantités si faibles qu’elles n’étaient pas détectables par la méthode d’analyse utilisée. À quelques exceptions près, les nutriments découverts dans 5 g de sel représentaient moins de 2 % de la quantité journalière recommandée. Des quantités si faibles qu’elles n’ont « pas de signification nutritionnelle », conclut l’OSAV.

Les sels de Perse font figurent d’exceptions car ils contiennent des quantités relativement élevées de potassium. 5 g de sel couvrant un quart des besoins journaliers en potassium. Autres exceptions, les sels de l’Himalaya qui contiennent des quantités appréciables de fer. Un attribut qui leur donne d’ailleurs leur couleur rosée. Plus la couleur est foncée, plus la concentration en fer est élevée. Le nutriment provient des impuretés naturellement présentes dans les roches dont le sel est extrait. 5 g de ce type de sel couvrent en moyenne près d’un cinquième des besoins journaliers en fer. Cependant, comme ce fer est présent sous forme d’oxyde de fer insoluble, il est difficilement assimilable par l’organisme. En conséquence, l’OSAV affirme que les sels himalayens ne peuvent pas être considérés comme de bonnes sources nutritionnelles de fer,  malgré leur teneur relativement élevée.

 

L’intérêt du sel iodé

En troisième exception, c’est sans surprise qu’on retrouve le sel iodé. Certains sels de table sont en effet volontairement enrichis en iode, selon une recommandation de la Commission fédérale de l’alimentation (COFA) à l’ensemble des producteurs helvétiques de chlorure de sodium.

Existante en Suisse depuis 1920, cette pratique a permis d’éradiquer des maladies causées par une sévère carence en iode, autrefois répandues comme le goitre ou les troubles du développement mental. Cet oligo-élément étant notamment indispensable au corps pour la fabrication d’hormones thyroïdiennes. Depuis 1920, ces adjonctions d’iode sont allées en augmentant. Elles sont passées de 15 à 25 mg d’iode par kilogramme de sel entre 1980 et 2014 (2). Mais le manque d’iode se fait toujours sentir.

 

Notez encore que le sel de mer ne contient naturellement qu’une faible quantité d’iode. Il ne peut donc être considéré comme équivalent au sel iodé (1). Par contre, les produits de la mer comme les poissons, les crustacés et les algues, mais aussi le lait et le fromage contiennent de l’iode (3).

 

En conclusion, même si certains sels spéciaux contiennent soit du fer, soit du potassium, ils ne valent pas les bienfaits qu’apporte le sel de table iodé. Dans son rapport, l’OSAV estime même que : « les sels spéciaux ne présentent aucun avantage par rapport aux sels traditionnels. Au contraire, en raison de leur teneur en iode, faible ou inexistante, ils ne devraient remplacer le sel iodé traditionnel qu’à titre exceptionnel. (…) Ils n’ont aucune propriété nutritionnelle notable et ne devraient, par conséquent, pas être recommandés pour un usage quotidien pour la cuisson ou l’assaisonnement. »

 

Nathalie Jollien

 

 

Sources :

(1) Rapport sur la composition des spécialités de sels courantes. Esther Infanger, Max Haldimann, Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), 05/2016.

(2) Emission A Bon Entendeur, Sel et carence en iode en Suisse, Radio Télévision Suisse (RTS), 16/05/2017.

(3) Dr Iode et Mr Sel, Factfood, d’après Invivomagazine, CHUV Lausanne.

 

(Fact Food)

Créé: 03.07.2017, 10h31

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