Mardi 22 août 2017 | Dernière mise à jour 08:53

Le végétarisme est-il adapté aux enfants et aux femmes enceintes ?

Image: Keystone

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Une alimentation végétarienne demande une attention particulière à l’équilibre alimentaire et à l’apport de nutriments, particulièrement chez les enfants et les femmes enceintes. Inventaire des pièges à éviter.

L’enquête nationale suisse sur l’alimentation MenuCH portant sur 2014-2015 a dénombré 2,5 % d’hommes et 6,5 % de femmes ayant une alimentation végétarienne (ou végétalienne) (1). En éliminant les produits de source animale de son alimentation, est-ce que les femmes enceintes mettent en danger le développement de leur fœtus ? Et un enfant végétarien reçoit-il tous les nutriments nécessaires à sa croissance ? Des questions qui paraissent légitimes, quand on sait que dans ces phases particulières de la vie, les besoins en nutriments sont plus élevés que la norme. Les risques de carences alimentaires sont d’autant plus conséquent que chez Monsieur tout le monde.

Toute carence alimentaire aura un effet sur la santé et croissance de l’enfant. Mais un régime végétarien bien équilibré peut être «nutritionnellement adapté et parfaitement sain pour les enfants», estime l’Association américaine de diététique (2). De son côté, la Société suisse de nutrition (SSN) indique qu’une alimentation végétarienne, «peut convenir aux enfants à condition que le choix des aliments soit varié et qu’il fournisse tous les nutriments nécessaires à l’enfant (3).» Par contre, «l’alimentation végétalienne proscrit non seulement la viande et le poisson, mais également tous les produits alimentaires d’origine animale tels que le lait, les produits laitiers, les oeufs, le miel, etc. et devrait être évitée. Ce type d’alimentation n’est pas recommandé pour les enfants car il est à l’origine de carences dont les conséquences pour la santé sont graves.» Que ce soit pour un adulte ou un enfant, il nécessite de vastes connaissances nutritionnelles et la prise de compléments alimentaires. La SSN recommande aux adeptes de «se faire contrôler et conseiller par des spécialistes (4).»

 

Vitamine B12

En effet, les adeptes du végétalisme – ou véganisme- excluent de leur alimentation toutes les denrées qui sont sources de la vitamine B12, le seul nutriment qui ne se retrouve que dans les produits animaux et qui joue un rôle important dans la production des cellules sanguines et le fonctionnement du système nerveux. «Une fois absorbée, la vitamine B12 est stockée par l’organisme pour plusieurs années, explique la SSN. A partir du moment où des sources de vitamine B12 cessent d’être consommées ou sont consommées en petite quantité, il faut compter cinq ans jusqu’à ce qu’il soit possible d’attester d’une carence en vitamine B12 mesurable. En conséquence, les végétaliens ayant adopté ce régime depuis de longues années, mais aussi les végétariennes enceintes ou qui allaitent (5), font partie du groupe à risque en ce qui concerne une éventuelle carence. Pendant la grossesse, l’enfant qui se développe est approvisionné en vitamine B12 et en autres substances nutritives de façon prioritaire par rapport au corps de la mère. Si la femme a un apport suffisant en vitamine B12, l’enfant constitue des réserves qui suffisent pour 10 à 12 mois.»

«Si les besoins en vitamine B12 de l’enfant ne sont pas couverts, cela peut entraîner des troubles neurologiques (6), des atrophies cérébrales voir même des décès. Mais aujourd’hui, les enfants véganes n’ont plus aucune raison d’être carencés en B12», estime la Société végane française (7). La consommation d’aliments enrichis en vitamine B12 ou des compléments alimentaires est conseillée à tous les végétaliens, y compris les bébés.

 

Vitamine D

A part la vitamine B12, enfants et femmes enceintes devraient également être attentifs à d’autres nutriments. D’abord la vitamine D, que l’on retrouve dans le poisson riche en graisse (saumon, sardines, anchois) et les champignons. Cependant, «cette vitamine est également produite par le corps lui-même sous l’effet de la lumière du soleil (rayons UVB), mentionne la SSN. Les aliments contiennent généralement peu de vitamine D. Un apport suffisant pour couvrir les besoins au moyen de la nourriture n’est possible ni pour les végétariens, ni pour les personnes ayant une alimentation mixte. C’est pourquoi la production de vitamine D dans la peau à l’aide de la lumière du soleil joue un rôle important.»

Mais en général, on évite d’exposer un nourrisson au soleil. Selon l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), «les enfants en bas âge sont exposés à un risque de carence en vitamine D plus important, une supplémentation au moyen de gouttes de vitamine D est préconisée pour eux au cours des trois premières années (8)».

 

Oméga-3

Lors de la grossesse et de l’allaitement, les femmes devraient également être spécialement attentive aux acides gras oméga-3, ne pouvant pas être produits par l’organisme lui-même, et que seule la nourriture peut apporter à l’organisme. Toujours selon la SSN, «il est particulièrement important que leur consommation de sources végétales d’oméga-3 soit suffisante (huile de colza, (huile de) noix, huile de soja, huile de lin) et une supplémentation par des aliments enrichis ou des compléments (par exemple à base de micro-algues) peut être nécessaire».

 

Manque d’études scientifiques

Une étude scientifique parue en février 2017 a passé en revue les différentes recherches sur le végétarisme chez les enfants (9). Si leur hétérogénéité n’a pas permis d’en tirer des conclusions fermes, les scientifiques avancent pourtant que «la plupart des études n’ont pas montré d’effets néfaste du végétarisme chez les enfants, mais ont révélé des effets bénéfiques sur la santé, notamment un bon profil lipidique, statut antioxydant et apport en fibres alimentaires, ainsi qu’une tendance à un risque de surpoids inférieur à la norme. Cependant, un risque de carence en fer a été remarqué». Ils relèvent également qu’il n’existe aucune étude à long terme et peu d’études sur le régime végan chez les enfants.

 

 

 

Sources :

(1) Fiche thématique – Consommation de viande, Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), 14/03/2017.

(2) Position officielle de l’Association américaine de diététique au sujet de l’alimentation végétarienne,J. Acad. Nutr. Diet. 2016 Dec;116(12):1970-1980.

(3) Feuille d‘information – L’alimentation des enfants / édition actualisée en juin 2016 ©Société Suisse de Nutrition (SSN).

(4) Feuille d‘information – L’alimentation végétarienne / Février 2013, actualisation juin 2015 ©Société Suisse de Nutrition (SSN).

(5) Koebnick C, Hoffmann I, Dagnelie PC, Heins UA, Wickramasinghe SN, Ratnayaka ID, Gruendel S, Lindemans J, Leitzmann C: Long-term ovo-lactovegetarian diet impairs vitamin B-12 status in pregnant women. J Nutr 2004;134(12):3319–26.

(6) Commission fédérale de l’alimentation. Avantages et désavantages d’une alimentation végétarienne pour la santé. Rapport des experts. Berne: Office fédéral de santé publique, 2006.

(7) Vive la B12, un site de la Société végane francophone. //www.vivelab12.fr

(8) Recommandations concernant la vitamine D. Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), juin 2012.

(9) Schürmann S, Kersting M, Alexy U : Vegetarian diets in children: a systematic review. Eur J Nutr 2017 Mar 15. doi: 10.1007/s00394-017-1416-0.

 

 

 

 

 

(Fact Food)

Créé: 09.06.2017, 15h27

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