Dimanche 18 août 2019 | Dernière mise à jour 19:46

Football Hervé Renard: «Faire quelque chose de grand»

Le sélectionneur du Maroc aborde le Mondial avec des ambitions. Rencontré en Valais, le Français évoque sa passion de l’Afrique, la puissance des émotions et les contraintes du système.

Hervé Renard, sélectionneur du Maroc: «Je n'ai jamais choisi, j'ai laissé faire le destin.»

Hervé Renard, sélectionneur du Maroc: «Je n'ai jamais choisi, j'ai laissé faire le destin.» Image: Maxime Schmid

Hervé Renard en six dates

1968: Naissance le 30 septembre à Aix-les-Bains. Avec Cannes, il jouera un match de D1.

1999: Après une carrière de joueur modeste, il entame sa reconversion à Draguignan.

2008: Première mission avec la Zambie, avec qui il remporte la CAN quatre ans plus tard.

2014: Après Sochaux, il soulèvera une 2e Coupe d’Afrique des nations, avec la Côte d’Ivoire.

2015: Nommé à Lille, il est viré six mois plus tard. En février 2016, il s’engage avec le Maroc.

2018: Il va disputer son premier Mondial avec les Lions de l’Atlas, absents depuis 20 ans.

Hervé Renard avec notre journaliste, dans un salon de l'Hôtel Ambassador à Crans. (Image: Maxime Schmid)

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- Hervé Renard, d'où vient le lien qui vous lie à l’Afrique et qui a fait de vous un baroudeur des terrains?

Ce qui me lie à l’Afrique, ce sont des rencontres, à commencer par celle avec Claude Le Roy. Je suis parti en Chine, à Guizhou, avec lui en 2002. C’était assez loin du continent africain. Il m’a fait revenir, comme adjoint du Ghana. Quand il m’a appelé, j’entraînais Cherbourg. Je n’ai jamais choisi, j’ai laissé faire le destin. Puis tout s’est enchaîné. Quand les choses ne se passent pas trop mal, on vous rappelle.

- Que trouvez-vous là-bas qu’il n’y a pas, ou moins, ici?

Pour moi, c’est l’opportunité d’entraîner des joueurs de haut niveau. La compétition, les tournois, c’est ce que j’aime. J’ai disputé les six dernières Coupe d’Afrique des nations. La chance de participer maintenant à un Mondial, c’est exceptionnel.

- Cette étiquette de sorcier blanc qui vous a été collée, ça vous agace ou cela vous flatte?

C’est une habitude du continent africain, je suis loin d’être le premier catalogué ainsi. Mais quand ça revient trop souvent, ça dénote un manque d’imagination. Dans le coaching comme dans la vie, il n’y a pas de couleur ni de nationalité.

- S’attache-t-on aux équipes que l’on dirige?

Moi, je m’attache aux gens, mais je suis aussi un professionnel. J’ai toujours une petite barrière qui fait que l’on doit se protéger. J’ai de la proximité, mais je sais aussi garder la bonne distance. Je suis dans un milieu très précaire. On ne sait jamais de quoi sera faite la suite.

- Et pourquoi on est aimé?

Alors ça… J’essaie d’être moi-même. Parfois je suis dur, parfois plus souple mais j’essaie toujours de demeurer humain.

- Pas évident dans un milieu qui ne l’est pas vraiment…

On peut trouver sa ligne de conduite. Le système, j’en bénéficie aussi. Mais je peux aussi rester en marge en ne me laissant pas absorber par ça. Ne pas se laisser griser, voilà le plus important.

- Face au poids de vos deux Coupes d’Afrique soulevées, que représente pour vous la Coupe du monde?

C’est beaucoup plus. Parce que c’est une exposition universelle. Pour un entraîneur de club, la Ligue des champions est ce qui se fait de mieux. Pour un sélectionneur, c’est ce qui m’attend. Il m’a fallu dix ans pour y parvenir! (Rires)

- Avec l’Espagne et le Portugal, ce n’est pas gagné d’avance…

Dans ce groupe, on a placé la barre très haut. Toutes les équipes qui ne sont pas favorites rêvent d’exploit, encore faut-il avoir les moyens de ses rêves. Je sais que j’ai un groupe capable de faire quelque chose de grand. L’ennuyeux dans la vie, c’est d’avoir des regrets. Si on se fait laminer et que l’on n’existe pas, on n’en aura pas et l’on sera fataliste. Mais si on est capable d’être nous-mêmes, voire au-dessus, et que l’Espagne et le Portugal sont un peu en dessous, on peut le faire.

- À cet égard, ressentez-vous une responsabilité particulière?

Oui, cette responsabilité est même immense, mais il ne faut pas la fuir. Sentir la ferveur populaire de tout un pays derrière son équipe ne s’achète pas. Au Maroc, les fans en veulent toujours plus. Ils attendent une belle Coupe du monde.

- Mais c’est quoi une belle Coupe du monde?

C’est quand chacun donne le meilleur pour son pays, comme un don de soi. Personnellement, je serais déçu de rentrer à la maison après le premier tour. Je me connais. Tout compétiteur espère aller, sinon au bout, au moins le plus loin possible. On a conscience de nos forces et de nos faiblesses. Il faudra faire encore mieux que ce que l’on sait déjà bien faire et tenter de minimiser ce qui fonctionne peut-être moins bien.

- Tout dépendra du rendez-vous initial contre l’Iran, non?

Si l’on veut essayer de tout gagner, mieux vaut bien partir! L’important, c’est d’être dans les deux premiers à l’arrivée. Il ne faut pas se leurrer. À la fin, les gros seront toujours là. Si l’on pouvait être la surprise... Sur la durée, on ne peut pas régater avec des grands pays du football. Mais on peut rivaliser sur 90 minutes.

- Le Maroc a terminé ses qualifications sans avoir encaissé le moindre but…

Ça veut en tout cas dire quelque chose. Cela démontre une grande solidarité. Quand vous n’avez pas les meilleures individualités du monde, il faut trouver autre chose, comme la cohésion.

- Alignant majoritairement des binationaux, le Maroc est devenu très européen. Est-ce un avantage?

C’est déjà une richesse, un potentiel incomparable par rapport à celui des autres nations. Cela remonte à l’immigration quand des familles marocaines se sont installées en Espagne, en France, en Belgique, etc. On a ces différentes influences culturelles dans une même équipe. Même s’il n’est pas toujours aisé de se comprendre, une alchimie s’est créée.

- Revenir entraîner en Europe ne vous titille pas?

Mon souhait, c’est de pouvoir vivre des choses que je n’ai encore jamais vécues. Si cette possibilité se présente, pourquoi pas… Peut-être en reparlera-t-on dans un mois après avoir été sous l’œil du football mondial. Il ne faut pas rêver des choses, il faut les faire. J’ai coutume de dire que l’on a ce que l’on mérite.

- À une époque, vous aviez été très proche du FC Sion. Vous confirmez?

Oui. J’avais même rencontré son président à Annecy, mais cela ne s’était pas fait.

- Que vous inspire l’argent du foot? À quand un joueur à 1 milliard de francs?

Voilà un sujet tabou, surtout en France, où l’on jalouse ceux qui ont du succès. Je ne pense pas que lorsque l’on choisit le foot, le moteur en soit l’argent. Qu’en sera-t-il dans dix ans? C’est tout le système qui fait qu’aujourd’hui on dépense des sommes qui sont au-delà de la décence.

- Vous reconnaissez-vous justement dans ce système?

Lorsque vous allez à Gstaad, vous payez le prix, sans savoir si c’est justifié ou pas. Un café pris aux Champs à Paris n’a pas le même prix que celui bu dans un village reculé. C’est pourtant le même café. Le système, ce n’est ni moi ni vous qui l’avons fait. Et on ne va pas le changer.

- Finalement, qu’aimez-vous le plus dans votre job?

Les émotions du match quand il faut gérer cette adrénaline dont on a besoin pour faire basculer une partie. On vit dans les extrêmes. On peut passer d’un moment d’abattement infini quand on encaisse un but à une explosion de bonheur quand l’on en marque un. Or les émotions sont indispensables sinon on s’ennuie. Le foot réserve trop de choses que l’on ne peut pas prévoir.

- Et le moins?

L’exposition, c’est le mal de notre société. Tout fonctionne en termes d’image. Il faut s’en préserver, j’ai fixé du reste des règles strictes. Car les gens interprètent rapidement les choses et cela peut être dangereux.

Créé: 15.06.2018, 08h27

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