Dimanche 29 mars 2020 | Dernière mise à jour 23:51

Jeu vidéo Haro sur «No Man’s Sky»

Le jeu d’exploration galactique le plus attendu de l’année a fait rêver trop fort. Le voilà descendu en flamme sur la Toile.

Les rêveries du promeneur solitaire (dans la galaxie)

Imaginez un peu: un jeu d’exploration potentiellement infini. Des milliards de milliards (!) de planètes à découvrir, le tout mâtiné de crafting et de combats spatiaux façon «Star Wars». En voilà un programme alléchant. D’autant que «No Man’s Sky» entendait bien écrire une nouvelle page de l’histoire du jeu vidéo, avec un univers généré de façon procédurale: la musique, les planètes, leur climat, faune et flore, tout cela est créé aléatoirement selon des algorithmes sophistiqués.

Le jeu déçoit un peu. Il ne tient pas toutes ses promesses. C’est mal. Mais en même temps, c’est sur les éléments les moins originaux que le contrat n’est pas rempli.

- Non, «No Man’s Sky» n’est finalement pas un jeu multijoueur. Dans l’espace, personne ne vous entend crafter. Et c’est très bien comme ça.

- Non, «No Man’s Sky» n’est finalement pas un bon jeu de tir. Ses séquences d’action sont clairement en deçà de ce que l’on peut attendre d’un jeu, même indépendant, en 2016.

- Non, «No Man’s Sky» n’est finalement pas aussi beau que ça. Les bugs graphiques nuisent clairement à ce qu’il peut rester du plaisir du jeu.

Cela dit, il serait stupide de jeter le bébé alien avec l’eau du bain. Malgré ses faiblesses, l’intérêt du jeu demeure. Dans sa flânerie galactique infinie, son background se dévoile par touches minimalistes et suggestives. Les joueurs qui se sont rués vers le centre de la galaxie, et qui ont été déçus par ce qu’ils y ont trouvé, n’ont rien compris à la philosophie de «No Man’s Sky».

Dans ce jeu d’un genre nouveau, comme dans la vie, l’important, ça n’est pas le but, c’est le chemin.

Simon Koch

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De mémoire d’observateur, on a rarement vu ça. «No Man’s Sky», les jeu d’exploration galactique les plus attendu de l’année, sorti le 9 d’août sur PlayStation 4 et quelques jours après sur PC, déchaîne les passions mais pas vraiment dans le sens espéré par l’irlandais Sean Murray, cofondateur du studio de développement indépendant Hello Games et sa petite équipe (treize personnes). Sur Youtube, une minorité de chaînes de gamers (pro ou amateurs) concèdent a voir été sous le charme mais sans cacher leur déception sur certains aspects du jeu tout en espérant voir les imperfections corrigées et les lacunes comblées.Une forte majorité laisse éclater sa colère à grands coups d'expressions fleuries, ponctués de « f… sixty dollars!», en référence au prix proche des blockbusters issus des grands studios. La meute est lâchée, c’est la curée et, propulsé sur le devant de la scène Murray, en est la principale victime.

Parmi les vidéos les plus assassines, on trouve ainsi celle signée Crowbat (voir ci-dessous). Cette dernière livre un montage dévastateur qui cumule les multiples interventions publiques de Sean Murray, lors de présentations et d'interviews, souvent contredites par des extraits du jeu finalisé. Un montage qui fait d’autant plus mal qu’il tape parfois juste. On peut constater un emballement malsain doublé d’une perte de maîtrise. Un cas digne d’être cité dans les écoles de marketing.

L'engouement est né trois ans plus tôt, à la fin 2013, dès la divulgation des premières images et du concept général de «No Man’s Sky». Des planètes luxuriantes survolées par un vaisseau galactique qui parvenait sans aucune coupe à quitter l’atmosphère pour rejoindre l’espace et, toujours d’un seul tenant rejoindre une autre planète jusqu’à y atterrir pour permettre son exploration dans ses moindres recoins. C’était beau, insolite, grandiose, innovant et, surtout, incroyablement fascinant. Car ce qui avait été imaginé n’était pas qu’un simple système solaire mais toute une galaxie et ses plus de 18 trillions de corps célestes. Et pour lui donner vie, des formules mathématiques magiques permettant la «génération procédurale» de cet univers: les développeurs plantent les grandes lignes du décors, conçoivent les ingrédients et la formule magique fait le reste, peuple les planètes et laisse les formes de vie numérique suivre son cours de façon autonome.

Signaux d'alarme

Lors de la dernière année de son développement, ponctuées de retards, des signaux d’alarmes ont pourtant bien été émis. Avec des remarques du style «C’est bien joli tout cela, mais quel est le jeu? Quel est le but?». Une curiosité que les réponses vagues données par Sean Murray, pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte, n’a volontairement pas satisfaite, exacerbant encore un peu plus les attentes. Poussé Exposé comme jamais, condamné à devenir un best-seller. Le contre-coup était inévitable. C’est son ampleur et sa violence qui surprend. Et ce n'est pas sans lucidité que Sean Murray écrit dans le dossier de presse qui accompagne le jeu «je ne sais pas ce que vous allez ressentir. Je ne sais pas non plus si nous allons pouvoir être à la hauteur de la hype que nous avons générée, parfois volontairement, bien souvent non.»

La modestie des origines

«No Man’s Sky» n’est pourtant pas un mauvais jeu. Il possède les qualités de ses ambitions, celles qui ont pu être finalisées du moins, et conserve les traces de la modestie de son origine. Malgré les bugs qui ont entaché son lancement (autant sur PS4 que sur PC), ce jeu de survie, d'exploration, d’extraction de ressources, de commerce et de combats, distille un charme coloré qui le distingue des simulateurs spatiaux plus froids et plus technos. Mais, à ce stade de notre périple, avec une bonne moisson d'heures au compteur, nous nous retrouvons maintenant dans le ventre mou du jeu. Les joies de la découverte se sont estompées, la gestion des ressources commence à nous peser et nous cherchons encore les ruptures qui, enfin, nous donneront l'envie d'aller un petit peu plus à l'Ouest.

Certains les ont trouvées (lire l'encadré).

Créé: 31.08.2016, 06h36

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