Lundi 25 mai 2020 | Dernière mise à jour 13:36

Livres Si vous êtes confinés, lisez donc des BD!

Voici quelques suggestions de bons albums sortis récemment qui vous aideront à passer le temps à la maison.

Des magasins pillés à cause d'une épidémie: avec sa BD «La chute», le Bernois Jared Muralt a été un visionnaire.

Des magasins pillés à cause d'une épidémie: avec sa BD «La chute», le Bernois Jared Muralt a été un visionnaire. Image: Jared Muralt/Futuropolis

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Alors que jamais autant de personnes ne seront restées chez elles, il faut trouver de quoi s'occuper. Bien sûr, il y a la télé et Netflix, mais on peut également en profiter pour se plonger dans un bon livre ou une belle BD.


La chute

Autant le dire tout de suite, si vous voulez vous changer les idées, ne lisez pas «La chute»! L'histoire pouvait apparaître comme de la science-fiction: comment un père de famille tente de survivre dans un monde qui plonge dans le chaos à cause... d'une pandémie de grippe! Gens confinés chez eux, écoles fermées, supermarchés pillés: tout y est! Et la BD est sortie... le 4 mars dernier! L'auteur, le Bernois Jared Muralt, est-il devin? On espère dans ce cas qu'il puisse se tromper car, dans ce premier tome, la situation dégénère bien plus que celle que nous connaissons actuellement dans le monde réel. Il ne faut pas qu'une telle lecture nous fasse paniquer, mais réfléchir. Depuis le début de l'épidémie, le public s'est rué sur «La peste» et autres livres et films parlant de pandémie. En voici un de plus.

«La chute» Tome 1, de Jared Muralt, Ed. Futuropolis, 72 pages


Olive

Comment s'évader tout en restant chez soi? On pourrait suivre l'exemple d'Olive. Cette ado a en effet un monde intérieur incroyable, avec une lune bleue, une habitation en forme de bulle et des compagnons bizarres, comme Rose, un cétacé et Noël, un canard en plastique géant. Quelle imagination! Sauf qu'Olive ne cesse d'expliquer aux psys chez qui on l'envoie, que tout ceci est bien réel. Mais personne ne la croit. Pourtant, comment expliquer qu'un intrus soit parvenu à pénétrer dans son monde?

Une belle fable, qui se développe en douceur et qui séduit par un dessin exceptionnel, éclatant et féerique. Lucy Mazel a un sacré talent. Vivement la suite.

«Olive: Une lune bleue dans la tête» Tome 1/4, de Véro Cazot et Lucy Mazel, Ed, Dupuis, 56 pages


Le chanteur perdu

Si vous voulez un vrai dépaysement, précipitez-vous sur «Le chanteur perdu». Avec Didier Tronchet, on n'est jamais déçu. Il nous surprend à chaque fois, nous emmenant dans des aventures inattendues. Une seule chose est certaine avec lui: ses récits font dans l'humain. C'est plus que jamais le cas ici. Il s'agit de l'histoire d'un bibliothécaire qui fait un burn-out. Profitant de ce repos forcé, il décide de partir sur les traces (lui n'est pas confiné) d'un chanteur qui l'avait marqué à son adolescence. Il a totalement disparu puisqu'il n'avait fait qu'un seul album, introuvable depuis. Une quête qui va emmener notre héros à l'autre bout du monde avec une grosse angoisse: que fera-t-il s'il retrouve le chanteur?

Magnifique récit qui vous réserve une surprise de taille. Nous vous laissons la découvrir. Sacré Tronchet!

«Le chanteur perdu» de Didier Tronchet, Ed. Dupuis, collection Aire Libre, 184 pages


De l'autre côté de la frontière

Dépaysement garanti aussi avec cet album qui nous emmène à Nogales, à la frontière des États-Unis et du Mexique. Un romancier français y vit, cherchant l'inspiration en traînant dans les lieux de débauche d'une ville qui sert de villégiature aux riches Américains. Et ils ont de quoi faire en exploitant la misère des Mexicains. Jusqu'au jour où des meurtres abominables sont perpétrés contre des femmes. L'ami du romancier y est-il pour quelque chose?

Fromental s'inspire du séjour de George Simenon en Arizona à la fin des années 1940 pour tisser ce polar. Qui lorgne aussi très clairement, c'est d'ailleurs précisé dans la postface, sur le film somptueux et noir d'Orson Welles, «La soif du mal». Berthet, l'auteur de la mythique série «Pin-up», est totalement dans son élément dans cette époque qu'il affectionne tant pour sa mode que les carlingues de ses voitures. Et comme toujours, ses femmes sont superbes. Un seul regret: manque à ce polar au climat si lourd un brin de démence dans sa chute.

«De l'autre côté de la frontière» de Berthet et Fromental, Ed. Dargaud, 72 pages


Mary Jane

Combien de films, de livres ont-ils été consacrés à Jack l'Éventreur et à ses crimes? Une multitude. Mais que sait-on de ses cinq victimes, à part leur nom et qu'il s'agissait de prostituées? Rien, ou presque. Frank Le Gall, auteur de Théodore Poussin, a décidé de raconter la vie de l'une d'elles, la dernière: Mary Jane Kelly.

Il ne s'agit pas d'une biographie réelle, mais du parcours imaginé d'une fille de l'époque que les circonstances vont faire tomber de plus en plus bas. Jusqu'à littéralement l'enfer, puisque sa mort sera particulièrement atroce. L'album s'arrête avant, touchant et terrifiant portrait d'une femme dans un monde d'hommes, à qui l'on ne fait vraiment aucun cadeau. Le Gall voulait à la base dessiner lui-même cette BD, mais la machine s'est grippée et le projet a été mis en attente. Jusqu'à ce qu'il la confie à Damien Cuvillier. Qui réalise un somptueux travail. Bravo!

«Mary Jane» de Damien Cuvillier et Frank Le Gall, Ed. Futuropolis, 88 pages


Tif et Tondu

Invité d'honneur du festival lausannois BDFIL en 2015, Blutch parlait déjà d'un projet qui lui tenait à cœur et sur lequel il travaillait: réaliser un album de «Tif et Tondu». L'auteur de «Vitesse moderne» et de «Lune l'envers» voulait plonger dans un monde qui l'avait séduit enfant, celui de ce duo de détectives qui a connu ses meilleurs albums sous le pinceau de Will et la plume de Maurice Tillieux. Mais l'entreprise s'avérera plus délicate que prévue et Blutch a, aux tiers de l'album, tout arrêté pendant de longs mois. Mais avec l'aide de son frère Robber pour le scénario, il a finalement pu boucler l'histoire. Et cela valait la peine d'attendre.

Tif et Tondu reçoivent un message disant que leur chère amie la comtesse Amélie d'Yeu (dite Kiki) aurait été enlevée. S'engage alors une enquête mettant en avant toute la débrouillardise et la nonchalance de Tif et la nervosité grandissante de Tondu. Blutch signe un excellent polar à l'ancienne, qui rappelle les films dialogués par Audiard. Il montre une fois de plus l'étendue de sa palette graphique, avec un dessin proche de celui de Will tout en gardant sa personnalité. Seul bémol, mais non négligeable: le final part en sucette, comme si l'interruption du processus n'avait pas suffi à trouver une meilleure conclusion. Signalons encore que les deux héros, au début de l'album, dédicacent un roman qui n'est pas imaginaire puisque Blutch et Robber l'ont écrit et illustré, aussi chez Dupuis: «L'antiquaire sauvage». Tout aussi agréable à lire.

«Tif et Tondu: Mais où est Kiki? » de Blutch et Robber, Ed. Dupuis, 80 pages

Michel Pralong

Créé: 22.03.2020, 13h01

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