Lundi 23 juillet 2018 | Dernière mise à jour 02:58

Bruno Podalydès «Je ne me moque pas de la Bretagne»

«Bécassine!» sort ce mercredi sur les écrans romands. Rencontre avec son réalisateur.

Vidéo: Laura Juliano

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«BECASSINE!»

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COMÉDIE, France, 102'. De Bruno Podalydès. Avec Emeline Bayart, Karin Viard, Denis Podalydès, Bruno Podalydès.
Age: 6/6

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Et voilà l’adaptation au cinéma de la célèbre bande dessinée vieille de plus d’un siècle! Dans «Bécassine!» comédie gentillette, la jeune Française (Emeline Bayart, ci-dessous) s’en va à Paris mais croise la route de la marquise (Karine Viard), qui l’engage comme nourrice. Bruno Podalydès est à la fois derrière et devant la caméra. Alors que des Bretons fâchés appellent au boycott, «Le Matin» a rencontré le Français de 57 ans dans un palace lausannois.

Qu’est-ce que vous aimez chez Bécassine, qui vous a donné envie de l’adapter au cinéma, elle et pas une autre bande dessinée?

C’est plus intéressant de vouloir s’approcher d’un être mal-aimé que de quelqu’un déjà tressé de louanges. Vous savez, en France, il y a beaucoup d’a priori sur la sottise de Bécassine. Moi j’ai rouvert les albums et j’ai vu ce dessin extrêmement beau, élégant. Bécassine est à la fois drôle et étrange et sa manière d’être étonnée de tout est émouvante.

Un être mal-aimé… justement, comment réagissez-vous face à la polémique qui règne autour du film et à ces Bretons qui, avant même sa sortie, appellent au boycott?

Ceux-là n’ont pas vu le film, ce qui coupe court à toute discussion et disqualifie leur avis. Je tiens à dire que ces gens sont minoritaires, car j’ai fait plusieurs projections en Bretagne et j’ai eu de bons retours, toutes générations confondues. Les spectateurs voient bien que je n’ai rien contre la Bretagne. Je ne m’en moque pas et je ne me moque pas de Bécassine puisqu’elle n’est pas idiote du tout dans mon film. Au contraire elle est astucieuse et inventive, donc je trouve que ce que l’on reproche à mon film n’est pas fondé.

Est-ce vrai que vous avez fait des projections en Bretagne sous protection policière?

Oui, car les exploitants qui accepteraient de diffuser le film ont reçu des courriers assez menaçants avec des phrases dignes des extrémistes, du genre «vous en payerez le prix». On ne sait jamais jusqu’où va ce genre de haine. Certains spectateurs ont tout de même rebroussé chemin en voyant qu’il y avait des manifestants devant la salle de cinéma.

Lorsque vous avez décidé de faire ce film vous saviez qu’il y avait une polémique depuis des années autour de ce personnage: en avez-vous pris compte et avez-vous adapté le scénario dans ce sens?

Oui tout à fait. Je savais que pour certains, Bécassine est un symbole d’humiliation, ce que je trouve abusif. Mais du coup j’ai enlevé l’aspect «breton», car ce n’est pas ce qui m’intéressait.

Comment cela?

Eh bien la campagne où habite Bécassine pourrait être n’importe où en France, ou même en Europe. Elle est devenue une héroïne populaire qui dépasse largement le cadre d’une représentation historique de la Bretagne. Ce n’est pas une femme bâillonnée, c’est quelqu’un qui va de l’avant, qui est courageuse. Elle a des vertus de superhéros mais pas dans les superforces, plutôt dans la superbonté.

Le personnage de votre film est très premier degré…

Oui, j’ai développé le côté enfantin «je crois au monde et je m’émerveille de tout». Ça m’amusait plus que le côté «Je multiplie les gaffes» de la bande dessinée.

Faire une Bécassine sans bouche, comme dans la BD, ça vous a traversé l’esprit?

Oui, c’était tentant. Je me suis amusé à gommer la bouche d’Emeline (Bayart, ndlr.) sur Photoshop mais c’était monstrueux!

Tous les personnages qui gravitent autour de l’héroïne viennent-ils de la BD, ou certains proviennent-ils de votre imagination?

J’ai gardé les noms pour que ceux qui aiment la BD s’y retrouvent, mais j’ai rendu les personnages un peu plus complexes.

Votre frère Denis, Michel Vuillermoz, Emeline Bayart, Vimala Pons… pourquoi aimez-vous retravailler avec les mêmes personnes?

Je sais qu’en les choisissant il y aura une gaîté sur le plateau. Ce sont de grands acteurs, pas trop connus, qui peuvent encore se métamorphoser facilement à l’image. Je ne vois pas pourquoi je me priverais d’eux.

Les rapports avec votre frère sont-ils similaires à ceux que vous entretenez avec les autres acteurs?

Avec Denis on ne se parle presque pas sur un tournage. Il sait exactement où je veux en venir et inversement. Je suis sûrement plus exigeant avec lui…

La scène de la bagarre entre vos deux personnages, c’était histoire de régler vos comptes?

Non, au contraire c’est une scène de ralliement! On se bat comme quand on était enfants, lorsqu’on jouait avec nos épées en plastique après avoir vu Robin des Bois ou d’autres films de cape et d’épée.

Avec «Bécassine», comme dans «Comme un avion», vous mettez en avant quelqu’un de rêveur. L’êtes-vous vous-même?

Ce qui me touche et qui est source de comédie, c’est le décalage entre les rêves et les réalités. Quand on est réalisateur, on a un film idéalisé en tête et on est obligé de constamment renoncer à l’image rêvée pour s’accommoder de la réalité: le jeu de l’acteur, les conditions météo, financières… Mon but est de transformer tout ce qui est contrainte en acquisition.

(Le Matin)

Créé: 20.06.2018, 13h02

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