Vendredi 14 décembre 2018 | Dernière mise à jour 18:58

Iran Khomeiny traitait sa femme comme une princesse

Le guide de la révolution islamique était très amoureux de sa jeune épouse et ne rechignait devant aucune tâche ménagère pour la soulager. C’est ce qu’écrit l’historienne Diane Ducret dans «Femmes de dictateurs».

Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Du dirigeant iranien, l’histoire aura gardé le caractère austère et rigide. Figure de proue de la révolution conservatrice de 1979, Ruhollah Khomeiny restera dans les mémoires comme l’homme qui renversa la monarchie du shah et rétablit la loi islamique en Iran, stoppant net toute politique de modernisation et d’occidentalisation du pays. Une image de sévérité à laquelle il tenait d’ailleurs farouchement, allant même jusqu’à faire retirer des murs de Téhéran les portraits qui le montraient souriant, car trop «efféminés» à son goût.

Dans ses discours, le chef religieux et politique manifestait un souci obsessionnel: empêcher les Iraniennes de se laisser dépraver par les mœurs nauséabondes de l’Occident. «Celles-ci ne devraient pas penser que la position d’une femme demande de se peindre le visage de maquillage pour s’embellir, ni apparaître dans la rue sans le hijab. Cela n’est pas le rôle d’une femme, c’est jouer à la poupée», exprimait-il à son peuple en 1980.

Un mari serviable

Partisan d’un système hautement répressif envers les femmes, le guide de l’Iran n’en était pas moins un mari modèle. C’est ce que nous révèle, avec surprise, Diane Ducret dans son ouvrage passionnant «Femmes de dictateurs». L’historienne y décrit l’imam comme un homme aussi serviable que tolérant; un époux toujours aux petits soins pour Khadije.

Serait-ce parce que, quand il lui fit la cour, en 1929 (il avait alors 27?ans et elle 13), la jeune femme a commencé par lui refuser le mariage et qu’il dut s’armer de patience avant de finalement la séduire? L’auteure ne pourrait le dire avec certitude. Quoi qu’il en soit, Ruhollah Khomeiny mit un point d’honneur à être toujours attentif à celle qui s’unit à lui, après dix longs mois de résistance. L’homme politique ne la traita pas seulement comme une princesse, mais aussi avec la plus grande considération. Comme la jeune adolescente le lui avait demandé avant de s’engager, il prit en charge son éducation, lui faisant la classe pendant les huit premières années de leur union, lui permettant d’atteindre un niveau d’éducation inhabituel pour une femme de cette époque.

Il faisait même la vaisselle

Le dirigeant a également toujours cherché à préserver sa jeune épouse des tâches ménagères: «Il avait beaucoup de respect pour moi et ne voulait pas que je travaille dans la maison, a-t-elle relaté à un journaliste. Il me disait toujours: «Ne balayez pas!» Lorsque je désirais laver les vêtements dans le bassin, il s’approchait de moi en me disant: «Levez-vous, vous ne devriez pas faire cela.» Et si par nécessité je faisais parfois ces travaux, il était bouleversé, les voyant comme une forme d’injustice à mon égard.»

Ruhollah Khomeiny ne s’est en outre jamais caché de mettre sa femme au-dessus de ses enfants. Il avait d’ailleurs établi une règle: que personne n’entame un repas avant qu’elle ait elle-même commencé à manger. «Toute la famille dut prendre cette habitude d’attendre toujours après elle», a par la suite rapporté une de leurs filles. A noter également que l’homme resta monogame toute sa vie, lui qui aurait pu avoir jusqu’à quatre épouses.

Quand les aléas politiques l’ont forcé à vivre loin d’elle, emprisonné ou exilé en Turquie puis en Irak, l’homme se désespérait. Plus rien ne semblait avoir de sens, comme en attestent les longues lettres qu’il lui écrivait, ne cachant rien de son désarroi ni de ses élans à la fois romantiques et sensuels.

Quand ils se sont retrouvés dans un tout petit appartement à Nadjaf, en Irak, les époux Khomeiny n’avaient plus de serviteur. Qu’à cela ne tienne, Ruhollah Khomeiny s’est alors proposé spontanément de prendre en charge la vaisselle pour décharger sa femme. En 1978, le couple a trouvé refuge dans la région parisienne. L’imam gagne du pouvoir et des alliés. «En quelques mois, il devient l’ennemi du pouvoir en place. La fidèle Khadije ne connaît que le mari prévenant qui se relève la nuit pour descendre éteindre une lumière oubliée dans le salon pour qu’elle ne se fatigue pas», écrit l’historienne.

L’appartement des Yvelines devient alors une véritable ruche révolutionnaire qui compte bien faire tomber le shah d’Iran, doit-il être à plus de 5000?kilomètres. L’homme n’en garde pas moins sa délicatesse envers son épouse, comme l’illustre cette anecdote insolite: un jour, Khadije s’étonne de ne pas le voir revenir des cabinets. Au bout d’un long moment, elle le voit ressortir manches retroussées, un seau à la main. Alors qu’elle se précipite pour l’aider à se débarrasser, il la stoppe fermement: «Les gens qui viennent et utilisent les toilettes sont mes invités. Il est de mon devoir de t’aider à garder cet endroit propre.»

Elle dévalise les boutiques Dior

Khomeiny l’époux se distancie aussi de son image politique par la tolérance extrême qu’il témoigne à l’égard de sa femme. Alors qu’à son arrivée en France, l’imam s’est caché les yeux pendant tout le trajet depuis l’aéroport pour ne pas «être contaminé par des visions d’images dépravées», il laisse sa douce moitié totalement libre d’étancher sa soif de curiosité en découvrant la capitale et ses beaux magasins. Ozra Bani Sadr, épouse de Abolhassan Bani Sadr qui présidera l’Iran entre janvier 1980 et juin 1981, aura même ces paroles en se souvenant d’une virée de shopping parisien: «C’était une femme très loin des réalités politiques, et parfois très superficielle.»

A Paris, Madame Khomeiny dévalise les boutiques Dior et se régale de petits gâteaux aux Galeries Lafayette, tandis que son mari refuse toujours de poser les yeux sur ces symboles de décadence. A une exception: le parfum Eau sauvage, de Christian Dior, dont il aime s’asperger. Un petit écart à son rigorisme légendaire qui n’est certainement pas sans lien avec son désir de charmer, encore et toujours, celle qui, on le dit, cachait de magnifiques boucles rousses et des tenues vives sous son tchador…

Souvent, les enfants Khomeiny se sont amusés de l’attachement immodéré de leur père à Khadije. L’homme fronçait toujours les sourcils à ces plaisanteries: l’amour était à ses yeux une chose des plus sérieuses. L’ayatollah Khomeiny exhortait les femmes à ne pas «apparaître dans la rue sans le hijab». Mais à Paris, son épouse écumait les boutiques de luxe avec sa bénédiction. (Le Matin)

Créé: 24.03.2012, 22h46