Mercredi 19 février 2020 | Dernière mise à jour 10:30

Paléo Alan Stivell: «A l'école, on me prenait pour un fou»

Il y a cinquante ans, Alan Stivell rendait la musique celtique populaire avec sa harpe. En 2016, elle sera reine au Village du monde. Interview.

«Je suis hyperpassionné par la culture celtique mais je fais tout pour que ce ne soit pas pathologique.»

«Je suis hyperpassionné par la culture celtique mais je fais tout pour que ce ne soit pas pathologique.» Image: AFP

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Le barde du futur, le héraut des musiques celtiques, le sauveur de la culture bretonne… Alan Stivell collectionne les titres flatteurs. Voilà cinquante ans qu’il promène sa harpe au-delà de tous les horizons, qu’il ose, qu’il étonne. Désormais, son nom est intimement lié à un univers qui a failli disparaître. Alors que le Paléo consacre cette année son Village du monde à la culture celtique, le Français, aujourd’hui âgé de 72 ans, est bien évidemment au programme, le dimanche 24 juillet. Interview.

Réunir les pays dits celtiques dans un même ensemble, tel que le fait cette année le Paléo, c’est une bonne idée ou c’est la porte ouverte aux clichés?

Bien sûr que c’est une bonne idée pour moi qui fais la promotion de la celtitude depuis mon enfance. Certaines personnes ont mis en doute cette culture celtique en disant que c’est juste un gimmick commercial. En réalité, c’est bien plus profond que cela.

Votre histoire avec la culture celtique a débuté avec une harpe que vous avait construire votre père…

Ça remonte évidemment a très très loin. Nous sommes en 1953 et j’ai 9 ans quand mon père finit de construire une harpe celtique qui n’avait pas été jouée en Bretagne depuis plusieurs siècles. A la même époque, les bagads, inspirés des pipe bands écossais, commençaient à régénérer la musique bretonne. Moi, je jouais du piano mais j’ai voulu absolument qu’on me trouve un prof. La seule possibilité était de passer par la harpe classique. J’ai très vite commencé à faire des récitals. Jusqu’à l’Olympia: trois morceaux en première partie de Line Renaud. J’ai connu la scène de manière semi-professionnelle dès l’adolescence.

On est à la fin des années 1950 et le rock’n’roll est déjà arrivé. Comment réagissez-vous?

J’ai envie de fusion entre le rock et la musique celtique. Mais je n’ai que 14 ans et je ne joue ni guitare, ni basse, ni batterie. Alors, j’en rêve pour d’autres. Ce n’est qu’au milieu des années 1960 que mon père me crée une nouvelle harpe, cette fois à cordes métalliques. Elle est encore plus celtique mais a un cousinage avec la guitare douze cordes, avec certains sons du monde du folk et du rock. Tout à coup ce qui semblait impossible devient possible et c’est là que je démarre ma carrière professionnelle. Il y a donc cinquante ans. Tout va très vite puisqu’un an après je décroche un contrat avec Philips (ndlr.: Universal, aujourd’hui) et ça explose en 1972 à l’Olympia. Sept millions de personnes ont écouté le concert en direct à la radio! Avec mes musiciens, on a été à l’affiche de festivals comme Reading, Roskilde, Montreux parmi des grands noms de la pop. On jouait dans la même ligue.

L’image de la musique bretonne avait cessé d’être désastreuse?

En France, c’est ce qui était considéré comme le plus arriéré et le plus ridicule possible. D’un seul coup, l’image s’est presque inversée. C’est un rêve qui s’est réalisé. En plus, j’ai moi-même imposé le fait que la musique bretonne fasse partie du monde celtique. Avant, pour les Parisiens, le Breton était un plouc. Le pire des ploucs même.

Vous vous considérez comme un sauveur de la culture bretonne?

Non, pas un sauveur. J’ai bénéficié du travail des bagads. Mon travail à moi a été d’élargir la création, de tendre vers une musique plus radicalement moderne. J’étais également passionné de science-fiction et les synthés, les guitares électriques, ça m’a tout de suite parlé.

Est-ce qu’elle est à la mode, la musique celtique?

On disait qu’elle était à la mode, de manière péjorative, quand je passais à l’Olympia, que j’étais dans les hit-parades aux côtés de Johnny Hallyday et Sardou. Peut-on encore parler de mode quand ça dure quarante-cinq ans? Aujourd’hui, on ne peut pas revenir à l’ignorance totale. La musique celtique existe, tout simplement. Elle est dans les meubles.

Revenons sur votre enfance. Que pensaient vos camarades de classe de votre passion?

Ils me prenaient pour un fou! J’étais quelqu’un de solitaire et obsédé de manière presque pathologique. J’aurais pu devenir vraiment fou. Mais le fait de m’intéresser très vite aux musiques du monde a été un antidote. Ce qui aurait pu être un enfermement m’a permis dès l’adolescence de me questionner sur les rapports entre les cultures.

C’est à l’adolescence que votre passion pour la musique celtique s’est étendue à toute la culture qui en découle?

Non, ça a été dans l’instant. Dès que j’ai touché les cordes de la harpe. J’ai ouvert les bouquins de mon père sur la mythologie, sur l’histoire, sur les langues celtiques. Je me suis initié à l’irlandais, au gallois. Ça a été mon éducation principale et je n’ai plus eu de très bonnes notes. Je faisais partie des scouts bretons de Paris mais, même dans ce milieu-là, j’étais le plus extrême. (Rires.)

Et votre passion pour la science-fiction?

A 5 ans. Certaines personnes trouvent paradoxal de s’intéresser à la culture celtique et à la science-fiction. Mais une culture est intemporelle, la culture celtique n’a pas à être condamnée à rester dans le passé. Je me suis beaucoup intéressé à tout ce qu’elle a pu influencer, que ce soit dans la littérature ou dans le cinéma. Et je trouve qu’elle n’influence pas encore assez le monde occidental. Si on considère qu’elle est l’un de nos quatre grands piliers, en France ou en Suisse, a-t-elle la place qu’elle devrait avoir dans notre éducation? On en est très loin.

A l’écoute de votre musique, on imagine des territoires vierges. Vous militez pour l’environnement?

Oui, évidemment. Durant mon enfance, j’étais fasciné par les technologies du futur qui respecteraient l’environnement. Dans l’approche celtique du monde, l’être humain n’est qu’un élément de la nature et notre civilisation ne va pas dans ce sens. Mon militantisme se traduit un peu par les mots dans certains albums mais surtout par ma façon de présenter les choses musicalement.

Quand on vous définit comme un barde, ça vous parle?

Si ça fait penser à Assurancetourix ou pour me raccrocher à un passé lointain et conservateur, alors que j’adore innover, c’est gênant. Mais quand il est utilisé de manière noble, comme pour présenter Bob Dylan ou Prince, là oui, ça me parle.

Créé: 11.06.2016, 12h03

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