Samedi 15 décembre 2018 | Dernière mise à jour 14:09

Interview Axelle Red: «J'étais en quête de lumière»

Radieuse à 50 ans, la chanteuse sort «Exil», un nouvel album mélodieux et positif. Rencontre avec une artiste qui multiplie les engagements et a foi en l’avenir.

Axelle Red était de passage à Lausannne lundi. L'artiste a notamment visité la rédaction du «Matin». Notre reportage vidéo.
Vidéo: Laura Juliano

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Axelle Red, «Exil», déjà disponible.

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Elle a beaucoup de choses à dire, Axelle Red. Sur le romantisme, le féminisme, les droits d’auteur, les inégalités dans le monde, sur son positivisme aussi. On aurait pu passer la journée à échanger, mais il faut bien partager avec les confrères. Arrivée dimanche en Suisse avec son mari, Filip Vanes, qui est aussi son agent, et après avoir passé la nuit chez des amis à Trélex (VD), l’artiste est venue défendre son album «Exil» à Lausanne hier matin. Après notre interview, Axelle Red a encore pris le temps de visiter notre rédaction, et certains ont rougi…

Que vouliez-vous raconter à travers votre album, «Exil»?

Je suis très romantique mais aussi très engagée. Si je m’écoute, je n’écris que des chansons engagées. Sur mon album précédent, «Rouge ardent» (ndlr: sorti en 2013), j’avais trouvé une excuse: je racontais l’histoire d’un couple amoureux. Lui veut partir puis revenir pour changer le monde. Ce disque y fait suite. On est tous des exilés, à la recherche de fortune matérielle et spirituelle ou alors de gloire, pour redorer son nom. Mais le partage est une donnée essentielle. Si nous sommes moins cupides, tout le monde pourra s’exiler librement et revenir à ses racines quand il voudra.

Vous êtes donc vous-même une exilée.

Oui. La vie est un voyage, où l’on emprunte plusieurs chemins, on suit diverses fortunes. Je voulais devenir artiste, je voulais des enfants (elle a trois filles). Il y a un prix à payer ou à faire payer. Il y a quelques jours, j’étais à Strasbourg pour défendre les droits d’auteur. On ne demande pas une nouvelle loi mais qu’elle soit adaptée à l’évolution d’Internet. Je parle de prix à payer: aujourd’hui, les artistes sont comme des troubadours qui comptent sur la bonté des gens pour être rétribués, ce n’est pas juste. Effectivement, je gagne de l’argent avec les concerts, même si – j’insiste – je vends encore des albums. Mais vous avez vu la concurrence? Les artistes plus âgés ne s’arrêtent pas. D’ailleurs, pourquoi s’arrêter quand tu as plus d’expérience?

Sur «Exil», vous avez travaillé à Los Angeles avec Dave Stewart, cofondateur d’Eurythmics. Est-ce lui qui vous a convaincue de faire un retour pop?

Il m’a proposé d’aller à Memphis et de travailler avec un groupe sur place. Mais je préférais que l’inter­action se fasse avec très peu de personnes pour retrouver le premier jet du peintre, en quelque sorte. À force d’ajouter des couches on perd l’inspiration de départ, et j’ai toujours été très frustrée de ne pas la retrouver. La première fois que j’ai été contente de ma voix, c’était sur l’album précédent. Sincèrement, c’est aussi parce que je chante de mieux en mieux et parce que j’ai perdu ma phobie du studio. Beaucoup de gens me disent que ma voix a rajeuni.

À Los Angeles, vous avez vécu quelque temps à Laurel Canyon. En quoi ce lieu vous a-t-il inspirée?

C’est la lumière. Depuis les collines, on voit toute la ville. Et le lieu est bien sûr mythique pour tous les artistes qui y ont habité, comme Carole King et Joni Mitchell, qui sont des références pour moi. Le matin, j’allais prendre mon Coca Light dans le café au-dessous de l’endroit où avait vécu Jim Morrison. Il y a quelque chose, c’est sûr.

Vous y étiez avec votre mari, Filip. Il était là pour vous encourager?

Il a carrément fait la direction artistique de mes deux derniers albums. Avec le temps, j’ai réussi à déléguer et c’est un énorme soulagement. En tant qu’artiste, c’est très important d’avoir un miroir. Les mots-clés d’«Exil» au moment de le commencer étaient: «positif» et «lumière».

Aviez-vous besoin de positif parce que vous avez vu des choses terribles en tant qu’ambassadrice pour l’Unicef et pour Handicap International?

Oui. Il y a quatre jours, j’ai fait un concert pour une association qui protège les prostituées; il y a une semaine, j’étais en Jordanie dans un camp de réfugiés syriens. Les humanitaires qui travaillent sur le terrain ont un soutien psychologique avant de rentrer. Moi, je n’ai jamais eu ça et chaque fois que je reviens je suis mal. Je me sens impuissante.

Vous avez toujours été engagée?

Quand j’étais étudiante en droit, je suis partie au Vietnam, où les frontières étaient encore très fermées. Je me suis rendu compte que je prenais beaucoup mais que je donnais peu. J’ai eu envie de changer ça. Si je n’étais pas devenue chanteuse, j’aurais été humanitaire. Je pense que la plupart des gens ont envie d’aider. L’être humain est profondément bon, les jeunes sont de plus en plus engagés. Mes trois filles veulent faire quelque chose, j’ai foi en l’avenir. Notre époque va plus loin que Mai 68, où c’était «ma liberté». Aujourd’hui, c’est «ma responsabilité».

Vous dénoncez les inégalités homme/femme depuis longtemps. Le mouvement #MeToo a impacté le cinéma, moins la musique. Pourquoi?

Peut-être parce qu’il y a plus de femmes indépendantes dans la musique. Il y a des dénonciations à travers les clips: Beyoncé et Janelle Monáe le font, Madonna l’a fait depuis longtemps. Mais de manière créative, pas en disant seulement «je suis une victime». J’ai rencontré un enfoiré au début de ma carrière, à 17 ans, en Angleterre. C’était clair que tout ce que voulait le gars de la maison de disques c’était d’avoir un truc avec moi. Je voulais tellement avoir mon contrat que je faisais comme si je n’entendais pas. Mais au bout d’un moment il m’a dit: «C’est ça ou rien.» Je suis repartie en France avec mes maquettes. C’est peut-être un mal pour un bien, puisque aujourd’hui je chante en français. (Le Matin)

Créé: 24.04.2018, 09h02

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