Samedi 21 avril 2018 | Dernière mise à jour 07:00

Interview Laura Pausini: «Je sens que l'on me teste constamment»

La chanteuse la plus connue d’Italie est venue présenter son dernier album hier à Zurich. Rencontre avec une artiste qui n’a plus peur de dire ce qu’elle pense.

Vidéo: Laura Juliano

Laura Pausini sera en concert le 24 octobre 2018, à l’Hallenstadion de Zurich. Elle chantera des titres de son dernier album, «Fatti sentire», ainsi que ses plus gros tubes. À ne pas rater!

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Très douce et un sourire qui ne l’a quitte jamais. Pourtant Laura Pausini vient d’oublier son téléphone dans l’avion en atterrissant à Zurich. Elle aurait de quoi être inquiète. Mais non, il y a plus important. Comme sa fille qui a totalement changé sa vision de la vie. L’artiste aux 70 millions d’albums vendus a appris à relativiser et, surtout, à s’accepter.

Vous venez de sortir l’album «Fatti sentire» qui signifie «Fais-toi entendre». Est-ce qu’il s’agit d’une invitation à être soi-même?

Oui, et cela me concerne autant que les personnes qui me ressemblent. C’est-à-dire celles qui sont fragiles. Aujourd’hui, il y a peu de courageux. Nous sommes constamment jugés, juste car nous pensons différemment. Ce disque est une invitation à montrer sa personnalité et à ne pas avoir peur.

Vous étiez quelqu’un qui doutait beaucoup?

J’ai toujours été plus forte sur scène. Mais en dehors, j’avais beaucoup d’incertitudes. Aujourd’hui, à 43 ans, je sais m’imposer et je me connais mieux.

À quel moment avez-vous commencé à vous affirmer?

Quand je suis devenue maman, le 8 février 2013. J’ai senti que j’avais une nouvelle responsabilité. Paola m’a fait comprendre que les choses importantes ne sont pas forcément celles que j’imaginais. Avant, tout tournait autour de moi. Désormais, je ne suis plus une priorité. Si quelque chose ne va pas dans mon travail, finalement ce n’est pas si grave. Tant qu’elle va bien. Je veux lui montrer que je suis sûre de moi et honnête.

Vous parlez de votre caractère, mais comment est celui de votre fille?

Elle est un peu comme son père (ndlr: le musicien Paolo Carta), qui est l’opposé de moi (rires). Il est très introverti. Je suis très contente qu’elle lui ressemble, car mon fiancé est une personne plus dans la réflexion. Mais heureusement, elle a quand même pris un peu de ma folie.

Cette fierté est très touchante.

Vous savez, Paola est une fille de 5 ans très courageuse. C’est un âge où elle commence à vraiment réfléchir et à dire ce qu’elle aimerait. Elle voyage depuis qu’elle a 6 mois, elle parle italien, espagnol et surtout anglais, car nous vivons aux États-Unis. Je suis très fière de son ouverture d’esprit. Elle ne fait aucune différence de culture, de religion ou de sexe. Pour elle, il n’y a pas de catégories.

Vous fêtez vos 25 ans de votre carrière. Quel conseil donneriez-vous à la Laura Pausini qui a gagné le Festival de Sanremo en 1993?

D’un côté, j’ai plein de conseils au niveau du travail. Les rapports avec les adultes qui m’imposaient leurs choix n’étaient pas faciles. Mais, pour être honnête, la Laura ingénue me manque un peu. Je ne connaissais rien de ce monde. J’étais quelqu’un de très timide. Aujourd’hui, cette innocence me manque. Je pense à trop de choses.

Vous êtes plus stressée?

Oui, beaucoup plus. Ce métier est très beau quand on le voit de l’extérieur. Mais il y a plein d’aspects qui sont durs. J’ai dû faire face à plusieurs injustices, et lorsque je vous parle de mes points faibles, beaucoup d’entre eux viennent du travail. Savoir que tout le monde attend toujours quelque chose d’énorme de ma part me stresse. Je sens que l’on me teste tous les jours.

Qu’est-ce qui a été le plus compliqué?

Parfois, c’est dur d’être une femme. J’ai commencé en 1993 quand il n’y avait pas beaucoup de jeunes filles qui chantaient. Tout le monde me disait: «Elle ne vendra rien.» Elle chantera la «Solitudine» et après ce sera fini. Je suis du signe du Taureau, et, heureusement, je suis très têtue. Cela m’a permis de dire aux personnes qui avaient plus d’expérience: «Attention, je ne chante pas seulement: «Marco se n’è andato e non ritorna più.» Je sais chanter, et j’aimerais passer un message. Même si je suis plus jeune.» Je dois remercier mes parents de m’avoir donné ce caractère.

Quel moment de votre carrière vous a vraiment marqué?

Le Festival de Sanremo, en 1993. Je sais qu’il y a des prix plus importants au niveau international que j’ai gagnés, comme les Grammies, les Latin Grammies ou les World Music Awards. Mais il n’y a rien qui égalera cet instant. Sans ce moment, je ne serais pas là en train de vous parler. J’ai participé à cette compétition avec la chanson qui me correspondait le plus. On m’avait proposé de me présenter un an auparavant, mais je n’avais pas la «Solitudine». Arriver là-bas après avoir chanté pendant dix ans dans des pianos-bars, c’était le moment parfait. Je me souviens de mes amis qui me disaient: «Ha! tu n’as pas de chance, car tu ne sors pas en discothèque avec nous. À la place, tu vas chanter avec ton père.» Au final, cela a payé.

Fabrizio Frizzi est décédé lundi à 60 ans, un grand présentateur de TV italienne dont vous étiez proche.

Oui… (elle prend une longue pause). Fabrizio Frizzi était… C’est très dur de parler de lui au passé. Il a démontré qu’il était possible d’être connu et d’être une personne très gentille et éduquée. Ils ne sont pas tous comme ça. Il a une petite fille de 5 ans, comme ma petite Paola, et ça me touche profondément. Quand j’ai entendu la nouvelle, je me suis sentie coupable. Cela faisait deux ans que nos filles devaient se rencontrer. Il me disait: «Alors on se voit?» Et je n’arrêtais pas de voyager. Je me sens si mal. Et je pense aussi à sa femme…

L’année passée il y a eu aussi le décès de Johnny Hallyday avec qui vous avez collaboré en 2006. Comment s’est passé votre rencontre?

Il a tout de suite été très gentil. Et je savais très bien qui c’était. Avec Charles Aznavour, il est l’un des plus grands chanteurs français en Italie. Il m’a appelée et m’a demandé: «Tu viens chanter avec moi le titre «La loi du silence» à Paris? Tu penses que tu peux interpréter un morceau aussi rock?» Et je lui ai dit: «Mais oui!» En réalité, j’avais très peur (rires). Quand je suis monté sur scène, toutes les personnes en face de moi pensaient que j’étais juste douce. Mais Johnny m’a aidé à explorer mon côté plus rock. Et je dois le remercier. Il m’a donné le courage de me lancer un peu plus dans cette direction pour mes futurs opus. C’est une icône pour vous tous, les francophones. Mais aussi pour moi. Il a été une personne très importante musicalement. (Le Matin)

Créé: 28.03.2018, 06h33

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