Dimanche 15 décembre 2019 | Dernière mise à jour 16:20

TV Alain Morisod: «La RTS a décidé de se passer de mes services»

Samedi, le roi de la variété romande présentera ses derniers «Coups de coeur» après vingt-et-un ans d'antenne. Rencontre avec un artiste pour qui le succès est toujours là mais qui a subi un coup pas super sympa.

«L'interview cœur» d'Alain Morisod. Attention: émotions.
Vidéo: Sébastien Anex/Yannick Michel/lematin.ch

Et Jean-Marc Richard?

«Les coups de coeur», en réalité, c'est un binôme. Jean-Marc Richard était de la partie, imposé par Alain Morisod, qui savait qu'il pouvait compter sur lui.

«Ce gars est formidable, dit le roi de la variété à propos de Jean-Marc Richard. Les gens se sont trop habitués à lui. Mais il a une intuition! Vous avez une panne de studio, il continue à parler. C'est mon coach, un supercopain, il me porte, c'est mon grand frère. J'ai eu un plaisir fou à travailler avec lui. Le succès de l'émission est autant le sien que le mien.»

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C'est dans son bureau, pile en face du jet d'eau de Genève, qu'Alain Morisod nous a donné rendez-vous mercredi. Après être descendu de quelques marches, on y remarque ses disques d'or, trônant bien sûr sur les murs – «j'en ai 51, mais beaucoup sont chez moi», dit-il –, mais ce sont trois vitrines qui nous intriguent. La première, à l'entrée, renferme des figurines en rapport avec Tintin. Les deux autres, dans le petit salon où le chanteur nous reçoit, contient d'objets hétéroclites un petit buste de Trump, un Oscar factice, une maquette de bateau, une vierge... «Ce sont mes kitscheries, rigole-t-il. Des cadeaux à maximum 2 euros que me ramènent les gens de leurs voyages.» Il y en a des centaines.

Alain Morisod a ses fans. Nombreux. Ils sont plus de 8000 à avoir signé une pétition pour sauver ses «Coups de cœur» que la RTS a choisi d'arrêter. Mais rien n'y fera. Samedi à 20h10, après vingt-et-un ans d'antenne, ce sera sa dernière. Le roi de la variété romande tente de faire bonne figure. En réalité, il est amer.

Comment vous sentez-vous à quelques jours votre ultime direct?

Tout à fait bien. J'ai décidé de ne pas faire une émission où on se pleurniche dans le gilet. On a passé vingt-et-un ans sympas. Bon... J'ai un petit frisson dans la voix. Avec le temps je suis devenu de plus en plus émotif. J'ai 70 balais, mais à part cette télé tout continue pour moi.

Vous n'avez pas de ressentiment contre la RTS?

Non, parce que pendant vingt ans ils m'ont foutu une paix royale. Simplement, je ne suis pas d'accord avec leur politique actuelle. Les gens qui regardent la télévision, c'est notre public pas les jeunes. En ce moment, la RTS a les Vincent, ça marche bien et ils ont du talent. Mais vous ne savez jamais comment ça tourne. On aurait pu imaginer une alternance entre eux et moi. Surtout que je n'avais que deux «Coups de cœur» par année. On m'avait déjà coupé des émissions. J'ai réussi à fidéliser un public avec très peu de choses.

Officiellement, pourquoi les «Coups de cœur» s'arrêtent?

Parce que le public est trop âgé et les audiences baissent. Sur ce deuxième point, je suis très fâché. Je vous donne un exemple. Les Vincent avaient une émission le 2 juin et moi le 11 mai. Il y a 1,7% de parts de marché de différence, c'est 5000 personnes.

Vous aviez dit travailler sur une autre émission. Qu'en est-il?

Le concept est d'aller chez les gens. Exemple: je sais qu'il y a des cultivateurs qui fêtent leur 30 ans de mariage. On part en voiture depuis le studio et trente secondes après on est sur place, on pousse la porte et à l'intérieur il y a ma scène. J'ai deux, trois vedettes, un gars de la région, Didier Cuche qui parle de son sport, la fanfare. C'est un truc de proximité avec de la variété, Kendji Girac et mes vieilleries habituelles. Les gens adoreraient ça! En plus, la RTS ne s'occuperait de rien.

Comment la RTS a trouvé votre idée?

Ils ne m'ont jamais téléphoné et ils ne me rappelleront jamais. Je crois qu'aujourd'hui ils ont décidé de se passer de mes services. Pourquoi ils n'essaient pas de faire plaisir aux gens? Que la RTS a perdu 30 millions, à la petite dame qui a payé 365 fr. sa concession, ce n'est pas son problème! Pour «No Billag», Gilles Marchand – que j'aime beaucoup – m'a demandé d'être au premier plan. Et maintenant on nous gicle?

Alain Morisod sur le plateau du Studio 4. Crédit: RTS/L. Bleuze

Pourquoi ne proposez-vous pas votre concept d'émission aux télés locales?

Le problème, c'est qu'il faut des moyens. Mais effectivement ces chaînes pourraient se fédérer trois fois dans l'année, le samedi à 20h avec un gros sponsor. Encore une fois, il faut être entendu. Ce qui est dommage, c'est qu'on parle aujourd'hui sur le ton de la polémique. Philippa de Roten (ndlr.: la directrice des programmes Société et Culture de la RTS) parle dans les journaux des audiences et des prix de mes émissions. J'ai envie de dire: là, t'es pas sympa. On m'a toujours parlé de 200 000 à 220 000 fr. et elle annonce 300 000 et même 500 000 fr. à Noël, alors que c'est un best of qui a coûté 16 000 fr. et qui a fait 28,5% de parts de marché! Ils m'ont dans le collimateur.

Plutôt qu'un problème avec les «Coups de coeur», est-ce que la RTS n'aurait pas un problème avec Alain Morisod?

Je pourrais tout à fait le comprendre. Le problème est que ces gens-là ne regardent jamais la télévision.

Samedi, l'émission est en direct. On pourrait imaginer que ça dérape...

En tout cas, je ne solliciterai pas de mouvement d'humeur et je n'en ferai pas non plus. Ce n'est pas mon genre. Mais vous verrez: après l'émission, ça ne va pas s'arrêter, les gens vont les faire chier.

Ouvrons tout de même l'album des souvenirs des «Coups de coeur.» Quel est le plus beau moment que vous avez vécu à l'antenne?

La présence de l'abbé Pierre. J'avais dit dans l'émission que c'était quelqu'un que j'aimais beaucoup. Un jour, on me téléphone pour me dire qu'il était là et qu'il m'attendait. Je m'assieds en face de lui et je vois ce petit bonhomme avec ces grandes oreilles. Il était tellement touchant. Je lui ai demandé de faire les «Coups de coeur» et il est venu. C'était un beau moment, émouvant.

Et le plus gros couac de l'émission?

Il y a une quinzaine d'années, Claude Barzotti était mon invité – lui, il picole un peu. Il devait terminer l'émission en direct en chantant «Le rital». Tout à coup je vois le régisseur qui se cache sous le piano et qui me chuchote: «On finit avec les Gipsy Kings!» Claude Barzotti était tombé dans un coma éthylique au maquillage et était parti en ambulance. Il est revenu à 2h du matin en me disant: «Alain, je ne sais pas ce qui m'est arrivé. C'est la première fois de ma vie que ça m'arrive.» Il était tous les jours comme ça! (Rires.)

Le groupe Sweet People. Crédit: RTS/F. Mentha

«Les coups de coeur d'Alain Morisod» ont aussi été synonymes de ringardise pour certains, ça vous attristait?

Non! C'est mon fonds de commerce. On est en pleine période de ringardise. Aujourd'hui, les musiques de pub à la télévision sont issues des années 1970 et 1980. La télévision et la radio, ce sont des trucs de ringards.

Les concerts, les croisières, tout ça continue, n'est-ce pas?

Ah oui! Je viens d'enregistrer un DVD, le meilleur que j'ai jamais fait. C'est mon concert à la salle Albert-Rousseau, à Québec. Et puis, je sors une clé USB. Parce qu'aujourd'hui même les papys n'écoutent plus de disques dans leur voiture! Dessus, il y a 250 titres. J'ai mis ceux qui me semblaient sympas. Bon, j'en ai beaucoup: je suis un vieil artiste. Et je pars en tournée dès le 29 novembre jusqu'au 17 décembre. J'ai 18 concerts en Suisse et 8 en France.

Et où les croisières emmèneront-elles vos fans?

J'en ai deux. La première est en mars 2020 direction Jérusalem avec Enrico Macias. La seconde est en octobre, de Québec à New York. Donc tout continue. Mais je n'aurai plus la lucarne de la télévision, et c'est dommage parce que j'ai eu des beaux moments.

Laurent Flückiger

Créé: 07.11.2019, 07h00

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