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Europe Les Allemands outrés par une BCE qui grignote leur épargne

La décision de Commerzbank, deuxième banque privée allemande, qui a annoncé vouloir faire payer les clients qui stockent au moins dix millions d'euros sur leurs comptes à vue, suscite des remous.

Le siège de Commerzbank à Francfort, aux côtés de la Banque centrale européenne.

Le siège de Commerzbank à Francfort, aux côtés de la Banque centrale européenne. Image: Keystone

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La BCE est une fois de plus sous le feu des critiques en Allemagne, où sa politique monétaire conduit certaines banques à pénaliser leurs clients, suscitant de vives inquiétudes dans un pays où épargner est une vertu.

Commerzbank, deuxième banque privée allemande, a provoqué une vague d'émoi en annonçant jeudi vouloir faire payer les clients - grandes entreprises et investisseurs institutionnels à ce stade - qui stockent au moins dix millions d'euros sur leurs comptes à vue.

«Un tabou a été brisé», titrait la chaîne allemande d'informations en continue n-tv, reprenant à son compte, comme beaucoup de médias du pays, l'expression de taux «punitifs».

Faire circuler l'argent

De fait, l'idée de départ est bien celle d'une punition. La Banque centrale européenne (BCE) a décidé en juin de faire payer les établissements bancaires qui stationnent de l'argent dans ses coffres. Elle a amené son «taux de dépôt marginal», le taux appliqué aux dépôts que les banques effectuent chez elle pour 24 heures, en territoire négatif pour la première fois de son histoire, à -0,10%, avant de l'abaisser encore à -0,20% en septembre.

La mesure doit inciter les instituts de crédit à faire circuler l'argent, en prêtant à entreprises et particuliers au lieu de thésauriser. Mais pour le moment elle incite surtout Commerzbank à lui emboîter le pas.

Charge sur l'économie

En Allemagne la BCE, déjà vertement critiquée pour son soutien jugé dispendieux et risqué aux pays de la zone euro, est très attaquée aussi sur ce point.

«Les taux punitifs sont l'aboutissement d'une politique monétaire en échec, qui a conduit depuis le début de la crise à rendre de moins en moins attractive l'épargne», s'est ému Lutz Goebel, président de la Fédération des entreprises familiales.

«Au lieu de mener à des investissements, la politique de taux négatifs de la BCE conduit à accroître la charge sur l'économie», pour Martin Wansleben, directeur de la Chambre de commerce et d'industrie allemande (DIHK).

Un culte à l'épargne

Les taux d'intérêt au plus bas - 0,05% pour le taux directeur de la BCE - sont problématiques pour tous les épargnants européens. Mais pour l'Allemagne encore plus, qui voue un culte à l'épargne. Ménages et entreprises préfèrent des placements à faible rendement mais stables, plutôt que d'investir sur les marchés actions ou obligataires.

En 2013, le pays affichait le taux d'épargne annuel le plus élevé d'Europe (16,2%), selon des chiffres Eurostat compilés par l'Office de l'épargne européenne.

L'inquiétude des retraités

La question est d'autant plus sensible que le pays a introduit depuis 2002 une forte dose de capitalisation dans son système de retraite et encourage la constitution d'épargne privée pour les vieux jours.

Dès l'été le tabloïd Bild s'interrogeait en Une, faisant directement le lien avec la politique de Mario Draghi, le président de la BCE: «quelle proportion prendra la pauvreté des vieux?». Des bataillons de retraités allemands, de plus en plus nombreux, s'inquiètent que leurs économies ne rapportent plus rien, voire finissent elles aussi par être la cible de taux négatifs.

Une crainte qui s'est déjà en partie matérialisée en Thuringe (est), où une petite banque régionale, la Skatbank, applique des frais de 0,25% aux dépôts à vue des clients privés d'un montant supérieur à trois millions d'euro.

Pas de vague de taux négatifs

Commerzbank est la première grande banque européenne à répercuter le coût des décisions de la BCE sur ses clients, mais d'autres pourraient suivre dans les prochains mois, selon une source financière. Pourtant du côté des grandes banques espagnoles ou françaises interrogées par l'AFP, aucune n'envisage de tels taux négatifs pour le moment.

La fédération des banques privées allemandes se veut rassurante, soulignant que «la forte concurrence des instituts de crédits plaide contre l'idée de taux négatifs dans la banque de détail».

Pour autant, «les taux relèvent de la politique individuelle de chaque institut», ajoute-t-elle.

(smk/afp/nxp)

Créé: 22.11.2014, 07h58

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