Samedi 11 juillet 2020 | Dernière mise à jour 05:46

Amérique latine L'Argentine propose de restructurer sa dette

Buenos Aires va proposer vendredi aux créanciers privés une restructuration de la dette publique argentine. La nouvelle a fait plonger la Bourse.

Le président argentin Alberto Fernandez et la vice-présidente Cristina Kirchner à Buenos Aires le 16 avril 2020.

Le président argentin Alberto Fernandez et la vice-présidente Cristina Kirchner à Buenos Aires le 16 avril 2020. Image: AFP

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Confrontée à une «une sorte de défaut (de paiement) virtuel», selon son président Alberto Fernandez, l'Argentine a dévoilé la proposition qu'elle doit faire vendredi aux créanciers privés, ce qui a aussitôt entraîné une chute de 6,21% de la Bourse de Buenos Aires.

La restructuration de la dette publique porte, selon le gouvernement d'Alberto Fernandez, sur une remise de 62% sur les intérêts de la dette, soit 37,9 milliards de dollars (36,74 milliards de francs), et de 5,4% sur le capital, soit 3,6 milliards (3,49 en francs). Buenos Aires demande également un moratoire de trois ans, ce qui impliquerait aucun paiement jusqu'en 2023.

«Demain (vendredi) va être un jour décisif. Les marchés vont savoir ce que l'Argentine est en mesure de payer et d'accomplir», a déclaré le président après l'annonce de la restructuration de la dette.

La Bourse dégringole

Jeudi en tout cas, la Bourse de Buenos Aires a dégringolé, même si cela s'est produit après trois journées de forte hausse entre lundi et mercredi (3,08%, puis 6,58%, et 4,19%).

«Nous avons essayé de comprendre les préférences des créanciers, (d'où) la proposition qui comporte une réduction des intérêts plus importante que de capital», avait auparavant déclaré le ministre de l'Économie, Martin Guzman.

Les créanciers privés auront vingt jours pour donner leur réponse. La prochaine échéance liée à ces obligations, prévue le 22 avril, s'élève à 500 millions de dollars.

«Compliqué mais pas impossible»

«Cela va être une négociation compliquée mais pas impossible», a estimé Claudio Loser, un ancien haut responsable du FMI, en référence au contexte actuel lié à la pandémie de coronavirus qui plombe l'économie mondiale. Mais «c'est une négociation. Si les Argentins présentent cela (cette proposition) comme la seule option, ils vont se trouver dans une situation très difficile. Ils doivent s'asseoir pour négocier».

Avec cette opération, le gouvernement argentin cherche à renégocier près de 70 milliards de dollars en titres de devises étrangères émis sous juridiction internationale et donc soumis à des procédures éventuelles d'arbitrage. Mais l'histoire du pays, qui a connu en 2001 le plus grand défaut de paiement de l'histoire (100 milliards de dollars), ne joue pas en sa faveur.

Concernant le Fonds monétaire international (FMI), à qui l'Argentine doit 44 milliards de dollars, Martin Guzman a indiqué que le gouvernement travaillait sur un nouveau calendrier de paiements. «Nous continuons de travailler avec le FMI de manière constructive sur un nouveau calendrier qui implique que l'Argentine n'ait à effectuer aucun remboursement de capital au Fonds au cours des trois prochaines années», a-t-il précisé.

90% du PIB

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, avait affirmé le 20 mars que le pays avait besoin d'une «importante» restructuration de sa dette. Un prêt de sauvetage du FMI de 57 milliards de dollars, très impopulaire, avait été négocié par le président Mauricio Macri, en 2018, prédécesseur de centre-droit d'Alberto Fernandez. Ce dernier n'avait finalement accepté le décaissement que de 44 milliards de dollars sur le total du prêt.

Le président Alberto Fernandez (centre-gauche), qui était assis au côté de son ministre de l'Economie, a expliqué que l'Argentine était disposée à payer sa dette, mais a insisté sur le fait que cela devait se faire «sans retarder les besoins que le pays avait en décembre (au moment de sa prise de pouvoir) et qui ont augmenté à cause de la débâcle liée à la pandémie» du Covid-19.

«Nous nous trouvons dans une sorte de défaut virtuel», a déclaré Mauricio Fernandez, arrivé le 10 décembre à la tête de la troisième économie d'Amérique latine, où le taux de pauvreté atteint près de 40% et l'inflation en 2019 a dépassé 50%.

Une dette de 90% du PIB

Il y a une semaine, le gouvernement avait déjà repoussé à 2021 le paiement de 9,8 milliards de dollars de dette, se libérant ainsi de son obligation de rembourser avant le 31 décembre 2020 des obligations libellées en dollars émises sous la juridiction locale.

La dette totale de l'Argentine s'élève à 311 milliards de dollars et représente plus de 90% du Produit intérieur brut. Le pays, en récession depuis deux ans, est confiné depuis le 20 mars et au moins jusqu'au 26 avril, et subit comme l'ensemble des pays touchés par le virus un lourd impact sur son économie. Les dernières prévisions du FMI tablaient sur une contraction du PIB de 5,7% cette année, contre une baisse de 2,2% en 2019 et de 2,6% en 2018. (afp/nxp)

Créé: 17.04.2020, 00h58

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