Samedi 15 décembre 2018 | Dernière mise à jour 16:27

Japon Un magnat de l'auto arrêté pour dissimulation de revenus

Le patron de Renault-Nissan-Mitsubishi Carlos Ghosn est soupçonné d'avoir dissimulé une partie de son salaire au fisc japonais. Il a été arrêté à Tokyo.

L'action Nissan chute de plus de 6% à Tokyo

L'action du constructeur d'automobiles japonais Nissan plongeait de plus de 6% mardi matin à la Bourse de Tokyo, au lendemain de l'arrestation choc du dirigeant de son conseil d'administration Carlos Ghosn.

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Carlos Ghosn, PDG de Renault et un des plus grands patrons d'industrie au monde, a connu lundi une chute brutale: il été arrêté à Tokyo sur des soupçons de malversations et s'apprête à être limogé par Nissan, qui a dénoncé son «côté obscur».

Le président exécutif du constructeur d'automobiles japonais, Hiroto Saikawa, a eu des mots très durs contre l'ex PDG, tombé pour avoir trop concentré les pouvoirs, selon ses mots.

«C'est un problème que tant d'autorité ait été accordée à une seule personne», a déclaré Hiroto Saikawa lors d'une conférence de presse au siège du groupe à Yokohama, en banlieue de Tokyo.

«Je dois dire que c'est un côté obscur de l'ère Ghosn», et, «à l'avenir, nous devons nous assurer de ne pas nous appuyer sur un individu en particulier», a-t-il ajouté.

Se départissant de la prudence adoptée en pareil cas, et sans même attendre les conclusions de l'enquête, Nissan a annoncé la tenue d'un conseil d'administration dès ce jeudi pour démettre M. Ghosn de son poste de président de cette instance.

Dissimulation de revenus

Carlos Ghosn, qui dirige en outre le conseil d'administration de Mitsubishi Motors, «a pendant de nombreuses années déclaré des revenus inférieurs au montant réel», selon les résultats d'une enquête interne de Nissan menée sur la base du rapport d'un lanceur d'alerte.

«En outre, de nombreuses autres malversations ont été découvertes, telles que l'utilisation de biens de l'entreprise à des fins personnelles», ajoute Nissan.

Un autre responsable du groupe, Greg Kelly, est également mis en cause.

Les informations ont été transmises au parquet de Tokyo, qui n'avait pas communiqué dans l'immédiat.

Si M. Saikawa s'est dit «extrêmement choqué» par ces révélations, il a tout de même reconnu que M. Ghosn avait «réalisé d'importantes réformes et que ce qu'il avait accompli ne pouvait être nié».

Le Franco-Libano-Brésilien de 64 ans a ainsi érigé en à peine deux décennies un empire automobile, en cumulant des fonctions comme aucun autre dirigeant d'entreprises de cette taille ne l'avait fait avant lui.

«Chambouler l'alliance»

Carlos Ghosn était arrivé à Tokyo au printemps 1999 pour redresser Nissan, tout juste uni au français Renault. Il avait été nommé PDG deux ans plus tard.

Surnommé «cost killer» («tueur de coûts»), il avait transformé un groupe en pleine débâcle en une société très rentable au chiffre d'affaires annuel de près de 100 milliards d'euros, ce qui lui vaut une certaine vénération dans l'archipel.

Il a passé le relais en avril 2017 à son dauphin, Hiroto Saikawa, tout en restant à la tête du conseil d'administration, pour se concentrer davantage sur l'alliance avec Renault et Mitsubishi Motors, qu'il a portée au sommet de l'industrie automobile mondiale.

En tant que PDG de Nissan, il avait touché pour la période d'avril 2016 à mars 2017 quasiment 1,1 milliard de yens (8,8 millions d'euros au cours de l'époque). Il gagne en outre plus de 7 millions d'euros par an au titre de PDG de Renault, qu'il dirige depuis 2009 (il en était directeur général depuis 2005), des revenus qui ont souvent fait grincer des dents.

13 millions d'euros en 2017

En fin de matinée, le président français, Emmanuel Macron, a déclaré que l'Etat français serait «extrêmement vigilant à la stabilité» de Renault et de l'alliance avec Nissan.

Carlos Ghosn a sauvé fin 2016 le constructeur Mitsubishi Motors en prenant, via Nissan, une participation de 34% dans le groupe alors empêtré dans un scandale de falsification de données.

Réaction de Macron

Le partenariat Renault-Nissan-Mitsubishi est aujourd'hui une construction aux équilibres complexes, constituée d'entreprises distinctes liées par des participations croisées non majoritaires.

Renault détient 43% de Nissan, qui possède 15% du groupe au losange, tandis que Nissan possède 34% de son compatriote Mitsubishi Motors. De récentes rumeurs de fusion avaient filtré récemment.

«Cette affaire n'est pas de nature à affecter l'alliance entre les trois entités», a promis Hiroto Saikawa, même si l'impact sur Renault sera, lui, «significatif».

En fin de matinée, le président français, Emmanuel Macron, avait déclaré que l'Etat français serait «extrêmement vigilant à la stabilité» de Renault et de l'alliance avec Nissan.

Renault a de son côté indiqué que son conseil d'administration «se réunira au plus vite».

Selon les experts du secteur, les accusations portées contre Carlos Ghosn portent un rude coup au trio franco-japonais qui revendique le titre de premier ensemble automobile mondial, avec 10,6 millions de voitures vendues l'an dernier, dépassant ses rivaux Toyota ou Volkswagen.

«S'il est arrêté, cela va chambouler l'alliance dont il est la pierre angulaire», avait commenté avant les informations de presse sur son arrestation Satoru Takada, analyste au sein du cabinet d'études TIW.

A la Bourse de Paris, le titre de Renault s'effondrait de plus de 10% en séance. La place tokyoïte était, elle, fermée quand les premières informations sont apparues.

(ats, afp/nxp)

Créé: 19.11.2018, 12h40

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