Lundi 18 mars 2019 | Dernière mise à jour 20:22

Commerce de détail Le commerce suisse a perdu 16'000 emplois

La concurrence internationale a pesé lourd sur le commerce suisse qui a perdu des milliers d'emplois en 10 ans. Le secteur de l'habillement surtout est en difficulté.

Il y a dix ans, le géant allemand Zalando était à peine né.  Aujourd'hui, il vend pour 800 millions de francs de marchandises en Suisse.

Il y a dix ans, le géant allemand Zalando était à peine né. Aujourd'hui, il vend pour 800 millions de francs de marchandises en Suisse. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le commerce de détail en Suisse a perdu 16'000 emplois en dix ans sous l'effet de la concurrence internationale croissante. La pression, qui touche surtout le secteur non alimentaire, est appelée à se poursuivre mais les détaillants helvétiques ont du répondant, révèle une étude publiée mardi par Credit Suisse.

Sur les trois derniers trimestres, la branche a vu le nombre de ses emplois reculer de 0,7%. «La tendance n'est pas nouvelle mais s'est renforcée ces deux dernières années», observe l'étude «Retail Outlook» (perspectives du commerce de détail) réalisée en collaboration avec Fuhrer & Hotz. Fin 2018, le secteur employait quelque 234'000 personnes en Suisse, 16'000 de moins que dix ans plus tôt.

La concurrence étrangère taille des croupières aux commerçants indigènes. Il y a dix ans, le géant allemand de l'e-commerce Zalando était à peine né. Quant à l'euro, il valait encore environ 1,50 franc et ne favorisait pas le tourisme d'achat. Aujourd'hui, Zalando vend pour 800 millions de francs de marchandises en Suisse, et les écarts de prix entre la Suisse et l'étranger se sont nettement creusés.

Conséquence, alors que «l'emploi dans le commerce de détail augmente dans la plupart des pays d'Europe, la Suisse enregistre une régression», a constaté devant les médias à Lausanne Sara Carnazzi Weber, responsable de l'analyse régionale et sectorielle de la grande banque. Et la situation ne semble pas devoir s'améliorer. La concurrence chinoise, à laquelle un commerçant suisse sur sept est aujourd'hui confronté, va s'intensifier.

En 2018, les chiffres d'affaires du commerce de détail en Suisse n'ont augmenté que de 0,4%, malgré le quasi plein-emploi et la forte croissance économique. Un pouvoir d'achat en berne et le climat d'incertitudes ont pesé sur la consommation, ce dont a fait les frais le secteur non alimentaire.

Ce dernier a vu ses ventes reculer de 0,8% par rapport à 2017. Si l'électronique se porte bien, l'habillement a subi une chute de 9%, à cause de la concurrence de Zalando mais aussi d'un climat doux en automne qui a entravé les ventes de vêtements d'hiver. Le secteur alimentaire quant à lui a vu ses ventes augmenter de 1,5%.

Maigres attentes pour 2019

Pour 2019, la banque aux deux voiles s'attend à une hausse globale de 0,6% des chiffres d'affaires en termes nominaux, avec en parallèle une inflation de 0,3%. «Le bilan s'annonce donc assez maigre», anticipe Mme Carnazzi Weber. La pression sur les prix demeurera élevée dans l'alimentaire, mais ce dernier devrait tout de même engranger une hausse de 0,8% de ses ventes. En revanche, hormis pour l'électronique, l'évolution devrait être légèrement négative dans le secteur non-alimentaire (-0,3%).

La concurrence internationale est d'autant plus forte que les consommateurs suisses, selon une autre étude publiée par les Nations Unies, figurent dans le trio de tête pour le shopping en ligne, derrière leurs homologues des Pays-Bas et de Grande-Bretagne.

En dix ans, la part des PME helvétiques exposées à une concurrence étrangère est passée d'un tiers à la moitié. Effet positif, cette nouvelle donne pousse les acteurs concernés à se montrer plus innovants et donc à s'armer pour le futur. «Elle provoque une sorte de remise en forme, à l'instar, il y a quelques années, de ce qui est arrivé à l'industrie d'exportation, obligée de s'adapter après le renchérissement du franc», a précisé Mme Carnazzi Weber.

L'entrée (partielle) d'Amazon sur le marché suisse renforcera encore les achats en ligne des produits non alimentaires ces prochains mois, avec l'entrée en vigueur de l'accord entre le géant américain et La Poste permettant d'accélérer les livraisons. Cependant, il n'y aura «pas de raz-de-marée» selon l'étude, notamment parce que le pays héberge déjà depuis un certain temps de puissants acteurs de l'e-commerce.

L'alimentaire est aussi touché mais reste très solide. L'arrivée des discounters allemands Aldi et Lidl, il y a respectivement 10 et 14 ans, a contribué à rendre les Suisses «plus sensibles aux prix». Cependant, Denner (52% des ventes du secteur discount), Migros et Coop font mieux que résister. Par rapport aux autres pays, la Suisse n'est globalement «pas propice aux discounters», note encore l'étude.

Des ventes de Noël satisfaisantes

Les consommateurs ont beau avoir fait preuve de retenue sur fond de pouvoir d'achat en légère baisse en 2018 et la concurrence du commerce en ligne étranger a beau se faire plus vigoureuse, les grands détaillants suisses s'estiment satisfaits des ventes de Noël, à l'image de Manor.

La chaîne de magasins ne divulgue pas de chiffre, mais «ce qui est vrai depuis des années, pendant la période de Noël, c'est que nous enregistrons des ventes très élevées. Elle continue d'être le moment le plus fort de l'année», a indiqué une porte-parole à AWP. L'enseigne note aussi que «de plus en plus de personnes font leurs achats en ligne sur manor.ch », un canal que le groupe veut encore plus développer à l'avenir.

Sans surprise, le secteur alimentaire a pris de plus en plus d'importance à l'approche de la période des fêtes. Constat partagé par Coop, qui se dit aussi très content des résultats de fin d'année. En 2018, le géant helvétique de la distribution a dégagé un chiffre d'affaires de 30,7 milliards de francs, en hausse de 5% sur un an. Ses ventes sur internet ont décollé de 20,4%.

L'autre géant du commerce de détail, Migros, communiquera ses chiffres mi-janvier. Sa filiale de e-commerce Digitec Galaxus a cependant indiqué que «les mois de novembre et de décembre ont permis d'atteindre un nouveau chiffre d'affaires record», a assuré une porte-parole à AWP.

Parmi les produits qui ont particulièrement bien marché se trouvent les jouets Lego (pour des produits vendus entre 200 et 400 francs) et Playmobil. «Smartphones, smartwatches et les tablettes Apple ainsi que les portables Huawei et la console Nintendo Switch étaient très populaires.»

Les économistes de Credit Suisse se montrent plus modérés. S'ils ne disposent pas de statistiques spécifiques aux ventes de Noël, «ces dernières années on a pu observer que les ventes sur cette période, bien que toujours supérieures à la moyenne des autres mois, n'ont pas permis de redressement quand la tendance de fond allait vers le bas», a constaté Sara Carnazzi Weber, responsable de l'analyse régionale et sectorielle de la grande banque.

Les achats en ligne, notamment sur les sites étrangers, constituent aussi une forte concurrence à Noël. «On peut imaginer que de nombreux clients choisissent cette option pour éviter le stress lié à l'affluence en magasin», a-t-elle constaté. (ats/nxp)

Créé: 08.01.2019, 13h39

sentifi.com

Le_Martin_Web Sentifi Top themes and market attention on

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.