Mercredi 23 octobre 2019 | Dernière mise à jour 01:47

Etats-Unis Avant l'entrée en Bourse, grève chez Uber

Uber s'apprête à entrer en Bourse vendredi sur fond de grogne des chauffeurs qui réclament de meilleures conditions.

Manifestation des chauffeurs Uber à Los Angeles, le 8 mai 2019.

Manifestation des chauffeurs Uber à Los Angeles, le 8 mai 2019. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Uber s'apprête à concrétiser vendredi l'entrée en Bourse la plus attendue de l'année et certainement la plus richement dotée, ce qui a incité ses chauffeurs à manifester mercredi pour demander une meilleure rémunération.

Dans une dizaine de grandes villes américaines, dont New York et San Francisco --la ville californienne où sont nés Uber et son principal concurrent aux Etats-Unis Lyft-- les chauffeurs ont été appelés à se déconnecter de la plateforme de réservation et à venir manifester devant les locaux.

A San Francisco, une manifestante devant le siège mondial d'Uber portait une pancarte énumérant ce que certains actionnaires d'Uber pourraient encaisser grâce à l'entrée en Bourse («Initial Public Offering» -IPO- en anglais) : «Jeff Bezos (patron d'Amazon, NDLR) = 400 millions de dollars, Dara Khosrowshahi (actuel patron d'Uber, NDLR) = 10 millions, Travis Kalanick (fondateur et ancien PDG, NDLR) = 6 millions», par opposition aux «Chauffeurs = 0 dollar».

Fébrilité

La première cotation d'Uber à Wall Street devrait en effet intervenir vendredi, des débuts attendus fébrilement: l'entreprise est leader du secteur, célèbre dans de nombreuses régions du monde, a connu une croissance exponentielle mais ... perd des sommes colossales sans que la rentabilité ne se profile à l'horizon.

Très attendue aussi parce que son rival Lyft, qui l'a précédé en Bourse fin mars, connaît des débuts boursiers difficiles. Cette IPO prend donc des allures de moment de vérité pour Uber et Dara Khosrowshahi, nommé en 2017 pour améliorer une image très dégradée par des scandales à répétition, en vue de l'introduction en Bourse.

Echaudé par la déconvenue de Lyft, Uber envisage d'ailleurs de faire des débuts prudents en termes de prix de l'action et donc de valorisation boursière. Selon une source proche du dossier, Uber compte fixer son prix dans le milieu de la fourchette annoncée jusqu'ici, 44 à 50 dollars, et le groupe espère lever environ 8 milliards de dollars d'argent frais lors de cette opération.

«Mécontentement»

A 47 dollars l'action, Uber vaudrait un peu plus de 80 milliards de dollars si on prend en compte des éléments financiers tels que les stock-options. L'entreprise, qui boucle la traditionnelle tournée des investisseurs servant à fixer le prix d'introduction du titre, devrait annoncer ce prix jeudi soir.

Dans les documents boursiers publiés récemment dans le cadre de cette IPO, Uber avançait une prévision de chiffre d'affaires d'environ 3 milliards de dollars au premier trimestre 2019 et une perte proche de 1 milliard de dollars. Parmi les nombreux «risques» financiers actuels et futurs détaillés par Uber sur plusieurs dizaines de pages: la concurrence, les menaces légales et réglementaires et... les chauffeurs.

Pour maintenir un prix de course attractif pour attirer clients et chauffeurs, Uber a en effet multiplié réductions, promotions, bonus etc: c'est d'ailleurs une des causes de l'hémorragie financière qui plombe le groupe depuis ses débuts.

Uber, qui revendique 3 millions de chauffeurs dans le monde, le dit d'ailleurs sans ambages: «nous connaissons toujours un mécontentement (...) de la part d'un nombre important de chauffeurs. En particulier, comme nous prévoyons de réduire les incitations (financières) pour les chauffeurs, nous nous attendons à une hausse du mécontentement général» de leur part. Autre menace: la requalification possible par la justice des chauffeurs en employés plutôt que travailleurs indépendants.

Embouteillages

Rémunération, statut, protection sociale: autant de demandes formulées mercredi dans les rangs des manifestants. «Il est très difficile de gagner sa vie», déplore Kevin Killelea, chauffeur Uber, devant le bâtiment new-yorkais qui abrite les bureaux d'Uber et Lyft. «Ils pourraient nous traiter beaucoup mieux», dit-il. «Et sans nous, ils ne pourraient même pas aller en Bourse.»

Conductrice pour les trois applications Uber, Lyft et Via, et mère de trois enfants, Neomi Oguto affirme gagner jusqu'à 6000 dollars certains mois. «Mais entre l'essence, l'assurance et les coûts d'entretien de ma voiture, mes revenus fondent», regrette-t-elle.

D'après l'Economic Policy Institute, aux Etats-Unis les chauffeurs Uber gagnent 9,21 dollars par heure en moyenne, une fois retirées les commissions versées à l'application, les dépenses d'entretien du véhicule et leurs dépenses de sécurité sociale. Autre mauvaise publicité pour le secteur: Uber et Lyft ont contribué à une hausse importante des embouteillages à San Francisco, selon une étude parue mercredi. (afp/nxp)

Créé: 09.05.2019, 03h17

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.