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Agroalimentaire Nestlé et Ferrero visent une huile de palme écologique

Face aux critiques sur les ravages provoqués par la production d'huile de palme, six géants de l'industrie se sont engagés à favoriser des plantations labellisées qui garantissent le respect de l'environnement et des populations.

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Et si l'huile de palme pouvait causer moins de ravages aux zones de forêt primaire dans le Sud-Est asiatique? Régulièrement pointée du doigt par les défenseurs de l'environnement, cette production pourrait évoluer sous la double impulsion d'un groupe d'industriels de l'agroalimentaire et du gouvernement de Malaisie.

Première salve en début de semaine: six groupes de l'agroalimentaire (Ferrero, Nestlé, Unilever, Vandermoortele, CSM, Cérélia) se réunissent sous l'étendard d'une «Alliance française pour une huile de palme durable», en compagnie de trois fédérations industrielles. «Elles s'engagent à utiliser d'ici 2015 une huile de palme qui réponde aux critères de durabilité définis par la RSPO (Round table on sustainable oil)», précise un communiqué publié par cette Alliance.

Nutella visé, Ferrero mobilisé

Un an après le débat au parlement français sur une éventuelle taxe sur l'huile de palme dans les produits alimentaires, baptisée taxe Nutella, l'ironie de l'histoire veut que Ferrero, maison-mère de la pâte à tartiner soit l'un des fers de lance de cette alliance.

La société italienne, en plus d'une démarche environnementale, cherche sans doute à corriger ainsi le buzz créé voici quelques mois par le débat en France et qui avait fait des ravages sur les réseaux sociaux, comme le montre cette vidéo.

Nestlé engage sa responsabilité environnementale

Pour la multinationale de Vevey, ce choix relève d'une stratégie de long-terme.

«Il n'y aura pas de révolution pour nous: Nestlé a adopté en 2010 une politique exigeante en matière de production durable de l'huile de palme et nous n'utilisons déjà plus que ce type de produit à l'échelle du groupe», insiste Jean-Manuel Bluet, directeur développement durable de Nestlé France.

Une charte de bonne conduite en matière de déforestation a donc été adoptée, plus restrictive que ne le sont les critères RSPO. Car les critères de ce label «ne vont pas assez loin en matière d'atteintes aux forêts tropicales et à leurs biotopes», reconnaît Jean-Manuel Bluet.

Communiquer et espérer la contagion

Pour la multinationale vaudoise et sa branche française en l'occurrence, il s'agit davantage de «communiquer sur les actions réalisées, le sens des choix qui ont été faits, les enjeux en matière de développement durable», et d'espérer que cette communication «incite d'autres acteurs à agir de même».

Avec ses partenaires de l'Alliance, Nestlé entend donc combiner la rentabilité de l'huile de palme (dix fois supérieure à celle du soja) au respect de l'environnement. Pour ce faire, c'est le label RSPO qui a été choisi. Un label regroupant producteurs et organisations non gouvernementales, comme l'explique cette vidéo signée Greenpeace.

Pourtant, ce label RSPO est régulièrement critiqué en raison de ses contrôles jugés trop laxistes et de critères vus par certains comme trop favorables aux industriels. «La RSPO permet à certains industriels de faire de l'huile de palme durable pour satisfaire les bonnes consciences, tout en continuant à produire de l'huile de palme conventionnelle dans des conditions inacceptables», réagit Christian Berdot, vice-président des Amis de la Terre-France.

Les industriels feraient notamment pression au sein de l'instance de contrôle pour ne pas voir les frais s'envoler, alors que le surcoût de l'huile de palme labellisée RSPO (15% de la production mondiale) est estimé à 2% par rapport à une huile de palme classique.

Les membres de la nouvelle «Alliance» sont conscients des critiques et assurent vouloir renforcer les exigences: «Le système est perfectible notamment sur les enjeux écologiques, mais nous allons œuvrer pour que la RSPO soit plus stricte», assure Marc Toussaint, porte-parole de l'Alliance et président de CSM France.

La Malaisie dégaine un label plus strict

Quelques heures à peine après cette annonce, c'est au tour de la Malaisie (2e producteur mondial derrière l'Indonésie, avec 10 millions de tonnes par an) d'annoncer la mise en place d'un label «vert» dès 2014.

Cette certification, dont les critères devraient être plus draconiens que ceux du label RSPO, suivra celle déjà annoncée voici quelques mois par l'Indonésie (1er producteur mondial avec 21 millions de tonnes). Là aussi, l'objectif était de rassurer les consommateurs occidentaux, rebutés par les dégâts occasionnés à la faune et pas vraiment rassurés par le label RSPO.

Alors que la taxe française avait échoué fin 2012, le deuxième semestre 2013 semble marquer un retournement de situation pour l'huile de palme: annonces des industriels, mesures de labellisation par les deux principaux pays producteurs (Indonésie et Malaisie représentent 85% de la production mondiale).

Reste à savoir si les membres de l'Alliance pour une huile de palme durable resteront sur un label bientôt dépassé par les certifications locales. Pour Nestlé, la question sera étudiée: «Nous attendrons de connaître les critères de ces nouveaux labels, et nous étudierons ensuite la possibilité de nous y conformer... si ce n'est pas déjà le cas avec les exigences qui sont les nôtres en matière d'éco-responsabilité», glisse Jean-Manuel Bluet.

Créé: 05.09.2013, 09h26

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