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Politique commerciale «Nos états d’âme n’intéressent pas nos partenaires»

Luzius Wasescha tire sa révérence. Négociateur hors pair, le Grison aura marqué la politique économique extérieure de la Suisse. Il en appelle à une présence musclée de la Confédération dans les zones de croissance.

Ce qui est bon pour l’Organisation mondiale du commerce est en général bon pour la Suisse, estime Luzius Wasescha.

Ce qui est bon pour l’Organisation mondiale du commerce est en général bon pour la Suisse, estime Luzius Wasescha. Image: Keystone

A grands traits

Né en 1946, docteur en droit, l'ambassadeur Luzius Wasescha était responsable depuis 2007 de la mission permanente de la Suisse près l'OMC et l'AELE (ECE/ONU, CNUCED, CCI) à Genève. Il était aussi le délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux et négociateur en chef de la Suisse dans le cadre des négociations à l'OMC.

Dorénavant, retraite active oblige, il présidera le Club diplomatique de Genève, le Forum suisse de politique internationale, le World Trade Institute de Berne. Il sera aussi le délégué suisse à l’application de l’accord entre la Géorgie et la Russie, facilité par la diplomatie suisse.

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A 66 ans, Luzius Wasescha quitte les instances fédérales mercredi. Pendant cinq ans, il a dirigé la mission suisse auprès de l'OMC, de l'AELE et de la CNUCED à Genève.

Le Matin - Quelle leçon tirez-vous de vos trente années de négociations commerciales au profit de la Suisse?

Luzius Wasescha - La première leçon est qu’à côté des connaissances techniques pour un dossier, il faut absolument intensifier nos contacts avec nos interlocuteurs. Pas seulement les grands, mais aussi les moyens et les petits. Car nous sommes des ingénieurs dans la création de coalitions. Et plus on dispose d’un réseau, plus il est facile de créer ces coalitions.

Jugez-vous que votre travail ait eu un impact sur le quotidien des Suisses?

De manière générale, notre politique économique extérieure a un impact sur la vie de tous les jours. C’est en grande partie grâce à nos exportations que nous assurons des places de travail dans ce pays. Avec mes équipes, j’ai contribué à concrétiser cette politique économique extérieure, qui fait beaucoup de bien à la Suisse.

Comment résumeriez-vous cette politique?

Je dirais que ce qui est bon pour l’OMC [Organisation mondiale du commerce] est en général bon pour la Suisse. Il nous faut un cadre juridique solide, avec des règlements des différends, seule garantie à même de discipliner les grands. Sans cette discipline, nous serions exposés à la loi de la jungle.

Vous avez dépensé beaucoup d’énergie à faire avancer libre-échange et multilatéralisme. En 2012, n'est-ce pas le constat d’échec?

Non. Les évolutions sont cycliques. Depuis cinq ans, les gouvernements sont essentiellement absorbés par leurs soucis internes. Chose normale quand on voit les majorités relativement faibles avec lesquelles la plupart doivent gouverner. Cela ne leur laisse pas le temps de développer une vision d’avenir. Le multilatéralisme, qui n’apporte que des résultats à moyen et long terme, les intéresse moins. Mais ça ne diminue en rien sa valeur essentielle pour la coopération internationale dans le domaine économique.

La Suisse a-t-elle les cartes en main pour perpétuer son succès économique?

Sur le plan de l’économie privée, oui. Très tôt, les PME suisses ont compris la nécessité de s’intercaler dans les chaînes de production et de valeur ajoutée globale. Sur le plan gouvernemental, nous faisons ce que nous pouvons avec les moyens du bord. Mais il est bien entendu que notre système, développé à partir de la gestion en commun des alpages, n’est pas suffisamment flexible pour assurer une présence constante dans le monde entier. Les marchés de croissance se trouvant aujourd’hui en Asie mais aussi en Amérique latine et en Afrique, il faudrait que nous investissions dans notre réseau pour être présents sur les places qui vont émerger demain.

Un conseil, au moment de partir?

La vie m’a appris qu’il faut éviter les conseils en partant. Mais pour moi, nous avons trop longtemps cru qu’une argumentation juridique très pointue suffisait à assurer nos intérêts. Nous devons faire plus: montrer de la créativité, avoir des idées, faire preuve d’innovation pour attirer l’attention de nos interlocuteurs. Car même si, poliment, ils nous disent que la Suisse est un pays merveilleux et qu’ils nous adorent, nos partenaires ont d’autres soucis que de s’intéresser aux états d’âme des Suisses.

Comment voyez-vous le monde et la Suisse dans trente ans?

Je pense que les regroupements régionaux vont progresser. En Europe aussi. Et la Suisse, d’une manière ou d’une autre, fera partie de cette Europe.

Créé: 01.08.2012, 07h14

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