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Suisse «L'homéopathie provoque des coûts qui ne sont pas nécessaires»

Censée contribuer à la baisse des coûts de la santé, la médecine complémentaire ne fait qu'alourdir les frais, selon de récents chiffres.

Image: Keystone

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C'est un fait: en Suisse, les coûts de la santé explosent. Entre 1996 et 2006, ils ont connu une hausse de 255,2%. Afin de mettre un terme à cette évolution, certaines personnes vont jusqu'à proposer des solutions pour le moins polémiques. Interrogée récemment par «SonntagsBlick», la patronne de la CSS, Philomena Colatrella a émis l'idée d'une franchise à 10'000 francs.

Si sa proposition a suscité de vives réactions à travers toute la Suisse, la situation n'en reste pas moins préoccupante, écrit jeudi «Blick». Selon des chercheurs de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, notre système de santé a coûté près de 84,1 milliards de frans en 2017, soit 4,1% de plus qu'un an auparavant.

Des coûts supplémentaires de près de 30 millions de francs

Une des raisons pour cette hausse serait la médecine complémentaire, comme par exemple l'homéopathie, écrit le quotidien alémanique. Depuis 2017, les méthodes de médecine complémentaire sont remboursées par l'assurance obligatoire des soins. En 2009, le peuple avait largement accepté un nouvel article constitutionnel demandant la prise en compte des traitements alternatifs.

A l'époque, écrit «Blick», on espérait ainsi pouvoir faire baisser les coûts de la santé. Or c'est tout le contraire qui s'est produit. L'an dernier, la médecine complémentaire a engendré des coûts supplémentaires de près de 30 millions de francs, confirme Sandra Kobelt, porte-parole du groupe Santésuisse.

Les traitements alternatifs, comme par exemple les granules homéopathiques, continuent donc à faire débat, d'autant plus que leur efficacité reste à ce jour controversée. Mais malgré tout cela, ces traitements sont remboursés par les caisses maladie à condition qu'ils aient été prescrits par des homéopathes diplômés. La situation est en revanche toute autre pour les médicaments traditionnels. Pour être pris en charge par les caisses, ceux-ci doivent non seulement avoir été prescrits par un médecin mais également figurer sur une liste spéciale. Felix Schneuwly, porte-parole de Comparis, explique: «Seuls les médicaments dont l'efficacité et la rentabilité ont pu être prouvées figurent sur cette liste.»

«Des coûts doubles»

D'un point de vue scientifique, écrit le quotidien, ce traitement inégalitaire entre l'homéopathie et la médecine dite traditionnelle n'a aucun sens puisqu'en 2017 vingt-cinq organisations scientifiques européennes ont remis en cause l'efficacité des petites granules. Parmi ces organisations figuraient aussi les Académies suisses des sciences, qui collaborent notamment avec les Hautes écoles. Toutes ces institutions vont même jusqu'à affirmer que l'homéopathie peut se révéler dangereuse puisque certaines personnes renoncent parfois partiellement ou totalement à des thérapies traditionnelles pour se soigner.

Beda Stadler, ancien dirigeant de l'institut d'immunologie à l'Uni de Berne, partage lui aussi cet avis: «Les granules provoquent des coûts de la santé qui ne sont pas nécessaires.» Selon lui, le peuple suisse a été trompé en 2009 parce qu'on lui a fait croire que l'homéopathie était bon marché. «Prenons l'exemple des personnes allergiques au pollen. Nombreuses sont celles qui continuent à prendre les granules, même si ce traitement se révèle inefficace. Pire encore, elles prennent d'autres médicaments par-dessus. Et cela provoque donc des coûts doubles.»

«L'homéopathie est efficace»

La doctoresse Gisela Etter, également homéopathe diplômée, contredit: «Je constate tous les jours l'efficacité de l'homéophatie chez les personnes souffrant d'allergies.» Ce qui pose problème selon elle c'est que les médecins ne parviennent pas à expliquer comment fonctionnent les granules. «Et c'est impossible de l'expliquer avec les sciences naturelles traditionnelles.» C'est pour cette raison que les traitements alternatifs, contrairement aux autres médicaments, ne doivent pas prouver qu'ils sont efficaces et rentables, argumente-t-elle.

Créé: 19.04.2018, 22h22

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