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Témoignage HSBC a dénoncé près de mille employés

Les onze banques visées par les Etats-Unis ont transmis les noms de milliers d’employés. A elle seule, HSBC aurait dénoncé 1100?personnes. Ces désignations pourraient avoir des conséquences cauchemardesques pour les salariés.

Eric Delissy, 71?ans, est l’ancien avocat en chef de HSBC. La banque a transmis son nom aux Etats-Unis.

Eric Delissy, 71?ans, est l’ancien avocat en chef de HSBC. La banque a transmis son nom aux Etats-Unis. Image: Lionel Flusin/Le Matin

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«Je ne veux pas jouer les Winkelried, mais ce qui nous arrive est simplement scandaleux. Nous sommes victimes d’un acte hautement déloyal qui me révolte et m’attriste.» Eric Delissy, ancien avocat en chef de HSBC en retraite, se fait le porte-voix de centaines d’employés de la filiale genevoise de la banque britannique dont les noms ont été transmis aux autorités américaines. Il ose parler publiquement «parce qu’à 71?ans ils ne peuvent plus rien contre moi». Ce n’est pas le cas des autres salariés, à qui la banque a rappelé leur devoir de discrétion envers les médias.

Selon nos informations, les noms de près de 1100 salariés, anciens, actuels et en retraite, figureraient sur la liste. HSBC emploie environ 1700?personnes en Suisse. Dans chaque cas, des copies de documents et de correspondance ont été livrées aux Etats-Unis. Dans un premier temps, le Conseil fédéral avait envisagé de transmettre ces données caviardées. Mais, face à l’intransigeance du Département de la justice, les diplomates helvétiques ont dû renoncer à cette précaution. Jusqu’ici, seuls HSBC et le Credit Suisse ont confirmé avoir livré des listes. Sur les onze banques touchées, le chiffre de 10?000 noms d’employés est évoqué.

Les critères de sélection paraissent flous. Eric Delissy assure n’avoir jamais été en contact direct avec la clientèle américaine. Les autorités américaines reprochent à HSBC d’avoir accueilli des clients en délicatesse avec le fisc qui fuyaient UBS en 2008 et en 2009. Il avait quitté la banque en 2003. En tant que responsable du service juridique et secrétaire général de la banque, il avait supervisé la mise en œuvre d’un accord fiscal avec les Etats-Unis en 2001. Eric Delissy assure avoir toujours «fidèlement suivi les instructions de la direction générale, du conseil d’administration et de ses actionnaires londoniens» dans ses tâches. «Je ne me doutais pas qu’en accomplissant loyalement mes devoirs d’employé je finirais par devenir un criminel potentiel traqué par la justice américaine.»

Un cabinet d’avocats travaille à la sélection des noms depuis la fin de l’an dernier. Cet intervenant externe aurait été choisi par HSBC pour éviter tous soupçons d’influence ou de favoritisme. Tous les employés ayant été en contact de près ou de loin avec la clientèle américaine depuis 2000 y figureraient. L’ensemble des membres de l’ancien conseil d’administration et de la direction générale y apparaissent. Alexandre Zeller, ancien patron de la banque parti de façon précipitée en février dernier, y est listé comme les autres.

En prison dans son pays Cette mesure est un ovni juridique. C’est le Conseil fédéral, le 4 avril dernier, qui a autorisé les banques visées par les autorités américaines à livrer les noms de leurs collaborateurs aux autorités locales. L’avocat genevois Douglas Hornung, avec qui Eric Delissy travaille encore ponctuellement, se dit «écœuré» par l’attitude d’Eveline Widmer-Schlumpf, qui a autorisé la transmission de ces noms. Il reproche à la conseillère fédérale d’invoquer une «base juridique solide, malheureusement sans dire laquelle». Les employés s’interrogent sur les conséquences d’une telle désignation. Ils craignent que ces listes ne circulent entre les établissements bancaires, et ne les empêchent d’être recrutés par un autre employeur. Se font jour des craintes bien plus cauchemardesques. Rien n’exclut que ces listes puissent être transmises aux autorités d’autres pays, comme c’était arrivé dans l’affaire des listings volés par Hervé Falciani. Nombre de gérants redoutent désormais d’être arrêtés à l’étranger et interrogés dans des enquêtes sur des soupçons de fraude fiscale. Eric Delissy a annulé tous ses déplacements hors du pays. «Je me sens en prison dans mon propre pays», résume-t-il.

Eric Delissy a saisi le Préposé fédéral à la protection des données, le 21 mai, lui demandant d’interpeller la banque pour qu’elle justifie sa position. L’ancien avocat s’est aussi adressé à son ex-employeur. Interrogée, la banque dit s’engager «à fournir le soutien approprié aux employés dont le nom a été transmis aux autorités américaines». Elle avait informé les collaborateurs concernés en avril, et mis à leur disposition une ligne téléphonique pour les renseigner. Ceux-ci peuvent consulter l’entier des informations envoyées aux Etats-Unis.

Eric Delissy espère que les personnes touchées trouveront le moyen de se rassembler pour réagir. Selon lui, les banques auraient sciemment fourni des milliers de noms pour «noyer le poisson» et réduire l’amende qui leur pend au nez. Avec le risque qu’en livrant des listes aussi longues elles puissent laisser penser aux Américains que frauder l’IRS était la principale activité des banques suisses. «Cela fait le jeu d’Eveline Widmer-Schlumpf, observe Eric Delissy, amer. Quand toute la place sera impliquée, elle pourra peut-être obtenir son accord global.» (Le Matin)

Créé: 26.05.2012, 22h42

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