Mardi 23 juillet 2019 | Dernière mise à jour 16:19

Argent virtuel La monnaie Libra aura besoin des banques

Le moyen de paiement imaginé par Facebook n'a pas grand chose à voir avec les cryptomonnaies. La Libra serait même le contraire du Bitcoin.

En cas de succès, la Libra a de bonnes chances de changer le visage du trafic de paiement international.
Vidéo: Keystone

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L'annonce par Facebook de la création de sa propre monnaie baptisée Libra a fait couler beaucoup d'encre. Toutefois, ce moyen de paiement n'a pas grand chose à voir avec une cryptodevise. Les entreprises concernées y voient plutôt un modèle antagoniste du bitcoin et de ses succédanés.

En cas de succès, le consortium regroupé autour du projet de Facebook a de bonnes chances de changer le visage du trafic de paiement international. En s'entourant de prestataires financiers de renom comme Visa, Mastercard et PayPal, le géant de Palo Alto peut compter sur leur vaste connaissance des réseaux de paiement et de leur infrastructure.

Interrogations

Sans le soutien de ces entreprises, les chances de succès seraient nettement moindres. «Un projet uniquement porté par Facebook-Projekt n'aurait eu presque aucune chance», estime le professeur Fabian Schär, qui dirige également le Center for Innovative Finance de l'Université de Bâle.

Expert dans le domaine de la technologie blockchain, il s'interroge sur la manière comment la plateforme entend générer des recettes, vu que selon Facebook les frais de transfert seront quasiment nuls. Pour l'érudit, le modèle d'affaires tournera autour de la monétisation des données de paiement et dans les opérations sur intérêts.

L'intégration de plateformes tombées dans l'escarcelle de Mark Zuckerberg, comme Instagram et WhatsApp, devraient permettre au pionnier des réseaux sociaux de croiser le fer avec des modèles de «super apps» comme le chinois WeChat.

Besoin des banques

Le consortium dispose d'une puissance de feu impressionnante, puisqu'il compte parmi ses 28 partenaires, en plus des instituts financiers évoqués plus haut, d'autres géants de la nouvelle économie, à l'image d'Ebay, Uber, Lyft ou encore Spotify. Seule manque à l'appel une banque traditionnelle.

La Libra sera adossée à des monnaies fiduciaires comme le dollar, l'euro ou encore le yen, afin de minimiser les fluctuations de valeur. «Pour cela il faudra avoir recours à une banque classique», prédit Fabian Schär.

Mais cela n'est qu'une question de temps, à en croire David Marcus, directeur général (CEO) de Calibra, filiale de Facebook spécialement fondée pour l'occasion. L'ancien patron de PayPal et ancien vice-président des produits de messagerie Facebook Messenger a confié dans un entretien à Bloomberg s'attendre à voir «plusieurs banques» rejoindre le consortium d'ici le lancement de la Libra en 2020.

Signal positif

Pour le professeur rhénan, le projet à des chances «relativement importantes» de voir des instituts de crédit participer à l'aventure. Sans compter le fait que le consortium comprend déjà certaines sociétés de premier rang dans la crypto-économie, comme Xapo ou Coinbase, qui offrent d'ores et déjà des services parabancaires aux investisseurs particuliers et institutionnels.

Les instigateurs de la Libra affirment être en contact avec les instances réglementaires, y compris en Suisse, ce que l'Autorité fédérale de surveillance des marchés (Finma) a confirmé par voie de porte-parole. Toutefois l'astreinte ou non à une autorisation dépendra des caractéristiques spécifiques des services proposés. L'obtention d'une licence bancaire ne devrait pas (encore) être nécessaire.

Le Secrétariat d'Etat aux questions financières internationales (SFI) a également confirmé avoir été informé par Facebook de son projet, «toutefois pas en détail», selon un porte-parole. Il juge positif que la place financière suisse soit appelée à «jouer un rôle dans un projet international ambitieux», et y voit le bien fondé de l'ouverture des autorités helvétiques par rapport aux cryptodevises.

«Une sorte de PayPal 2.0»

La nouvelle monnaie virtuelle, qui sera pilotée par une association basée à Genève, a toutefois peu de chose en commun avec des cryptodevises comme le bitcoin. «Le système n'est ni ouvert, ni résistant à la censure», explique le professeur Schär. La Libra est foncièrement étrangère aux principes d'ouverture et de décentralisation de la technologie des chaînes de blocs (blockchain) sur laquelle est basée le bitcoin. «Il s'agit bien plus d'une sorte de PayPal 2.0», image l'érudit.

Dans le cas du bitcoin, tout un chacun peut - du moins théoriquement - participer sans conditions et apporter sa pierre au mécanisme de consensus de la blockchain. En outre, la censure et l'interdiction de transactions sont ardues dans l'univers des cryptodevises. Certes, les cryptobourses peuvent être fermées et leurs opérateurs traînés en justice. Mais une interdiction complète, sans parler d'un «débranchement» de la blockchain est quasiment impossible.

Ainsi, les partisans du bitcoin sont convaincus que même en cas de succès, la Libra ne représente aucun danger pour les cryptodevises existantes. «La Libra est essentiellement une concurrente pour les banques», a estimé le président de Bitcoin Association Switzerland, Lucas Betschart, dans le cadre d'un congrès de la branche.

A la limite, la monnaie virtuelle de Facebook pourrait préoccuper les banques centrales et les instituts de crédit, et mettre à l'épreuve des prestataires de services de transfert d'argent comme Western Union. (ats/nxp)

Créé: 05.07.2019, 11h16

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