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JUSTICE Le comptable suisse de Dassault secoue la France

Gérard Limat, comptable et proche de Serge Dassault, a admis avoir remis à l’ex-maire UMP près de 64 millions de francs, transférés de Suisse.

L'industriel Serge Dassault avait été mis en examen en avril pour «achat de votes», «complicité de financement illicite de campagne électorale» et «financement de campagne électorale en dépassement du plafond autorisé».

L'industriel Serge Dassault avait été mis en examen en avril pour «achat de votes», «complicité de financement illicite de campagne électorale» et «financement de campagne électorale en dépassement du plafond autorisé». Image: AFP

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Les confessions d'un Suisse font trembler le «système Dassault» en France: selon des informations exclusives des médias français Libération et France Inter , «le comptable suisse de Serge Dassault, Gérard Limat, a reconnu sur procès-verbal avoir remis au moins 53 millions d’euros (près de 64 millions de francs) en liquide, entre les années 1995 et 2012», à l'entrepreneur et ex-maire UMP de Corbeil-Essonnes.

S'il a été mis en examen pour complicité de financement de campagnes électorales et d'achat de votes, celui qui décrit Serge Dassault comme un «ami» n'établit pas de lien direct entre ces livraisons d'argent liquide et l'achat présumé de voix à Corbeil-Essonnes entre 2008 et 2012.

«Acheteurs de voix présumés»

Agé de 89 ans, Serge Dassault avait en effet été mis en examen en avril dernier pour «achat de votes», «complicité de financement illicite de campagne électorale» et «financement de campagne électorale en dépassement du plafond autorisé». L'homme d'affaires, qui a évoqué des «dons», a toujours réfuté avoir acheté des voix d'électeurs lors des municipales de 2008, 2009 et 2010.

«Sur la seule période 2008-2012, qui englobe les trois élections visées par l’enquête, Gérard Limat a livré 7,45 millions d’euros (près de 9 millions de francs) en cash à Dassault» souligne Libération.

«Il a également effectué pour 4,2 millions d’euros (5 millions de francs) de virements suspects, pour l’essentiel à des habitants de Corbeil, dont plusieurs acheteurs de voix présumés», selon le quotidien français.

Des Champs-Élysées à Genève

C'est en perquisitionnant le siège parisien du groupe Dassault sur le rond-point des Champs-Elysées que les enquêteurs tombent sur un relevé de compte luxembourgeois, sur lequel figure le nom du Suisse Gérard Limat. On peut y observer deux virements «à un délinquant de Corbeil». La police s'intéresse alors de près au Suisse.

«En mars 2014, les policiers helvètes perquisitionnent son domicile à Genève et son bureau à Meinier, dans la banlieue de la ville. Il explique qu’il est le 'comptable' et 'l’homme à tout faire' de son 'ami' Serge Dassault. 'Je ferai n’importe quoi pour lui, tant que la loi l’autorise.'»

Ce dernier remet alors aux enquêteurs de nombreux documents clés. Après tergiversations, il avoue finalement à la police que Serge Dassault a fait appel à lui - un Suisse, «parce que c’était plus discret»- pour mettre à sa disposition « de fortes sommes d’argent en espèces à Paris ».

Trente-trois livraisons de cash

Sans questionner les raisons de ce besoin, le Suisse choisit de faire appel à une société genevoise, Cofinor, pour répondre aux demandes de Serge Dassault. Cofinor, «à la fois agent de change et chambre de compensation, était capable de livrer du cash un peu partout en Europe. L’avantage: on pouvait par exemple verser les fonds en Suisse et être livré à Paris, ce qui évitait de passer la frontière avec une valise de billets», précise Libération. Le Suisse effectue ainsi 33 livraisons de cash entre 2008 et 2012, suivant des méthodes dignes des scénarios d'Hollywood.

«A l’heure dite, le livreur (ndlr: de la société genvoise Cofinor) me remet un sachet en plastique 'passe-partout' (Carrefour, Dior, Fnac, etc.), lequel contient l’argent en numéraire entouré de papier journal. (…) Il me disait seulement 'Gérard', je lui disais 'oui', il me remettait le sac et il partait, tout simplement. Je ne voyais jamais l’argent puisque (...) je montais dans le bureau de Serge Dassault, je posais le sac dans un coin de son bureau et immédiatement, on parlait d’autre chose» explique le comptable suisse.

Des «fondations» au Liechtenstein

On sait ainsi comment Serge Dassault pouvait obtenir des millions à Paris en quelques coups de fil. Mais comment payer Cofinor en Suisse pour s'assurer les livraisons de cash à Paris sans remonter jusqu'à lui? La manœuvre est complexe et fait notamment intervenir des fonds «appartenant à deux fondations basées au Liechtenstein et aujourd’hui dissoutes», précise Libération.

Le comptable, qui affirme ignorer à qui ces fondations appartenaient, indique toutefois qu’elles étaient «sous le contrôle» de Luc Argand, l’avocat suisse de Dassault. «Limat demandait donc l’autorisation à Me Argand, puis se rendait une à trois fois par an à Vaduz (Liechtenstein) pour retirer du cash en francs suisses (jusqu’à 12 millions d’un coup) sur les comptes des fondations à la VP Bank. 'Des sommes suffisamment importantes pour éviter d’y aller trop souvent.' Une fois rentré en Suisse, il stockait les billets dans son 'coffre' à la «Raiffeisen Bank, à Meinier».

«Dès lors, à la moindre exigence de Serge Dassault, je pouvais mobiliser des fonds en numéraire pour les lui remettre via Cofinor», admet Gérard Limat, qui a retiré pas moins de 56,8 millions de francs suisses à Vaduz.

Le système en panne entre deux élections

D'autres manœuvres complémentaires ont par ailleurs été mises en place au Luxembourg pour verser, par le biais d'un «compte de passage» ouvert par Gérard Limat à son nom chez Edmond de Rothschild Luxembourg, 5 millions de francs à des habitants de Corbeil. Selon le Suisse, ces virements allaient «essentiellement sur des comptes algériens et tunisiens» - des projets «humanitaires», d'après Serge Dassault.

Mais la banque commence à voir «d’un mauvais œil les transferts de fonds vers des pays non agréés» et bloque les deux comptes de Gérard Limat.

Serge Dassault demande alors au Suisse de retirer 1,8 million de francs en liquide sur son compte au Credit suisse, à Genève, mais la banque refuse faute d'«explication détaillée et économiquement plausible». Finalement, le Suisse «dit stop», et Serge Dassault se tourne vers d'autres systèmes après 2012.

Une myriade de questions et de soupçons subsistent. Sollicités, les avocats des principaux concernés n'ont pas souhaité commenter l'affaire. (nxp)

Créé: 17.11.2014, 23h59

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