Jeudi 27 juin 2019 | Dernière mise à jour 10:11

Eaux Nestlé accusé de siphonner Vittel

Dans le département français des Vosges, une nappe phréatique diminue chaque année un peu plus. Nestlé Waters et son usine Vittel, entre autres, sont pointés du doigt.

Le village de Vittel (Fra) est inquiet pour ses réserves d’eau.

Le village de Vittel (Fra) est inquiet pour ses réserves d’eau. Image: Nestlé

415 millions

C’est la quantité, en litres, d’eau minérale gazeuse et non gazeuse importée en Suisse en 2017. Cela représente 50 litres par habitant.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Régulièrement, Nestlé est accusé de privatiser et assécher l’eau à travers la planète. Cette fois, c’est à seulement quatre heures de route. Vittel, ses thermes, ses sources et son usine d’eau plate. Chaque année, ce sont plus de 2 milliards de bouteilles qui en sortent.

L’or bleu, il se trouve dessous, sur près de 1500 km2, dans la nappe phréatique des GTI (pour grès du Trias inférieur). Dans l’un de ses bassins, celui qui approvisionne Vittel, Contrexéville, Mirecourt et Bulgnéville, le niveau a diminué de 30 cm par an. Au total, dix mètres, ces 40 dernières années. Le prélèvement est supérieur à la recharge naturelle de la nappe par les eaux de pluie.

Nestlé a l’autorisation d’extraire jusqu’à un million de mètres cubes. Cela représente 28% de l’ensemble des prélèvements, le reste se partage entre la fromagerie Ermitage et les habitants de la ville. Car oui, l’eau qui coule au robinet est exactement la même que celle dans les bouteilles. Un million de mètres cubes d’eau, c’est aussi le déficit annuel, ce qui pourrait assécher la nappe d’ici à 2050. Précision tout de même de la marque: seule la marque «Vittel Bonne Source» est puisée dans ce secteur. «Trois quarts de la production de Nestlé Waters dans la région de Vittel est puisée dans d’autres aquifères qui ne présentent aucun problème de recharge», précise une porte-parole de Nestlé Waters Suisse.

Un village assoiffé

Mais au village, un berger exprimait ses inquiétudes à la télévision allemande ZDF. «À certaines périodes de l’année, le maire du village, pour satisfaire les besoins des habitants, doit aller chercher de l’eau en camion-citerne ailleurs.» En été, lui-même doit aller chercher en camionnette les 4 m3 quotidiens nécessaires pour son cheptel. Mais pour Nestlé, le cas de ce berger est une exception. «Avec la permission des autorités locales, il pourrait construire un puits. Et Nestlé n’a pas d’influence sur ces demandes.» Alors pour y remédier et continuer à se servir dans la nappe, l’idée d’un pipeline a émergé. Car à peine quelques kilomètres plus loin, de l’eau, il y en a. Une canalisation permettrait de la distribuer aux habitants quand leur propre source viendrait à manquer. Et qui paiera?

Certain de faire face à la critique, Nestlé a préféré ne pas attendre les bras croisés. Il a proposé en 2017 de réduire volontairement de 25% les quotas qui lui sont alloués dans ce bassin problématique. Le groupe confirme que cet effort ne sera pas suffisant, «il faut mettre en place des solutions collectives impliquant l’ensemble des acteurs concernés». Pour redorer son blason et pour assurer la qualité de l’eau qu’il embouteille, Nestlé a mis en place le programme «Agrivair». Une action qui consiste à accompagner les agriculteurs vers l’absence de pesticides, évitant ainsi que ceux-ci s’infiltrent dans la nappe.

De l’eau dans le gaz

Mais pourquoi ne pas simplement arrêter, et laisser l’eau de Vittel aux Vittellois? Pour Nestlé Waters, c’est évident. Il est un acteur important de la région, de nombreux emplois en dépendent. D’autant qu’il ramène de l’argent à l’État, explique la multinationale: 14 millions d’euros en 2017, dont plus de la moitié à la commune. Mais une deuxième tempête est en train de s’abattre sur le village de 5000 habitants. Une conseillère départementale vittelloise est visée par une enquête. Elle présidait la Commission locale de l’eau composée de 45 membres. Le but de la commission: trouver comment mettre un terme à la surexploitation de la nappe. Nestlé Waters est l’une des parties prenantes. Mais le mari de la présidente de cette commission travaillait pour une division de la multinationale.

Pour l’ONG française Vosges Nature Environnement, il existe un risque de conflit d’intérêts et que le groupe ait pu jouer de son influence. Interrogés par les médias français, la présidente ne déclare rien, son mari et la division française de la multinationale démentent. (Le Matin)

Créé: 07.06.2018, 06h56

sentifi.com

Le_Martin_Web Sentifi Top themes and market attention on

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.