Vendredi 22 novembre 2019 | Dernière mise à jour 20:53

Aéronautique La pression monte sur Boeing et son 737 MAX

L'action de Boeing souffre après la divulgation de messages entre employés révélant que le système automatique qui devait empêcher le 737 MAX de partir en piqué le rendait difficile à piloter.

Les 737 MAX de Boeing sont toujours cloués au sol.

Les 737 MAX de Boeing sont toujours cloués au sol. Image: Keystone

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La pression est encore montée d'un cran pour Boeing, pour l'avenir de sa direction et celui de son avion vedette le 737 MAX après la révélation de messages entre employés faisant état de dysfonctionnements de l'appareil un an avant sa certification.

Le titre perdait près de 5% dans les premiers échanges à Wall Street, après un plongeon de 6,79% vendredi, les analystes de grandes banques mettant les investisseurs en garde contre ces nouveaux rebondissements.

Une réunion de deux jours du conseil d'administration a débuté dimanche et devait se conclure dans l'après-midi lundi alors que l'avionneur fait face à une question cruciale. Etait-il au courant de problèmes du 737 MAX avant les deux accidents qui, à moins de six mois d'intervalle, ont fait 346 morts ?

Cette réunion «était au programme», a insisté auprès de l'AFP un porte-parole de Boeing, qui doit publier par ailleurs ses résultats du troisième trimestre mercredi.

Ces rebondissements interviennent quelques jours avant l'audition très attendue devant des élus, le 30 octobre, du PDG Dennis Muilenburg, qui s'est vu retirer récemment la casquette de président du conseil d'administration.

Les échanges révélés vendredi entre Mark Forkner et Patrik Gustavsson, deux pilotes de Boeing, suggèrent que le système automatique, le MCAS, qui devait empêcher l'avion de partir en piqué, le rendait difficile à piloter en simulateur.

Ce système, mis en cause dans les accidents de Lion Air du 29 octobre 2018 et d'Ethiopian Airlines du 10 mars dernier, «déraille dans le sim (le simulateur, ndlr)», écrit fin 2016 M. Forkner sur messagerie instantanée, soit deux ans avant les accidents et un an avant la certification du 737 MAX.

«Bon, je t'accorde que je suis nul en pilotage, mais ça c'était scandaleux», poursuivait le pilote dans cette conversation avec M. Gustavsson.

M. Forkner signale à son collègue que le MCAS s'est activé dans des conditions normales alors que le système avait été conçu pour ne s'activer que dans une situation difficile ou inhabituelle. «Cela veut dire que nous devons actualiser sa description altitude» dans le manuel de vol, rétorque Patrik Gustavsson.

«En gros, ça veut dire que j'ai menti aux régulateurs (sans le savoir)», répond alors M. Forkner, ce à quoi son collègue ajoute: «Ce n'était pas un mensonge, personne ne nous avait dit que c'était comme ça».

Changement de culture

De fait, huit mois avant les échanges rendus publics vendredi, M. Forkner avait demandé à l'agence fédérale de l'aviation (FAA) s'il pouvait ne pas faire mention du MCAS dans le manuel de vol. Le régulateur, convaincu que le dispositif informatique n'était ni dangereux ni amené à intervenir souvent, avait donné son feu vert.

Boeing était au courant de l'existence de ces messages depuis plusieurs mois et les avait transmis au département de la Justice (DoJ) en février, soit un mois avant le crash d'Ethiopian Airlines, selon une source proche du dossier. Mais le département des Transports et les élus américains n'en ont pris connaissance que jeudi dernier.

«Le conseil d'administration était-il au courant de l'existence de ces messages ? Si oui, pourquoi n'a-t-il rien dit ? », interroge Richard Aboulafia. Cet expert chez Teal Group plaide par conséquent pour le limogeage du PDG Dennis Muilenburg parce qu'il faut, selon lui, «un changement de culture».

La FAA a sommé Boeing de s'expliquer et envisage des sanctions. «Nous regrettons les craintes causées par la publication vendredi des messages du 15 novembre 2016 impliquant un ancien employé», s'est excusé l'avionneur, dans un communiqué. La direction affirme n'avoir toujours pas pu parler «directement» à Mark Forkner.

Le constructeur aéronautique explique que les mouvements erratiques évoqués concernent les dysfonctionnements du simulateur de vol et non de l'avion lui-même. «Le simulateur utilisé pendant la session de tests du 15 novembre (2016) était encore en phase de tests et n'avait pas encore été finalisé», se justifie Boeing, ajoutant néanmoins enquêter sur «les circonstances de ces échanges».

C'est également la ligne de défense adoptée dès vendredi par Mark Forkner, via son avocat David Gerger. «D'après tout ce que Mark savait, il pensait que l'avion réel était sûr», a déclaré le conseil.Un simulateur de vol est une cabine de pilotage qui permet de reproduire très exactement les conditions du vol d'un avion. C'est le cockpit de l'appareil.

Mark Forkner, qui a quitté Boeing en juillet 2018, bien avant les deux accidents, a refusé de fournir des documents aux autorités américaines, selon une source proche du dossier, invoquant le 5e amendement. Ce dernier permet de ne pas répondre à des questions des enquêteurs si on estime qu'on peut être incriminé.

Il travaille actuellement chez la compagnie aérienne Southwest Airlines, tandis que Patrik Gustavsson est toujours pilote 737 chez Boeing. (afp/nxp)

Créé: 21.10.2019, 16h48

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