Lundi 24 juin 2019 | Dernière mise à jour 17:23

Cuba Les prix des aliments s'envolent, pas les salaires

Sous le coup d'un embargo américain, Cuba manque cruellement d'argent. Les pénuries se multiplient. Les prix flambent.

Poulet, huile, farine et oeufs sont devenus presque introuvables.

Poulet, huile, farine et oeufs sont devenus presque introuvables. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Un jour sur deux, Marcos passe 14 heures au volant d'un taxi, ce qui lui permet de gagner un bon salaire, par rapport à la moyenne à Cuba. Mais il n'arrive pas à suivre l'envolée des prix des aliments, stimulée par les pénuries.

«D'un jour à l'autre, la livre de viande de porc a pris 20 pesos. Maintenant, elle en coûte 65», confie cet homme de 53 ans, qui préfère ne pas donner son nom de famille. «Les temps sont durs», lui a dit, pour se justifier, le boucher.

L'île socialiste, sous le coup d'un embargo américain qui ne cesse de s'accentuer, manque en effet cruellement d'argent. En crise de liquidités depuis fin 2018, elle a vu les pénuries se multiplier.

Poulet, huile, farine et oeufs sont devenus presque introuvables, de quoi agiter le fantasme d'un retour à la période spéciale, la grave crise économique des années 1990, et affoler l'inflation.

Salaires insuffisants

Marcos voit la différence chaque fois qu'il va faire les courses. «Les prix ont monté à une vitesse incroyable», s'inquiète cet ex-employé de l'Etat. Il a quitté son travail, où le salaire moyen est de 30 dollars par mois, pour devenir chauffeur de taxi, ce qui lui rapporte 2000 pesos (83 dollars) mensuels.

Ces dernières semaines, le gouvernement a pu réapprovisionner les magasins. Mais si les files d'attente se réduisent, les prix, eux, ne repartent pas à la baisse.

L'épouse de Marcos, Margarita, 51 ans, gagne 600 pesos (25 dollars) comme ingénieure mécanique dans une entreprise d'Etat. Le couple aide leur fille de 19 ans, à l'université, et la mère de Marcos, retraitée de 75 ans qui, avec sa maigre pension de 240 pesos (10 dollars), «n'a pas assez pour s'acheter à manger pour le mois».

Sur le budget familial, «75 à 80% de l'argent part en nourriture», le reste pour «payer l'électricité, l'eau, le téléphone, le gaz». Mais «si l'on y rajoute le papier toilette, le savon, la lessive, le dentifrice, les choses fondamentales, les salaires ne suffisent pas», témoigne Margarita.

Le couple a fait ses calculs: il lui faudrait 8000 pesos (333 dollars) par mois pour «entretenir la maison (...), remplacer ce qu'il faut» puis «s'alimenter, se chausser et s'habiller». Ils en sont bien loin.

Réforme agraire demandée

Une récente étude des économistes Betsy Anaya et Anicia Garcia, à laquelle a eu accès l'AFP, souligne que pour couvrir ses besoins de base, un Cubain doit gagner 313% du salaire minimum. Un retraité doit toucher 352% de la pension minimale, selon ces spécialistes du centre d'études de l'économie cubaine.

Certains prônent un contrôle de l'Etat sur les prix, mais l'économiste Omar Everleny Pérez estime plutôt que «ce dont Cuba a besoin, c'est d'une réforme agricole» comme au Vietnam. «L'Etat doit se pencher sur les causes réelles qui affectent les niveaux de production de l'agriculture».

80% des aliments importés

L'île peine en effet à couvrir ses besoins. Elle importe chaque année 80% des aliments qu'elle consomme, pour deux milliards de dollars.

Via la libreta, le carnet d'approvisionnement, l'Etat vend à chaque Cubain un panier de produits à prix réduit à environ 30 pesos (1,25 dollar), insuffisant pour le mois. Tous doivent compléter en achetant ailleurs, à des prix plus élevés.

Avoir la «fe»

Dans cette bataille, il y aura «des gagnants et des perdants», prévient Omar Everleny. Sur les 4,4 millions de travailleurs cubains, 3 millions travaillent pour l'Etat et doivent se contenter, comme Margarita, d'environ 30 dollars par mois.

Les autres? Des membres de coopératives, des agriculteurs et des salariés privés comme Marcos, dont les revenus sont au moins de 100 à 200 dollars, bien plus pour les propriétaires de restaurants ou maisons d'hôtes.

Le rêve communiste d'égalité semble évaporé. Face à la crise, une partie de la population est «en risque de pauvreté», selon les sociologues. Pour les Cubains, la solution est comme toujours d'avoir la «fe» (la foi), jeu de mots signifiant «famille à l'étranger».

«La famille à l'étranger, c'est elle qui jusqu'à présent nous aide», reconnaît Margarita, en envoyant des vêtements, des chaussures, un ordinateur portable pour leur fille, voire en finançant l'achat d'électroménager. Tout cela, «ce n'est pas avec notre salaire», soupire-t-elle.

Créé: 13.06.2019, 08h53

sentifi.com

Le_Martin_Web Sentifi Top themes and market attention on


Sondage

La vague de chaleur à 40° qui s'annonce cette semaine sur la Suisse vous inquiète-t-elle?



S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.