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Crise alimentaire «Une menace sur la santé de millions de personnes»

Alerte: les prix de denrées de base comme le maïs ou le blé s'envole. Mais la sécheresse aux Etats-Unis et en Russie n’est pas seule en cause, assure Ronald Jaubert, professeur à IHEID Genève.

Les variations de production n’ont rien d’exceptionnel. Le problème est que ces fluctuations ont des effets très rapides sur les prix.

Les variations de production n’ont rien d’exceptionnel. Le problème est que ces fluctuations ont des effets très rapides sur les prix. Image: Keystone

Le point de vue de la Banque mondiale

La fin des prix bas

La population humaine croit, le niveau de vie moyen aussi. L’ère de l’alimentation bon marché est-elle terminée?


Ronald Jaubert - Très probablement. On a connu une période de prix artificiellement bas. En partie du fait des exportations subventionnées par les Etats-Unis et l’Union européenne.

Selon Ronald Jaubert, «on est clairement sorti d’une période de prix très bas. Du point de vue de la production agricole, c’est plutôt une bonne nouvelle. Mais ces prix plus élevés posent le problème de l’accès à l’alimentation pour les populations les plus pauvres. Il y a là tout un travail de régulation nécessaire pour permettre une augmentation des prix probablement progressive, tout en permettant à une population plus pauvre de continuer à avoir accès à l’alimentation.»

«La très forte volatilité des prix est paradoxale, précise encore le professeur. Les prix agricoles vont augmenter. Mais avec la volatilité, les producteurs n’ont aucune visibilité sur les prix l’année prochaine. Il leur est donc très difficile de planifier leurs investissements.»

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A la Banque mondiale, l’heure est à l’alarmisme. +25% pour le maïs et le blé, +17% pour le soja: les prix de ces produits de base se sont envolés ces dernières semaines.

«Les prix alimentaires ont de nouveau fortement augmenté et menacent la santé et le bien-être de millions de personnes», signale l’institution.

Les pays du G20 sont sous pression croissante et pourraient décider d’un sommet extraordinaire ce mois encore.

On se souvient de la crise alimentaires et des émeutes de la faim de 2007-2008. Rebelote cette fois encore? «Le risque est là», juge Ronald Jaubert, professeur à IHEID Genève.

Le Matin - Assiste-t-on ces dernières années à la succession d’épisodes d’une même crise alimentaire ou à plusieurs crises alimentaires?

Ronald Jaubert – On est dans une crise alimentaire qui dure depuis des années. Indépendamment de la variation des prix, plus de 850 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. La flambée des prix ne fait qu’accentuer la crise. Le scénario actuel est comparable à ce qui s’est passé en 2007-2008: une flambée des prix, pas surprenante dans la mesure où rien n’a été fait pour palier le facteur d’instabilité. Dans la situation actuelle, les pics de crise vont se répéter, à échéance de tous les deux ou trois ans.

Est-il juste de mettre les fortes hausses de prix des matières premières agricoles sur le dos de la sécheresse et des mauvaises récoltes qui en découlent?

Cela contribue à l’explication. Mais cette crise, comme de nombreuses crises, est multifactorielle. Les variations de production n’ont rien d’exceptionnel. L’agriculture a toujours été fonction du climat. Le problème est que ces fluctuations de production ont des effets très rapides sur les prix. Un ensemble de facteurs contribuent à expliquer cette situation.

Par exemple?

L’augmentation de la production de riz ou de blé dans le monde tend à se ralentir depuis les années 2000. Les rendements n’augmentent plus autant qu’avant. Mis en relation avec l’augmentation de la population, cela créé des tensions. Un autre facteur concerne le maïs. Le maïs est capté par la production d’agro-carburant. Autre phénomène non-négligeable: depuis 2007-2008, la spéculation se fait plus intense sur les matières premières, dont les matières premières agricoles. Ce qui a pour effet d’accentuer les variations. Sur le plan scientifique, le problème est que pour l’instant, on n’est pas capable de faire la part des choses. On ne sait pas chiffrer l’importance de chacun de ces facteurs. Ce qui complique la réponse à apporter.

Concrètement, voyez-vous une porte de sortie?

Il n’existe pas une mesure mais une batterie de mesures, complémentaires dans le temps. La plus immédiate, mais peut-être aussi une des plus compliquées en raison des résistances suscitées, serait de limiter la spéculation. Elle touche à la réglementation des marchés à terme. Se posent aussi des questions de régulation des prix, d’augmentation de la production, de reconstitution des stocks. Un des problèmes actuels, par exemple, est que les stocks mondiaux sont très faibles.

Mais de nos jours, la production est-elle suffisante pour nourrir l’humanité?

Oui, probablement. Le problème n’est pas tant celui des quantités produites que de l’accès. En période d’augmentation des prix, la partie de la population la plus pauvre n’a plus les moyens de s’approvisionner. Au total, il semble que la production soit suffisante et qu’il est encore possible de l’augmenter. Mais certaines estimations font aussi état d’une perte de 25% à 33% de la production. Au Nord, nos modes de consommation font qu’une partie de la nourriture part à la poubelle. Au Sud, on estime que 30% de la production est détruite par des parasites lors du stockage. Il y a donc besoin d’augmenter la production, mais il existe surtout des marges de manœuvre colossales en limitant les pertes.

Créé: 04.09.2012, 07h41

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