Dimanche 29 mars 2020 | Dernière mise à jour 23:51

Coronavirus Swiss face au spectre d'un «grounding» temporaire

Comme tout le secteur aérien, la compagnie est terrassée par la pandémie. Elle n'exclut pas de suspendre temporairement mais complètement ses opérations.

En tout, environ 40 vols par semaine vers des destinations européennes devraient encore être exploités.

En tout, environ 40 vols par semaine vers des destinations européennes devraient encore être exploités. Image: Keystone

«L'avenir de l'aviation» menacé pour Lufthansa

Des aides publiques pourraient devenir nécessaires pour garantir la survie du secteur aérien si la crise du coronavirus dure, a prévenu jeudi le patron de Lufthansa qui contrôle Swiss et dont plus de 90% des avions sont désormais cloués au sol.

«Plus la crise dure, moins il est probable que l'avenir de l'aviation puisse être garanti sans aides publiques», a déclaré Carsten Spohr, cité dans un communiqué détaillant les résultats annuels 2019 déjà publiés la semaine passée. «La propagation du coronavirus a mis l'économie mondiale et notre entreprise dans un état d'urgence sans précédent» et «personne ne peut en évaluer les conséquences», a-t-il expliqué.

Toutefois, «le groupe est financièrement bien équipé pour affronter une situation de crise extraordinaire», a ajouté le directeur financier, Ulrik Svensson. Lufthansa détient une liquidité totale de 4,3 milliards d'euros. Le groupe a accès à 800 millions de crédits supplémentaires et «met en oeuvre» d'autres levées de fonds. «Nous devons répondre avec des mesures drastiques et parfois douloureuses», a-t-il ajouté.

Lufthansa prévoit notamment de reporter des investissements et de mettre une partie de son personnel au chômage partiel, en mettant à profit des réglementations assouplies que le gouvernement allemand a instaurées pour aider les entreprises à traverser la crise.

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De très mauvais souvenirs refont surface pour Swiss qui se retrouve terrassée, à l'instar de tout le secteur aérien, par la pandémie de coronavirus. Si la direction exclut tout rapprochement avec le «grounding» de l'ex-Swissair, la compagnie aérienne n'exclut plus une suspension temporaire complète de ses opérations.

«Il s'agit de l'une de mes conférences de presse les plus difficiles», a confié d'emblée le patron de Swiss, Thomas Klür, lors d'une vidéo-conférence. La pandémie de Covid-19 a touché l'aviation civile de plein fouet et la compagnie aérienne helvétique n'y a pas échappé. Les restrictions de vols successives vers la Chine, puis l'interdiction d'entrée aux Etats-Unis et finalement les fermetures de frontières en Europe ont eu raison de l'envie de voyage.

Pour faire face à cette situation hors du commun, Swiss «a réduit ces dernières semaines par étapes (ses) capacités et adapté son réseau», a précisé Thomas Klür. La compagnie nationale introduit dès lundi un plan de vols minimum, qui restera en vigueur jusqu'au 19 avril. Il pévoit un vol long courrier depuis Zurich vers l'aéroport américain de Newark, notamment pour rapatrier des passagers suisses dans leur pays.

Swiss continuera de desservir huit villes européennes au départ de Zurich: Londres Heathrow, Amsterdam, Berlin, Hambourg, Bruxelles, Dublin, Lisbonne et Stockholm. Au départ de Genève, les liaisons suivantes sont assurées: Londres Heathrow, Athènes, Lisbonne et Porto. Les vols long-courriers au départ de Genève seront suspendus jusqu'à nouvel ordre. En tout, environ 40 vols par semaine vers des destinations européennes devraient encore être exploités.

Deux-tiers de la flotte retirés du service

Au total, Swiss a récemment réduit de plus de 80% la fréquence de ses vols, au fur et à mesure de la propagation du Covid-19. Plus de deux-tiers de la flotte ont déjà été retirés du service et partiellement parqués sur l'aéroport militaire de Dübendorf près de Zurich.

Si la situation venait à se dégrader, avec notamment des interdictions de vol supplémentaires, «une suspension temporaire complète des opérations aériennes ne peut être exclue» a souligné Swiss, rappelant le «grounding» de son prédécesseur Swissair en 2001.

Thomas Klür a cependant tenu à nuancer la situation. «Il y a de grandes différences avec de précédentes crises, notamment celle du Sras en 2003 ou les attentats du 11 septembre 2001», a-t-il martelé. «Swiss est une grande compagnie, saine et robuste, qui jouit d'une position de marché forte au sein du groupe Lufthansa», a insisté le patron. Raison pour laquelle, selon lui, toute comparaison avec l'immobilisation de la flotte, puis faillite de Swissair est «complètement fausse».

5800 vols supprimés

La situation est pourtant tendue pour Swiss, qui a supprimé depuis l'éclatement de la crise sanitaire pas moins de 5800 vols, affectant quelque 57'000 passagers, a détaillé le directeur commercial Tamur Goudarzi Pour. Face à des réservations qui «tendent vers zéro», le transporteur national a subi une chute de 50% de ses recettes en quelques semaines.

La société a engagé des mesures d'économie pour préserver ses liquidités, avec un gel des embauches, un report du paiement de composantes salariales, une renonciation partielle aux salaires des dirigeants et un arrêt des projets non essentiels à l'exploitation.

La compagnie aérienne va également introduire le chômage partiel dans les prochains jours, qui touchera plus de 80% de ses salariés. Elle ne prévoit pas à ce stade de licenciement. «Il est important que des liquidités soient rapidement mises à notre disposition et que soient pris des engagements pour d'autres mesures telles que des garanties publiques ou des prêts relais qui pourront être remboursés après la crise», a souligné le patron de Swiss.

Selon ce dernier, Swiss est mesure de tenir «plusieurs mois» et pourra bénéficier du soutien de sa maison-mère Lufthansa, cependant elle aussi durement touchée. Interrogé sur les négociations avec Berne sur une éventuelle aide étatique, le directeur général n'a pas souhaité préciser l'avancée des discussions ni le montant d'une éventuelle subvention.

Bon exercice 2019

Dans ce contexte tendu, la direction s'est déclarée dans l'impossibilité d'émettre des prévisions pour le nouvel exercice. Swiss peut cependant s'appuyer sur une année 2019 relativement solide, où le chiffre d'affaires est resté quasiment stable à 5,33 milliards de francs.

Le bénéfice d'exploitation a par contre légèrement reculé de 9% à 578 millions, en raison notamment de la hausse des dépenses en carburant et les frais de maintenance. La baisse du fret a également pesé sur la performance de l'exercice précédent. L'année dernière, Swiss a transporté 18,8 millions de passagers, un chiffre en hausse de 4,7% comparé à 2018. (ats/nxp)

Créé: 19.03.2020, 13h35

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