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Banque Tidjane Thiam, nouveau patron du Credit Suisse

En juin prochain, Brady Dougan sera remplacé à la tête du Credit Suisse par Tidjane Thiam, un franco-ivoirien au parcours hors norme.

Tidjane Thiam est le futur PDG du Credit Suisse.

Tidjane Thiam est le futur PDG du Credit Suisse. Image: Reuters

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Tidjane Thiam, futur directeur général du Credit Suisse et successeur de Brady Dougan, présente un parcours hors norme. Produit de l'élite ivoirienne, ce patron, qui possède aussi la nationalité française, a accompli une brillante carrière dans la City de Londres, faute d'avoir trouvé un poste à sa mesure en France.

Agé de 52 ans, Tidjane Thiam s'est illustré il y a six ans en devenant le premier noir à diriger un groupe du FTSE-100, équivalent britannique du Swiss Market Index (SMI). Après une carrière fulgurante dans l'assurance, il figure aux dires du Financial Times, parmi les «patrons les plus respectés de la City».

Pourtant, rien ne prédestinait au départ ce pur produit des grandes écoles françaises, à la haute silhouette et au sourire toujours tranquille sous sa paire de lunettes, à régner sur un des établissements les plus vénérables du Royaume-Uni et bientôt sur l'une des banques les plus puissantes de la planète.

Né en juillet 1962 en Côte d'Ivoire dans une famille baignant dans la politique, il est le premier Ivoirien à entrer à l'Ecole Polytechnique, couronnement d'études brillantes en France qui l'ont vu sortir major de promotion aux Mines et décrocher un MBA à l'INSEAD. Son père, diplomate, plusieurs fois emprisonné pour ses opinions, a épousé une nièce de l'ancien président Félix Houphouët-Boigny.

Plafond de verre

Il est recruté en 1988 par le cabinet de conseils américain McKinsey, au sein duquel il travaille à Paris et New York, avant d'être appelé en 1994 par le président ivoirien Henri Konan Bédié. Au départ haut fonctionnaire, il devient en 1998 ministre de la planification.

Mais cette carrière en politique s'écroule comme un château de cartes à Noël 1999, quand le gouvernement est renversé alors qu'il se trouve à l'étranger. De retour au pays, il est assigné à résidence, et repart en France au bout de six mois, ce qui lui fera dire que «quand vous avez été dans une situation où vous n'avez plus rien, il n'y a plus grand chose qui vous effraie».

Mais les déconvenues ne s'arrêtent pas là. Il connaît alors en France, selon ses propres termes la «fatigue de me cogner le crâne contre un plafond de verre parfaitement invisible mais ô combien réel». Sa quête d'un poste à responsabilités se heurte à un mur.

Il racontera plus tard comment un ancien camarade d'école devenu chasseur de têtes lui avait avoué avec embarras qu'il ne le présentait plus à ses clients français, «parce que la réponse invariablement était : profil intéressant et impressionnant mais vous comprenez...».

Nouveau départ en Grande-Bretagne

Il part alors pour la Grande-Bretagne en 2002, embauché par l'assureur Aviva, où il gravit tous les échelons. Il rejoint en 2008 le concurrent Prudential comme directeur financier puis en prend la direction générale en octobre 2009.

Un an après sa nomination à la tête de la «Pru», une nouvelle épreuve l'attend : le carrosse menace de se transformer en citrouille, lorsque qu'il renonce à racheter l'assureur asiatique AIA, faute d'avoir pu renégocier à la baisse le coût colossal de cette transaction (35,5 milliards de dollars).

Ce fiasco laisse une facture salée (450 millions de livres) à Prudential, fait hurler certains actionnaires et manque de peu de lui coûter son poste. Mais le conseil d'administration lui renouvelle sa confiance.

Malgré cet échec cuisant, Tidjane Thiam a rapidement redoré son blason en dégageant année après année de bons résultats, malgré la crise financière qui a fortement secoué le secteur, et développé fortement Prudential, notamment dans les pays émergents.

Fan d'Arsenal

Le cours de Bourse du groupe a plus que triplé sous sa tutelle, et Prudential, qui gère près de 500 milliards de livres d'épargne à travers le monde, a réalisé l'an dernier plus de 2 milliards de livres de bénéfices (3 milliards d'euros), pour un chiffre d'affaires qui dépasse désormais les 60 milliards de livres.

S'il est peu connu du grand public en France, ce père de deux enfants et fan du club de football d'Arsenal s'est vu néanmoins remettre en 2012 la Légion d'Honneur, des mains de l'ancien patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet.

Ce dernier avait alors salué son «cursus éblouissant», et souligné «ne pas connaître d'autre exemple de personne ayant trois dimensions aussi fondamentales, africaine, française et orientée vers le vaste monde ». (ats/nxp)

Créé: 10.03.2015, 14h09

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