Lundi 16 septembre 2019 | Dernière mise à jour 22:04

Vaud Arrestation musclée à Crissier: le pseudo baron de la drogue blanchi

Le Macédonien est libéré de toute infraction à la loi fédérale sur les stupéfiants. Son interpellation en été 2015 avait déclenché un véritable tsunami au sein de la police vaudoise et du Parquet.

Le Macédonien était à l'arrêt à un feu rouge sur la route du Pont-Bleu à Crissier (VD) lorsque les trois voitures banalisées de la police cantonale l'ont encerclé. Les agents étaient certains de serrer un dangereux trafiquant de drogue.

Le Macédonien était à l'arrêt à un feu rouge sur la route du Pont-Bleu à Crissier (VD) lorsque les trois voitures banalisées de la police cantonale l'ont encerclé. Les agents étaient certains de serrer un dangereux trafiquant de drogue. Image: Le Matin/Jean-Guy Python

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Dire que cet homme de 34 ans est un enfant de chœur serait un mensonge. Le Tribunal d'arrondissement de l'Est vaudois vient de le condamner à 30 mois dont 15 ferme et 15 avec sursis durant 5 ans, ainsi qu'à une peine pécuniaire de 45 jours-amende à 70 francs avec sursis durant 5 ans.

Principalement, pour abus de confiance, gestion déloyale, escroquerie, faux dans les titres, induction de la justice en erreur, emploi répété d'étranger sans autorisation et infraction à la loi fédérale sur l'AVS et la LPP. Des fautes graves perpétrées dans le cadre de son ancienne petite PME d'Oron-la-Ville (VD), active dans la construction, et dans le cadre d'emprunts privés (ndlr. leasing par exemple).

Placé sur écoute

En revanche, la Cour de première instance a libéré l'ex-chef d'entreprise de l'infraction simple et grave à la loi fédérale sur les stupéfiants (LStup) retenue par le Ministère public dans son acte d'accusation. Un délit qu'on lui imputait pour justifier son arrestation musclée par les forces spéciales de la police cantonale vaudoise. Couvertes par le procureur Bernard Dénéréaz, les forces de l'ordre avaient ensuite prétendu s'être trompées et l'avaient relâché sciemment afin de poursuivre sa mise sur écoute, espérant serrer le cerveau d'un réseau de trafiquants de drogue albanais qui sévissaient entre les Pays-Bas, la Suisse et les Balkans.

Armes pointées sur lui

Le 1er juillet 2015 vers midi, l'entrepreneur circulait sur la route du Pont-Bleu, à Crissier. Il avait subitement été encerclé par trois véhicules banalisés à un feu rouge. Les agents des stups, qui enquêtaient sur ce trafic européen, avaient intercepté peu avant une conversation entre lui et un dealer. Persuadés qu'une transaction financière pour de la cocaïne et/ou de l'héroïne allait avoir lieu entre les deux hommes, ils avaient sorti les grands moyens.

Le conducteur se retrouve avec plusieurs armes pointées sur lui. Il sort de son véhicule de prêt, une BMW 118 d blanche, se fait encagouler, menotter et embarquer à la Blécherette. Fouille au corps, dénudé. A 14h45, faute d'indices probants dans sa voiture prêtée, il est libéré. «Au revoir, excusez-nous», lui aurait lancé un gendarme en lui tendant ses vêtements et la clé de sa voiture.

Une prétendue erreur

Deux jours après cette prétendue méprise invoquée par le Ministère public, le trentenaire avait raconté au «Matin» les circonstances de son interpellation et son état de choc. Il se disait dégoûté, sali dans son honneur, n'arrivant plus à dormir ni à travailler. Pour sa part, le chef de la communication de la police cantonale, Jean-Christophe Sauterel, parlait d'une erreur «exceptionnelle» et balayait tout traumatisme: «Ce n'est pas possible au vu de son parcours de délinquant.» Le communicant citait également son année de guerre en Macédoine, «armé d'une Kalachnikov, notamment contre la police locale».

Deux procureurs récusés

Le droit d'être entendu du Macédonien a été bafoué. Ses antécédents judiciaires – 18 mois avec sursis LStup en 2006 à Genève – ont été divulgués par le porte-parole des forces de l'ordre. Et la police a affirmé faussement aux médias, en accord avec le Parquet, que cette opération était une erreur de cible. Très en colère, l'Albanais ne se laissera pas faire et contre-attaquera. Il portera plainte pour diffamation contre Jean-Christophe Sauterel. L'affaire a été classée depuis.

L'interpellé demande également la récusation du procureur Dénéréaz, qui a organisé cette stratégie de communication mensongère, et l'obtient en grimpant jusqu'au Tribunal fédéral (TF). Le procureur Franz Moos, qui instruisait la plainte à l'encontre de Jean-Christophe Sauterel, subira aussi le sort de la récusation, tranchée par le Tribunal cantonal (TC). Le pseudo criminel tente de viser encore le procureur général Eric Cottier, qui ne sera pas inquiété.

Perquisitionné à son domicile

Et s'il fallait encore une preuve de l'énorme couac du 1er juillet 2015, une perquisition a eu lieu à son domicile d'Oron le 20 octobre 2015. Le prévenu a été interpellé devant chez lui, alors qu'il arrivait avec son véhicule. Une trace importante de cocaïne a été découverte dans la boîte à gants de sa BMW bleu marine, ainsi qu'une seconde de moindre intensité sur une valise entreposée dans sa chambre à coucher. Trois autres traces relevées par les enquêteurs n'ont pas été confirmées en laboratoire. Le tribunal a visiblement considéré qu’il ne s’agissait pas d’une preuve suffisante attestant d’un trafic.

«Mon client a toujours nié»

Les juges veveysans envoient certes l'accusé en prison pour un an et trois mois (ndlr. il n'est pas encore incarcéré) pour une série d'infractions. Mais précisément pas celle ayant trait à la LStup. Une victoire savoureuse pour son avocat, Me Fabien Mingard: «Mon client a toujours nié avoir participé à ce trafic de stupéfiants. Il est donc extrêmement soulagé d’avoir été acquitté sur ce point, après de nombreuses années d’instruction et son arrestation par le DARD, qui s’avère injustifiée.»

Le Ministère public n'a pas fait appel.

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 12.09.2019, 06h42

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