Lundi 11 décembre 2017 | Dernière mise à jour 04:07

«SERIAL BABY SHAKER» Huit ans requis contre le tueur de poupons

Pour le procureur, Marc* connaissait les risques en secouant sa petite de 2 mois, sauvée in extremis. Il a déjà tué ses deux premiers bébés.

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«À Maria* et à toute sa famille, je veux dire que je suis profondément désolé du fin fond de mon cœur. Je vous espère tout le bonheur possible. Sincèrement.» Prévenu de tentative de meurtre sur sa dernière enfant, Marc*, 43 ans, regarde son ex-conjointe, la maman de S., 17 mois, lui adresse ces mots émouvants et se rassoit. Il est peut-être gauche. Limité intellectuellement, infantile, immature, disent les experts. Il n’empêche. La jeune mère pleure, elle est bien de l’autre côté de la barre. Jamais au cours de la procédure et des débats, elle ne l’a chargé, dressant de ce père aux lourds antécédents dont elle ignorait tout le portrait d’un papa poule, prévenant, rassurant, aimant. Sa droiture scotche l’assistance, malgré les faits. Parce que c’est bien la raison de la tenue de ce procès criminel ouvert lundi à Lausanne.

Les faits, précisément, survenus en septembre 2016, font frémir. Même si le passé pénal de ce boulanger vaudois – binational franco-suisse – n’était pas formellement invité, il force les barrages. Oui, l’accusé dans le box est le même que celui qui, il y a 20 ans et 17 ans, a ôté la vie à son fils de 3 semaines puis à sa fille de 3 mois. Tous deux victimes fatales du syndrome du bébé secoué ou «shaken baby syndrome».

Le ministère public s’enfile légitimement dans la brèche qui a déjà coûté 11 ans de prison ferme au récidiviste. «La violence sur des nouveau-nés est insupportable. Ces êtres sont vulnérables, incapables de fuir. Comment imaginer que quelqu’un qui a déjà tué deux fois récidive une troisième fois?» questionne le procureur Christian Buffat.

Tentative de meurtre retenue

«Marc a l’expérience. Il connaissait parfaitement le risque. Il s’en est accommodé, argue le magistrat. Peu importe le déclencheur de son impulsivité. La probabilité de l’issue fatale s’imposait au prévenu. Même s’il ne s’agit pas d’un acte intentionnel direct, on ne peut pas retenir la négligence. Et que dire quand il se présente comme le sauveur de sa fille (ndlr: il l’a conduite au CHUV en état de choc). Il est dans un déni persistant. Il a même dit: «Je ne ferai jamais ça à mes enfants», alors qu’il en a tué deux. C’est stupéfiant.» En tenant compte d’une légère diminution de responsabilité, le parquet a requis 8 ans ferme pour tentative de meurtre par dol éventuel.

Les parties plaignantes ont emboîté le pas de l’accusation. Me Aurélien Michel: «Marc donne le change, c’est ce qui le rend dangereux. Il minimise, réaménage la vérité. C’est presque un copier-coller du passé. Il savait. Il a été sensibilisé pendant la grossesse de Maria.» Même argumentaire pour la curatrice de S., Me Cyrielle Kern: «Il ne pouvait pas ne pas se rendre compte. Rendez justice à ce petit poupon. On ne va pas lui donner une médaille pour avoir emmené sa fille au CHUV.»

Paniqué et maladroit

En face, la défense plaide la panique et la maladresse. Et proposera de retenir des lésions corporelles graves par négligence. Me Yaël Hayat: «Je redoutais la confusion des temps qui nous étouffe. Même si le passé résonne, la présomption et le doute doivent profiter à Marc. Il y a faute bien sûr. Ce n’est pas l’acte que l’on juge, c’est l’homme. Il n’est pas dans la stratégie, il n’en a pas la capacité. Il n’est pas énervé par les pleurs de S.. Il a peur, il agit par inquiétude. Pourquoi donner une autre dimension à ce geste? Il n’y a rien de délibéré. Pourquoi ne pas intégrer l’avant et l’après et toujours dévisager la noirceur monolithique? Laissez une place à autre chose que le passé et la récidive.» Le verdict sera rendu lundi prochain.

*Prénoms d’emprunt (Le Matin)

Créé: 06.12.2017, 12h56


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