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Témoignage «Jamais il ne s'est relâché»

Darius Rochebin est l’un des derniers à avoir interviewé le patron de Swisscom. C’était trois semaines avant son suicide. Il nous explique comment il a perçu l’homme.

«Quand j’ai reçu Carsten Schloter, rien ne laissait présager son geste fatal. C’était un patron au sommet de sa carrière», explique Darius Rochebin.

«Quand j’ai reçu Carsten Schloter, rien ne laissait présager son geste fatal. C’était un patron au sommet de sa carrière», explique Darius Rochebin. Image: RTS

Une des dernières photos de Carsten Schloter, en compagnie de la maquilleuse de la RTS. «Il a souri quand j’ai pris cette photo en lui disant qu’il était si bronzé que tout maquillage semblait superflu», raconte Darius Rochebin.

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«Complètement fou, ce suicide de Carsten Schloter! Il respirait la joie de vivre sur le plateau de Darius en début de mois.» Mardi, c’est par ce tweet d’un collègue que Darius Rochebin a appris la nouvelle. Le journaliste de la RTS était à Toulon en vacances chez des amis. «J’ai été surpris et choqué, explique-t-il. D’autant que lorsque j’avais reçu Carsten Schloter, rien ne laissait présager son geste fatal. C’était un patron au sommet de sa carrière qui donnait l’impression de l’extérieur que tout allait bien.» Le Genevois est l’un des derniers journalistes à avoir interviewé le CEO de Swisscom. C’était le 2 juillet dernier sur le plateau du téléjournal du 19:30.

Combatif mais fatigué?

Le big boss du géant bleu avait répondu à des questions sur l’affaire Snowden, l’initiative sur la limitation des salaires des managers ou encore sa politique des prix. Il était apparu combatif et didactique comme à son habitude. A cette occasion pourtant, de l’avis de certains observateurs, le ponte des télécoms semblait aussi fatigué. «Je n’ai pas eu cette impression malgré un aspect noué, tendu et très en mission pour la cause», reprend Darius Rochebin. «J’ai malheureusement moi-même vécu plusieurs suicides dans mon entourage familial et amical et je suis donc bien placé pour savoir qu’on cherche toujours mille indices a posteriori et qu’il reste souvent une part de mystère.»

L’après-midi de l’interview, Carsten Schloter et son chef de presse l’avaient en grande partie passée dans les locaux de la RTS. «Il a été très généreux de son temps, notamment en participant à une séance de rédaction. On sentait chez lui ce fort désir de convaincre en étant perfectionniste dans son argumentaire», précise Darius Rochebin. En fin d’interview, le journaliste a posé des questions dérangeantes notamment sur les 1,8 million de salaire annuel du manager. «Quatre fois celui d’un conseiller fédéral», avait-il précisé. «Du coup, après l’interview, pour détendre l’atmosphère, je lui ai dit qu’il avait été bon. Là, il a eu un petit sourire et on a échangé nos e-mails. La tension retombait, mais il ne se relâchait pas vraiment.»

A mille lieues d’un Hayek

Ces cinq dernières années, Darius Rochebin a interviewé Carsten Schloter à quatre reprises. Jamais il n’avait demandé à avoir les questions avant. «Cette fois encore, il m’a fait l’impression d’un patron très investi: communicatif, vif, dynamique, mais comme «blindé» et ne donnant à voir aucune faiblesse. Il semblait sur la retenue. A mille lieues d’un Hayek, d’un Biver ou d’un Bertarelli, très passionnels, qui rient ou se fâchent selon les questions. Aucune de ces émotions ne transparaissait. Il semblait le moins émotionnel des grands patrons que j’ai interviewés. Je voulais mieux connaître sa face personnelle et lui avais proposé l’émission «Pardonnez-moi». Trop tard.»

Créé: 26.07.2013, 14h39

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