Lundi 20 janvier 2020 | Dernière mise à jour 04:09

Criminalité Méfiez-vous des câlineuses!

Des «voleuses affectueuses» sévissent en Suisse: elles enlacent tendrement leurs victimes pour leur voler leur collier. Mais comment repousser un assaut de câlins?

La ruse des infâmes papouilles

«Comment renoncer aux usances câlines, au confort, au bien-être indolent de la vie?» Notre société moderne bruisse de ces mots de Chateaubriand. Elle trouve tout autant d’écho dans le constat d’un autre auteur français, Bernanos: «L’homme, c’est bien malaisé à définir. Admettons que ça reste un enfant. Gentil et câlin à ses heures, mais plein de vices.»

Un double constat qui définit la dernière ruse à la mode chez les malandrins et détrousseurs qui sillonnent nos routes et chemins: l’infâme papouille. Ou comment des bandes abusent de personnes âgées en leur demandant, depuis une voiture, de leur indiquer l’hôpital le plus proche et qui, pour les remercier de leur obligeance, s’emploient à les étreindre. Dans la fougue de ces ébats de rue, ils subtilisent les colliers et les bijoux de leurs victimes.

Ces faquins ont bien compris que, pour tromper le monde, il fallait lui ressembler. Par le câlin surprise, ils exploitent la solitude, la tristesse, l’isolement. Nous ne sommes pourtant plus beaucoup, dehors, à nous laisser «prendre par les sentiments». Quelques aînés, pour qui le savoir-vivre n’est pas encore un vain mot, se penchent toujours vers les vitres baissées de ces faux démunis. Peut-être croient-ils à un échange possible à l’aune de la solidarité humaine.

Mais la papouille n’est pas faite pour la rue. C’est un élan d’intérieurs. Faire croire le contraire en abusant d’une personne âgée, c’est tromper quelqu’un de facile à tromper. Et ça, c’est une infamie.

Stéphane Berney, rédacteur en chef adjoint

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Le dernier larcin connu de «voleurs affectueux» s’est déroulé lundi à Bulle, peu avant 15 heures. Une voiture «avec une plaque étrangère» s’arrête alors près d’une dame de 69 ans, raconte Donatella Del Vecchio, porte-parole de la police cantonale fribourgeoise. Les occupants abordent cette femme, déplient une carte routière et lui demandent poliment si elle peut leur indiquer le chemin vers l’hôpital. La Gruérienne les renseigne. Pour la remercier, une femme sortie de la voiture la prend chaleureusement dans ses bras. Un gros câlin. Puis le véhicule et ses occupants s’en vont. Et celle qui les a aidés réalise que ses deux chaînettes en or ne sont plus autour de son cou.

Ce n’est pas un cas rare mais un vrai phénomène aujourd’hui présent partout en Suisse. La police fribourgeoise a tiré la sonnette d’alarme mardi. La semaine dernière, la police municipale zurichoise disait avoir recensé une quarantaine de cas depuis quatre mois! Le même modus operandi a été identifié à Lucerne, en Thurgovie ou à Saint-Gall – où un collier de plus de 1500 francs a été dérobé à Rapperswil. Le canton de Berne avait, lui, déjà signalé ce nouveau mode de vol à l’astuce en juin. «Mais nous avons toujours régulièrement de nouveaux cas», précise le porte-parole Christoph Gnägi.

Le scénario est toujours identique. Une voiture avec deux à quatre personnes à bord. Une demande de renseignement, souvent à une femme âgée. Une étreinte chaleureuse souvent prodiguée par une femme. Pas de violence mais un collier qui disparaît. «Il y a parfois une variante: une chaîne peut être proposée à la victime en remerciement. Puis le collier volé est substitué par ce bijou de pacotille», note Philippe Jaton, de la police cantonale vaudoise. Qui précise que les auteurs sont apparemment souvent Roumains. «On imagine qu’il s’agit de bandes organisées, mais c’est pour l’instant difficile à affirmer», ajoute Donatella Del Vecchio.

Face à cette vague de câlineuses malintentionnées, les corps de police appellent à la prudence ou à ne pas tomber dans les bras d’un inconnu. Bien, mais comment faire, concrètement? Faudrait-il hurler ou mordre dès que quelqu’un veut se montrer affectueux? Tous admettent que repousser une câlineuse est plus facile à dire qu’à faire, d’autant que l’«assaillante» a l’effet de surprise de son côté. «Un inconnu qui entre dans votre sphère intime, c’est inadapté. Il s’agit de reculer, de dire «non merci», détaille Donatella Del Vecchio. «C’est délicat, mais il faudrait refuser l’étreinte, lancer un «je n’aime pas ça ou je ne vous connais pas», note Christoph Gnägi. «On conseille de décliner poliment le contact physique, ajoute Philippe Jaton. Mais c’est vrai que ce n’est pas évident et paradoxal. Certaines personnes âgées ont peu de lien social et on leur dit de se méfier de ceux qui sont polis et les étreignent…»

Créé: 25.10.2013, 13h58

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