Vendredi 20 juillet 2018 | Dernière mise à jour 12:27

Boudry (NE) Mère «exciseuse»: une condamnation inédite en suisse

La Somalienne qui avait fait mutiler ses filles avant de quitter l’Afrique écope de 8 mois de prison avec sursis. Un verdict neuchâtelois qui fera date.

La trentenaire n’a pas convaincu le Tribunal de Boudry (NE) en affirmant que c’était sa mère qui avait fait exciser les filles, à son insu.

La trentenaire n’a pas convaincu le Tribunal de Boudry (NE) en affirmant que c’était sa mère qui avait fait exciser les filles, à son insu. Image: JEAN-GUY PYTHON

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«Le tribunal n’a pas la présomption de penser que ce jugement va fondamentalement changer la situation. Mais j’ose espérer que ce sera une pierre à l’édifice pour éradiquer la souffrance endurée par des millions de fillettes.» La décision rendue hier à Boudry (NE) par la présidente Nathalie Kocherhans est une première nationale depuis 2012. Date de l’entrée en vigueur de la norme juridique permettant de sanctionner l’excision. La juge unique a prononcé une peine de 8 mois de prison avec sursis à l’encontre de Hafida*, une Somalienne aujourd’hui âgée de 31 ans (elle-même mutilée, comme 98% des femmes de ce pays) qui a fait exciser ses deux filles à Mogadiscio.

«Motivations troubles» du mari

«Quiconque se trouve en Suisse et n’est pas extradé et commet la mutilation à l’étranger est punissable», dit l’article 124 du Code pénal. Seulement voilà: la trentenaire n’est pas partie de sa patrie d’adoption pour aller faire exciser ses fillettes en Afrique. Les faits sont survenus courant 2013, soit deux ans avant que cette mère illettrée (et ses quatre enfants) ne rejoigne son futur ex-mari – réfugié depuis fin 2008 en terre neuchâteloise – dans le cadre d’un regroupement familial. Lequel avait dénoncé madame à la justice, peu après son arrivée au Centre pour requérants de Perreux (lire notre édition de mardi).

«Les motivations du dénonciateur sont troubles: on peine à croire qu’il n’avait souci que pour ses enfants», reconnaît la juge Kocherhans. Tout en expliquant que l’opinion de ce conjoint violent (condamné l’an dernier pour mise en danger de la vie suite à une tentative d’étranglement) sur le bien-fondé de la pratique de l’excision ne jouait pas de rôle sur la réalisation de l’infraction, dès lors que ce sont les femmes qui le décident. Toujours est-il qu’un tel verdict, s’il venait à être confirmé dans un possible procès en appel, créera un précédent. Ses effets collatéraux interrogent. «J’y vois un grave problème, réagit l’avocate de Hafida, Me Béatrice Haeny. Les violences conjugales sont très fréquentes dans les regroupements familiaux issus de ces communautés. Un tel jugement mettra une pression énorme sur les femmes et donnera un pouvoir aux hommes. Si elles ne font pas ce qu’ils veulent, ils les dénonceront pénalement pour avoir fait exciser leurs filles.»

Elle revient sur ses aveux

La trentenaire a en tout cas tenté le tout pour le tout pour s’éviter une condamnation pénale, qui pourrait théoriquement entraîner son renvoi vers la Somalie, et ce avec ses enfants, dont elle a la garde depuis sa séparation d’avec leur père, intervenue après onze mois de vie commune en Suisse. Elle a notamment affirmé que c’était sa propre mère qui avait fait mutiler les fillettes pendant que Hafida vendait des légumes au marché de Mogadiscio. Alors qu’au moment de ses aveux, lors de son audition par la police neuchâteloise, elle avait justifié ses actes par le fait que, dans son pays d’origine, les femmes non excisées ne sont jamais mariées car considérées comme des prostituées. «Si les deux filles de l’accusée ont elles-mêmes des filles, je ne mettrais pas ma main au feu que ces enfants ne seraient pas elles-mêmes excisées», a conclu avec humilité la présidente Kocherhans.

* Prénom d’emprunt (Le Matin)

Créé: 13.07.2018, 07h45


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