Vendredi 16 novembre 2018 | Dernière mise à jour 03:16

Confidences Procès de Claude D.: la soeur de Marie se livre au «Matin»

Laetitia est la sœur de Marie, la Vaudoise de 19 ans tuée en 2013 par Claude D. Elle s'exprime pour la première fois, à la veille du procès du Fribourgeois.

Laetitia est née six ans avant Marie, à Madagascar.

Laetitia est née six ans avant Marie, à Madagascar. Image: DR

Rappel des faits

Juin 2000

Claude D., 24 ans., est condamné à vingt ans de réclusion pour l’assassinat et viol de sa compagne, tuée par balles pour l’avoir quitté.


Août 2012

Sortie de prison du tueur, placé aux arrêts domiciliaires dans un appartement d’Avenches (VD), sous la surveillance d’un bracelet électronique.


Novembre 2012

Réincarcération, suite à des menaces de mort proférées à l’encontre de collègues de travail et de propos pornographiques tenus sur Internet. Claude D. fait recours: une juge le remet en liberté deux mois plus tard.

Février 2013

Une expertise le diagnostique comme personnalité dyssociale avec traits psychopathiques.

Avril 2013

Claude D. rencontre pour la première fois Marie, 18 ans. Un mois après leurs premiers échanges Internet via le site de rencontre et de chat Skyrock.

Mai 2013

Lundi 13, vers 19 h, le trentenaire enlève Marie à Payerne (VD), à la sortie de son travail d’apprentie sommelière. Interpellé seul le lendemain après-midi après une course-poursuite dans la Glâne fribourgeoise, Claude D. ne passera aux aveux qu’au cours de la nuit suivante: l’homme a tué Marie par strangulation dans un bois à 10 km de son rapt, sur la commune de Châtonnaye (FR).

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Le même sourire à la vie, la même grâce. Laetitia Wallimann a grandi avec sa sœur cadette, Marie, jusqu’à ses 22 ans, année de son emménagement en Californie. Entre la Suisse et surtout la France, aux côtés de leurs parents adoptifs, Evelyne Schluchter et son mari, Antoine, pasteur à Villars-sur-Ollon (VD) depuis 2008.

Trois ans plus tard, Marie, 19 ans, était kidnappée et assassinée par le trentenaire Claude D., entre Payerne et une forêt de la Glâne fribourgeoise.

Dès lundi, Laetitia fera face au tueur récidiviste, jugé toute la semaine prochaine devant le Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois, lequel siégera à Renens. Elle se livre au «Matin».

Quel souvenir gardez-vous de Marie?

J’ai toujours voulu une petite sœur et, quand j’ai su que mon rêve allait se réaliser, je me suis imaginé avoir une poupée toute calme à qui je pourrais faire des tresses… Au final, c’était une vraie pile électrique, avec un fort caractère!

A son arrivée, nos six ans d’écart se faisaient bien sentir. J’étais la petite fille enveloppée et timide; elle était le papillon sociable et bruyant. En grandissant, nos différences ont semblé disparaître; nous avons réalisé que nous avions les mêmes centres d’intérêt. L’art et la musique, entre autres.

Marie passait davantage pour ma grande sœur que l’inverse, ça nous faisait rire… Elle savait bien s’exprimer et me couvrait en cas de crise d’angoisse. C’était une fille qui a toujours su prendre soin d’elle; je me tournais vers elle pour les conseils de beauté ou vestimentaires. Là où elle se tournait vers moi pour tout ce qui la tracassait dans son quotidien. Nous avons appris à devenir tout d’abord sœurs, copines et meilleures amies… mais la dernière étape n’a pas duré assez longtemps.

Comment continue-t-on à vivre malgré l’absence?

La vie est faite de pertes et d’obstacles, mais il ne me paraît pas sain de garder le négatif d’une situation désespérée. Car la vie est aussi faite de simples sourires qui marquent à jamais, de rires et de douces odeurs. Aussi clichés soient-ils, de tels souvenirs permettent de moins ressentir l’absence comme un vide sans fond.

Il y a bien sûr des moments où j’ai besoin de ma sœur, mais, dans ces cas-là, j’essaie de faire une activité que l’on aurait partagée ensemble, et je me sens tout de suite accompagnée d’une foule de souvenirs joyeux.

Je crois fermement que Dieu m’accorde cette sérénité face à l’épreuve. Laquelle aurait pu me rendre trop apte à juger et à me laisser emporter par la colère.

Aux obsèques de votre sœur, vous aviez chanté «Ce n’est pas fini, ce n’est pas terminé, ce n’est que le début, dès lors que Dieu est des nôtres». La foi vous a-t-elle aidée à faire votre deuil?

J’en suis sûre; avoir cette oreille qui écoute vos pleurs, votre rage et votre incompréhension fait un bien fou. En plus de savoir qu’Il travaille le cœur et le console d’une manière «extraordinaire», je ressens Dieu comme un véritable support sans faille. Mon deuil n’est pas terminé, mais je sais que j’ai la force de le traverser.

A quelle fréquence étiez-vous en contact avec votre sœur depuis votre départ pour les Etats-Unis en 2011?

On se parlait par Skype chaque mois et ça durait des heures. Plus il y avait d’écart entre nos discussions, plus elles étaient sans fin…

Marie est venue me voir en Californie, avec nos parents, pour la naissance de mon fils Jayce-Harper, en juin 2012. Même si on s’était dit que ce serait financièrement envisageable de nous voir que tous les deux ans, j’espérais qu’elle pourrait revenir nous voir après le baptême de notre fils, prévu un mois après sa mort…

Pourquoi avoir tenu à venir en Suisse assister à ce procès qui s’annonce très éprouvant?

Je suis sa sœur, peu m’importe la difficulté, je me dois d’être là pour défendre sa mémoire et soutenir nos parents. Le poids est moins lourd si on le porte à plusieurs. Pour ma part, je suis prête à affronter ce qui nous attend.

Etes-vous venue chercher des réponses?

Mes réponses résident dans la connaissance que j’ai de ma sœur – ses points forts et faibles, ses peurs, ses joies –, et j’en ai appris suffisamment sur le meurtre pour savoir à quoi m’en tenir.

N’appréhendez-vous pas de croiser le regard de Claude D.?

Non! J’espère qu’il aura honte de croiser le nôtre, et l’humilité de baisser les yeux, mais j’en doute. A vrai dire, ce n’est qu’un détail; il y aura beaucoup d’échanges de regards, de mots… C’est un procès; ce qui importe est ce qui va en ressortir.

Le 16 mai 2013, l’une de vos cousines «de cœur» nous avait confié avoir vu Marie avec Claude D. deux semaines plus tôt, en gare de Payerne: «Elle me l’avait présenté comme son copain. Ça ne lui ressemblait pas d’être avec un vieux, mais elle avait l’air heureuse.» Votre sœur vous avait-elle parlé de lui?

Non, elle n’en a pas eu l’occasion. Nous ne nous étions pas téléphoné depuis leur rencontre (ndlr: survenue un mois avant la mort de Marie), et notre emploi du temps était trop chargé des deux côtés pour imaginer un Skype. Nous nous étions tenues à nous écrire des messages ponctuels.

En revanche, après lui avoir souhaité «Joyeux anniversaire» le 12 mai, j’ai reçu une réponse qui m’a laissé entrevoir que quelque chose n’allait pas… C’était trop court et froid. Je ne prévoyais pas le pire, mais plutôt une conversation imminente par webcam, emplie de reproches sur tel ou tel événement… J’aurais préféré cela.

Qu’a-t-elle pu lui trouver?

La question est plutôt de savoir quelles sont les facettes qu’il lui a montrées. Elle n’avait pas de type d’homme, de critères physiques; c’est tout ce que je peux affirmer.

Pour quelles raisons Claude D. aurait-il pu en vouloir à Marie, selon vous?

C’est un être intelligent avec une personnalité narcissique et perverse. Il suffit qu’il se soit produit un imprévu, une perte d’emprise, un coup de folie… beaucoup d’éléments ont pu constituer le déclic de son geste final.

Je ne suis pas dans son cerveau, mais il est assez aisé de constater qu’il s’agit de quelqu’un qui a un problème d’interaction avec autrui, ayant pour principal but de vouloir tout faire tourner autour de sa personne.

Etes-vous d’avis que Marie serait toujours en vie si Claude D. n’avait pas bénéficié d’une sortie de prison en janvier 2013, deux mois après avoir pourtant été réincarcéré pour menaces de mort proférées à son travail?

S’il y avait eu une expertise plus exacte déterminant qu’il devait rester en prison, Marie n’aurait jamais eu affaire à lui.

Une condamnation à perpétuité pour assassinat avec internement simple (et non à vie) serait-elle acceptable?

Nous espérons que la juste décision sera prise. C’est à la justice de décider ce qui est acceptable, en fonction des informations qu’elle possède.

Si Claude D. venait à le demander, lui accorderiez-vous votre pardon?

Je souhaite qu’il implore et obtienne le pardon et la grâce du Seigneur après les actes terribles qu’il a commis. Je prie pour que son cœur pleure comme nous pleurons, et ressente l’importance de chaque être vivant sur cette terre… Envers moi et mes parents, aucun acte de compassion n’a été fait jusqu’à présent. Mais, si un jour son cœur humble et vrai vient demander pardon, je conçois de l’accorder – par la force de Dieu. (Le Matin)

Créé: 05.03.2016, 13h10

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