Jeudi 15 novembre 2018 | Dernière mise à jour 11:32

Guerre des Rose Vaud: la quadruple poignardeuse échappe à la prison

L'accusée n'a jamais voulu tuer son mari. Elle a empoigné un couteau pour le dissuader d'une dispute qui dégénérait, pas pour l'attaquer. Elle écope de 18 mois avec sursis complet durant 3 ans.

Le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de Vevey a tranché mercredi. La jeune femme, qui a asséné quatre coups de couteau à son mari, ne retournera pas en prison.

Le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de Vevey a tranché mercredi. La jeune femme, qui a asséné quatre coups de couteau à son mari, ne retournera pas en prison. Image: Maxime Schmid

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«Je veux demander pardon à mon mari pour mon acte, à vous (désignant le président de céans) et au procureur pour son enquête, en promettant de ne plus recommencer. Je vous remercie.» À l'issue des débats mercredi, la voix légèrement tremblante, Flore*, très belle Camerounaise, a tenu à prononcer ces mots à quelques heures d'un verdict qu'elle appréhendait. Elle comparaissait devant le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de Vevey (VD) pour tentative de meurtre, mise en danger de la vie d'autrui et lésions corporelles graves (voir ci-contre). Le jeudi 11 janvier 2018, vers 22h30, elle frappait à quatre reprises son époux avec un couteau de cuisine dans leur logement et dans le couloir de leur immeuble à la suite d'une dispute engendrée par son conjoint jaloux, qui lui reprochait d'être infidèle.

Amoureux

La jeune femme a été incarcérée préventivement durant trois mois. À sa sortie, comme si rien n'était arrivé, elle est retournée vivre à la maison dans le Chablais vaudois auprès de son fils de 5 ans et de son mari Christian*, qui avait dû être transféré au CHUV cette nuit de janvier, au vu de la gravité de ses blessures. Flore lui a transpercé la peau deux fois à la cuisse gauche, au flanc gauche et dans le dos. Son époux n'a pas porté plainte. Il lui a pardonné. Protagoniste et témoin dans cette affaire, il est à ses côtés, plus amoureux que jamais. Dans les pas perdus du tribunal. Et dans la salle d'audience, une fois son audition devant les juges terminée. Les disputes ont cessé. L'aide-soignante de 25 ans et le magasinier de 33 ans affirment avoir retrouvé un bel équilibre.

C'est lui qui la provoquait

En ce début d'année 2018, la situation était tendue dans le couple camerounais. Tétanisée et sanglotante, une ancienne amie de la prévenue, qui vivait chez eux au moment des faits, a témoigné à la barre. «Christian* était fâché parce que Flore n'était pas là quand il est rentré à 18h. Je l'ai appelée, elle m'a dit qu'elle était dans un bar à Lausanne. Il a pris la voiture, mais ne l'a pas trouvée. Il était très énervé au retour. Elle est arrivée vers 22h. Il voulait lui parler. Il a tapé sur la table, s'est levé et l'a giflée. Je n'ai pas vu les premiers coups de couteau. Christian essayait de lui enlever. Je suis sortie appeler de l'aide. Flore est aussi sortie de l'appartement. Elle s'enfuyait et, lui, il essayait de la rattraper, il la suivait. C'est lui qui la provoquait, avec des paroles comme «Tu vas voir, tu vas faire de la prison». Flore, elle était déjà calme. Il est venu vers elle, ils se sont engueulés et il y a eu de nouveau des coups de couteau.»

Prise de conscience

«C'est bien ce couteau?», questionne le président de la Cour, Franz Moos, quittant son siège pour lui mettre sous le nez la pièce à conviction. «Oui, il était sur l'évier. Mon mari avait coupé de la viande pour mon fils», réplique l'accusée. Plus loin: «Vous suivez un traitement thérapeutique. À quel rythme?» La jeune Camerounaise: «Cinq fois par mois, chez une psychologue. Je l'ai voulu pour analyser cette violence et pour mon fils, pour ce qu'il a vu. Ca me fait du bien. J'aimerais continuer.» Flore a décidé de son propre chef d'entreprendre un travail sur elle-même, ce qui n'a pas manqué d'émouvoir le tribunal et le Parquet. Une belle preuve de responsabilité de sa part. Elle montre qu'elle assume.

18 mois avec sursis complet

«Flore est gentille, travailleuse, fiable, apaise les litiges... Ce jour-là, son mari la gifle et la provoque», lâche le procureur Hervé Nicod dans son réquisitoire. «Arriver à un récit cohérent, c'est mission impossible. Hormis la grosse gifle du début, Christian, ensanglanté, blessé, n'a pas eu de comportement menaçant. Flore est partie dans un délire. Un engrenage, du cinéma où tous les coups sont permis. La colère a pris le dessus.» Le Parquet d'abandonner la tentative de meurtre et la mise en danger de la vie d'autrui. «Blesser son conjoint avec un couteau n'est pas bénin. Il s'agit de faits graves. Mais elle n'a pas d'antécédents, elle a poursuivi la vie conjugale, elle fait preuve d'un réel repentir et elle a entamé un traitement volontairement. C'est assez rare. Ces trois mois de détention préventive sont largement suffisants». Le magistrat requiert 18 mois, assorti du sursis complet durant 3 ans, pour lésions corporelles graves.

«Elle s'est tenue à distance pour le dissuader»

Avocat de Flore, Me Benjamin Schwab s'est passablement référé aux propos du Ministère public bien que le cheminement de l'accusation et de la défense ne soit pas le même. «Peu importe le déroulement des faits effectivement. Monsieur revenait pour discuter. Les lésions existent. Ma cliente est la seule à avoir eu un couteau, c'est vrai. Elle s'est tenue à distance pour le dissuader, c'est une situation qui s'était déjà passée. Elle a quitté les lieux, il l'a suivie. On ne peut pas retenir une volonté de s'en prendre à la vie de Christian ou de la mettre en danger. L'attitude de Madame a été excessive, mais sa prise de conscience est avérée. Elle a pris sur elle. Flore a pris de mauvaises décisions.» À l'instar du Parquet, le défenseur plaide l'abandon de la tentative de meurtre et de la mise en danger de la vie d'autrui. Il conclut également à 18 mois avec sursis total pendant 3 ans pour lésions corporelles graves.

Tribunal encore plus clément

Les juges ont rendu leur verdict ce mercredi en fin de journée. Ils se sont calqués sur le réquisitoire du procureur et la plaidoirie de la défense, minimisant encore les qualifications des infractions, mais pas la quotité de la peine. S'agissant de la culpabilité de Flore, son suivi psychologique spontané, ses profonds regrets et sa manière d'assumer pleinement sa faute ont pesé très lourd dans la balance. La Cour a également acquis la conviction que la jeune femme s'était armée d'un couteau pour dissuader son mari de poursuivre une bagarre qui allait dégénérer, et non pour l'attaquer, et encore moins pour le tuer. Ainsi, la Camerounaise se voit condamnée pour tentative de lésions corporelles graves et lésions corporelles simples qualifiées à 18 mois avec sursis complet durant 3 ans.

evelyne.emeri@lematin.ch

*Prénoms d'emprunt (Le Matin)

Créé: 17.10.2018, 20h44

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