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Drame Y a-t-il eu une bavure policière à Renens?

Suite à l’intervention du DARD, des questions restent en suspens. Eclairage avec un négociateur français.

Samedi, 19h20: armés et encagoulés, les hommes du DARD s’apprêtent à donner l’assaut.

Samedi, 19h20: armés et encagoulés, les hommes du DARD s’apprêtent à donner l’assaut. Image: Jean-Guy Python

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Samedi, dans un appartement de Renens (VD), un père a séquestré son fils d’à peine un an. Au terme de plusieurs heures de négociation par téléphone, le DARD (Détachement action rapide et dissuasion) «est entré de force dans l’appartement. Au même moment, le père a poignardé son bébé», relatait le communiqué de presse de la police cantonale vaudoise, qui, pour l’instant, ne souhaite pas donner davantage de détails ou d’arguments au sujet de son intervention. Face à ce drame, de nombreuses questions se posent.

1. L’intervention policière a-t-elle provoqué l’issue fatale?

La chronologie exacte du déroulement de l’intervention n’a pas été communiquée par la police vaudoise. «Tout s’est passé en quelques secondes et simultanément», a déclaré le porte-parole de la police vaudoise Jean-Christophe Sauterel, lors de la conférence de presse. Plusieurs témoins, sur place et dans l’immeuble, maintiennent toutefois que «le laps de temps entre le premier coup dans la porte et les cris du bébé a semblé durer une éternité. Peut-être 10 à 15 secondes, mais c’est long. Les agents ont dû s’y prendre au moins à trois reprises pour défoncer la porte.» C’est en effet à l’aide d’un bélier, un moyen bruyant et peu discret, que les hommes du DARD ont pénétré dans l’appartement du père.

Pour Christophe Caupenne, négociateur français, ex-commandant durant onze ans à la tête du RAID (Recherche, assistance, intervention, dissuasion), «ce moyen d’effraction semblait le plus adapté à ce type de porte. Il existe toutefois des forceurs hydrauliques qui développent une poussée de 6 tonnes et enfoncent les portes en un temps record.»

La perte de temps occasionnée par le bélier aurait-elle permis au père de se préparer à commettre l’irréparable? «Avec ce type d’intervention, les policiers ont pris ce risque et doivent l’assumer, déclare un spécialiste suisse, mais il y a aussi une part de fatalité derrière cette prise d’otage domestique.»

2. Pourquoi cette intervention?

C’est avec l’accord du procureur de service, Bertrand Bühler, que l’assaut a été donné. «Si les négociateurs, les policiers et les agents pensaient qu’ils devaient agir et que le chef de l’opération estimait qu’il n’y avait plus d’autres choses à tenter, il avait mon accord pour la perquisition. J’ai pris cette décision au vu des informations qu’ils m’ont transmises et de leur vision des choses. Ils avaient la certitude qu’il fallait y aller car la vie de l’enfant était en danger. Ce n’était pas mon rôle de m’immiscer dans les détails opérationnels, je n’ai d’ailleurs pas de responsabilité à avoir dans cette affaire», estime le magistrat.

3. Existait-il une autre solution?

Des snipers se tenaient sur les toits des maisons d’en face. N’auraient-ils pas pu tirer sur le père et le neutraliser? «En cas d’échec, le résultat est catastrophique, affirme l’expert négociateur Christophe Caupenne. Cette action n’est jamais d’une fiabilité absolue. Il faut que l’homme passe devant une fenêtre.» Le père était-il inatteignable? Gardait-il le bébé dans ses bras? «Je n’ai pas d’informations sur la position exacte du bébé», répond le procureur. Dans certaines prises d’otages, des gaz anesthésiants sont utilisés. «Mais, dans ce genre d’affaire, il serait hors de question de tenter l’expérience. Le volume de gaz propagé dans la pièce aurait tué le bébé», déconseille l’expert français.

4. Le temps de négociation était-il suffisant?

Le premier contact avec le père a été établi par téléphone à partir de 15 h. C’est à 19 h 20, soit après quatre heures de négociation seulement, que l’assaut a été donné. «Le délai moyen d’une prise d’otages est de dix heures, affirme Christophe Caupenne. Les négociateurs doivent tenter de calmer la personne, lui parler de ses difficultés et émotions négatives. Puis la rassurer et surtout l’écouter. Il faut toujours pousser la négociation le plus loin possible. Une fois que la décision d’assaut a été prise, on ne peut plus revenir en arrière.» Et le spécialiste suisse d’ajouter: «Dans la négociation, il y a soudain une chance, un argument pour agir, mais c’est quitte ou double.»

5. Les policiers connaissaient-ils le profil dangereux du père?

Le père, un Congolais de 29 ans, était connu des services de police, il battait la mère de l’enfant et avait commis un vol avec violence en 2004 à Bienne. Les agents vaudois savaient le jour même du drame qu’au matin, alors que le père avait rendez-vous à la gare de Neuchâtel avec son ex-compagne et son fils, «il portait sur lui le couteau qui a servi à tuer son bébé, a confirmé le procureur Bertrand Bühler, c’était donc un homme résolu et déterminé à passer à l’acte».

6. Quels sont les critères pour décider d’une telle intervention?

«Comme le veut la pratique, si la négociation ne donne aucun résultat, une intervention forcée est envisagée», précisait le porte-parole Jean-Christophe Sauterel, le lendemain du drame. «Le penchant suicidaire avéré est un critère pour ce type d’intervention, complète l’ex-commandant et négociateur français. L’individu cherche à se faire tuer par la police, il n’a pas le courage de se donner la mort lui-même. L’état psychotique est aussi un critère, lorsque la personne est sous l’effet de drogues.» La suite de l’enquête devra déterminer «ce qui a poussé le père à ce terrible comportement», explique le procureur, mettant hors de cause l’intervention policière.

7. Une interpellation sera-t-elle déposée auprès des politiques?

«J’en doute fortement, répond Rebecca Ruiz, députée socialiste au Grand Conseil vaudois, criminologue de profession et membre de la Commission des affaires judiciaires, c’était un cas particulier, une situation extrême. La menace du père a certainement dû être très intense à un moment donné pour qu’il n’y ait d’autre choix que d’intervenir.» La conseillère d’Etat en charge de la Sécurité, Jacqueline de Quattro, n’a, quant à elle, pas souhaité s’exprimer. (Le Matin)

Créé: 25.06.2013, 09h41

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