Vendredi 29 mai 2020 | Dernière mise à jour 01:57

Delémont (JU) D'abord blanchi, l'infirmier violeur a été condamné

Un ambulancier de l'Hôpital du Jura avait été acquitté en première instance. Mais grâce à la pugnacité de la procureure, le viol qu'il avait commis il y a trois ans a été sanctionné.

Le viol s'est déroulé dans les toilettes de l'Hôpital du Jura, à Delémont.

Le viol s'est déroulé dans les toilettes de l'Hôpital du Jura, à Delémont. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Si son sperme avait bien été retrouvé sur un tampon hygiénique, l'infirmier avait été acquitté et indemnisé en première instance. «Je n'ai jamais douté de sa culpabilité», assène pour sa part la procureure Laurie Roth.

Grâce à la pugnacité de la magistrate, le viol commis il y a trois ans par cet ambulancier de l'Hôpital du Jura a été sanctionné ce mercredi en seconde instance: l'homme a écopé d'une peine de 16 mois de prison, dont six ferme.

Prévenu absent

Coronavirus oblige, le prévenu était absent à l'énoncé du jugement pour cause de fièvre, certificat médical à l'appui. Son avocat n'exclut par un recours au Tribunal fédéral.

Le président de la Cour pénale n'a pourtant laissé planer aucun doute: «La victime était pâle, elle tremblait et pleurait beaucoup», a rapporté le juge Gérald Schaller, convaincu que tous les éléments constitutifs d'un viol sont réunis.

En pleine détresse

L'infirmier, qui vit en couple, a 37 ans et deux enfants issus de deux unions différentes. Le 5 février 2017, il a fondu sur une patiente qui avait la moitié de son âge. Vulnérable, la jeune femme s'était présentée aux urgences en pleine détresse. L'infirmier l'avait alors immédiatement repérée.

Lorsqu'elle est sortie pour fumer une cigarette et se dégourdir les jambes, au rez-de-chaussée de l'hôpital, la patiente n'a rien vu venir. Mais le stratagème de l'infirmier n'a pas échappé à ses collègues: il vouait à cette patiente une «attention toute particulière» dès son arrivée aux urgences et même après son admission en unité d'observation. Il s'est occupé d'elle jusqu'à négliger son secteur, selon Gérald Schaller.

«Une odeur à vomir»

Au tribunal, le prévenu narcissique a dénigré la victime, affirmant qu'elle était sale et qu'elle «dégageait une odeur à vomir». Pour expliquer la présence de son sperme un peu partout, l'infirmier a prétendu que la patiente avait baissé sa culotte, retiré son tampon, qu'elle avait mis la main dans son pantalon à lui, alors qu'il ne bandait pas, avant de finalement introduire ses doigts dans son vagin.

La version du prévenu a passé en première, mais pas en seconde instance. «Absolument pas plausible!», a tranché le juge. L'infirmier récidiviste n'avait donc pas repoussé les avances de la patiente, venue aux urgences pour une crise d'asthme.

Prise au piège

Prise au dépourvu, la patiente avait dit non et donné un coup de coude à son agresseur. Mais à 21 heures, après la fermeture de la cafétéria, elle était piégée: personne ne pouvait entendre son appel au secours.

Après avoir violé la jeune femme, appuyée contre une chasse d'eau dans une cabine exiguë, l'infirmier a changé de blouse en jetant celle qu'il portait dans une corbeille à linge éloignée de son vestiaire. Mais son ADN était partout: sur le tampon hygiénique, sur un papier jeté à la poubelle, sur la chasse d'eau...

Quatre mois de détention préventive seront déduits des six mois ferme écopés mercredi. Le solde, l'ancien infirmier pourra l'aménager de manière à ne pas perdre son nouvel emploi, à Neuchâtel. Mais pas en soins infirmiers: ce secteur lui est désormais interdit d'accès.

Tort moral

L'ancien infirmier ne recevra pas les 40 000 francs de dédommagements octroyés en première instance. Au contraire, il aura beaucoup à rembourser: 75 000 francs de frais judiciaires ajoutés aux 44 000 francs facturés par l'avocate de la victime. Pour obtenir un tort moral, la victime devra se retourner contre l'Hôpital du Jura.

Son agresseur a l'interdiction de l'approcher pour ces cinq prochaines années, mais pour la victime, le mal est fait: elle a pris 18 kilos et ses problèmes psychologiques ont nécessité une nouvelle hospitalisation.

Vincent Donzé

Créé: 11.03.2020, 19h42

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.