Lundi 19 novembre 2018 | Dernière mise à jour 13:55

Surveillance Pourquoi Adeline était-elle seule?

La jeune psychologue a été choisie par sa hiérarchie parce qu’elle était expérimentée…

Doit-on entièrement repenser le système de réinsertion?

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Elle était jolie, elle venait d’avoir un bébé. «C’était la joie de vivre. Ma fille était forte, brillante. De tous les points de vue, elle était quelqu’un de bien. Comment ont-ils pu la laisser partir seule avec lui?» s’interroge, effondrée, la maman d’Adeline, domiciliée dans le canton de Genève. Si la socioéducatrice a été choisie pour accompagner Fabrice A. jeudi matin, c’est parce qu’elle était «expérimentée», a expliqué le directeur des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Bertrand Levrat, hier, au cours de la conférence de presse. Adeline M., 34 ans, psychologue et criminologue, travaillait depuis 2007 au centre de la Pâquerette, au quatrième étage de la prison de Champ-Dollon (GE). Elle avait à son actif plus de 200 sorties avec des détenus. Pour le violeur récidiviste, c’était la deuxième «conduite accompagnée». La première avait eu lieu le 3 septembre 2013 avec une collègue d’Adeline.

Six heures pour faire ses achats

La mission de l’établissement de la Pâquerette (onze personnes suivies en ce moment) est d’aider à réinsérer les détenus dangereux, notamment condamnés pour meurtres et/ou viols. Le centre dépend des HUG. «En droit suisse, au tiers de leur peine, les détenus ont droit à une première sortie en conduite accompagnée», explique Sandra Favre, directrice de l’Office cantonal de la détention. Au programme de ces sorties: six heures à l’extérieur, la possibilité de faire des achats et de prendre un repas. Fabrice A. avait été condamné, au total, à 20 ans de prison. En janvier 2015, sa liberté conditionnelle allait être examinée. Selon nos informations, le violeur récidiviste se comportait de manière positive avec ses thérapeutes, réussissant semble-t-il à tromper son monde. «Une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde», confie une source. «C’est incompréhensible! Je m’interroge sur la valeur des avis des spécialistes, quand on voit ce qui est arrivé à Genève et avec l’affaire Marie», déclare Nathalie Fontanet, présidente de la Commission judiciaire du Grand Conseil genevois. Pour faciliter sa réinsertion sociale, Fabrice A. avait obtenu de pouvoir suivre une thérapie basée sur des activités équestres. Il s’était découvert une passion pour les chevaux. Sa sortie du jeudi 12 septembre avait été autorisée par la direction de la Pâquerette et avalisée par le Service d’application des peines (SAPEM), sur la base de préavis, de rapports et d’évaluations réguliers…

Suspension des sorties

Suite à cette tragédie, Pierre Maudet a annoncé une mesure radicale et immédiate: le gouvernement genevois suspend toutes les sorties des détenus dépendant de son autorité: «C’est un effroyable drame, il faut s’interroger sur les dispositifs actuels et évaluer la prise de responsabilité des secteurs médical et pénitentiaire. Le Conseil d’Etat a ouvert une enquête administrative», a déclaré le conseiller d’Etat en charge de la Sécurité.

Moins de quatre mois après l’affaire Marie, n’aurait-on pas dû tirer des leçons? Il faut savoir qu’à la Pâquerette, les conduites peuvent théoriquement être assistées d’un gardien. Or «il est fréquent que ces délinquants sortent avec une seule personne», reconnaît le vice-président du Conseil d’Etat, David Hiler. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un détenu se fait la belle des lieux. En 2003, un délinquant sexuel d’origine belge avait faussé compagnie à son éducatrice pour retourner dans son pays. Le procureur général de l’époque, Daniel Zappelli, avait décidé pour des motifs de sécurité publique qu’aucune conduite ne pouvait se faire désormais sans un policier. Sept ans plus tard, le Tribunal administratif de Genève déclarait la décision du procureur illégale. Trop de questions demeurent sans réponses. Comment se fait-il que la disparition d’Adeline n’ait été signalée que jeudi vers 16 h à la police? N’y avait-il pas des moyens tout simples de localiser le détenu, par exemple avec un GPS? Pour avoir défendu beaucoup de victimes de viol, l’avocate Lorella Bertani sait que «si les mesures thérapeutiques permettent d’éviter les risques de récidive, il faut les entreprendre. Mais il ne faut absolument pas oublier la sécurité des gens travaillant avec ces personnages qui restent des individus dangereux.» (Le Matin)

Créé: 14.09.2013, 09h25

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