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France Affaire Maëlys: «Cette info pollue notre enquête»

Une nouvelle fuite, qui précise la date supposée de la reconstitution de la mort de la fillette du Jura français, a fait bondir le Parquet de Grenoble. Celui-ci s'insurge contre une «nouvelle pollution de l'enquête.»

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Depuis le départ, depuis cette nuit macabre du 26 au 27 août 2017, le procureur de la République de Grenoble, Jean-Yves Coquillat, a tenté de gérer la disparition de la petite Maëlys, 8 ans, de la manière la plus délicate possible. Lorsqu'il se présente face aux médias le 30 novembre dernier pour faire un point de situation sur l'enquête, il a les larmes au bord des yeux. Dans un long monologue, dans un silence religieux que seul le mitraillage des photographes brise, il est celui qui doit annoncer que la fillette n'est plus en vie. Il parle de son «corps». Et il confirme: «Cette affaire ne sera jamais résolue tant que le corps ne sera pas retrouvé». Peu avant, il a eu les parents de l'enfant au téléphone pour leur expliquer l'inéluctable. Elle ne reviendra pas. L'affaire est si lourde et si chargée.

La torture du silence

Par son mutisme, Nordahl Lelandais torture, insidieusement, une famille venue célébrer un mariage à Pont-de-Beauvoisin (Isère) lors duquel il enlève, séquestre et tue sa jeune proie, impuissante. Pas d'aveux. Pas de corps. Pas de sépulture. Durant près de six mois, l'unique suspect a joué avec la douleur des parents de Maëlys, de sa grande sœur et de tous ses proches. Tout comme il s'est joué de la souffrance qu'il a infligée à la mère, au père et au frère cadet du caporal Arthur Noyer, 24 ans, tué près de Chambéry (Savoie) une nuit d'avril 2017. Désormais, les deux victimes du meurtrier, liées, à leur insu, dans la même atrocité de fin de vie, reposent en paix, en terre.

Le secteur de la cascade de La Pissoire où ont été retrouvés les ossements de Maëlys. Le Matin/Evelyne Emeri

Le procureur Coquillat, toujours apparu très touché par la disparition de la petite Jurassienne et très investi dans la recherche de la vérité, avait déjà poussé un premier coup de gueule en octobre dernier. Exaspéré par des fuites répétées et extrêmement sensibles dans les médias, il déposait une première plainte pour violation du secret de l'instruction, visant clairement la Gendarmerie nationale, la Section de recherches de Grenoble et l'IRCGN (Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale). La procédure n'a pas encore abouti.

Les aveux forcés

Lorsque le 14 février, le prévenu est contraint à la confession, confondu par une microtrace de sang de Maëlys dans sa voiture, il avoue son geste prétendument involontaire. Et distille, enfin, quelques informations qui permettraient de localiser sa dépouille. Les enquêteurs vont jusqu'à créer un leurre pour contenir la meute de journalistes. Les rumeurs parlent du village de St-Franc (Savoie) et de sa forêt. En fait, c'est à 5 km de là que les opérations se déroulent sur les hauteurs d'Attignat-Oncin (Savoie), direction le hameau du «Morotiot» et le Mont Grêle (massif du Jura). Nordahl Lelandais emmène les trois juges d'instruction, le procureur Jean-Yves Coquillat, les gendarmes d'Isère et de Savoie et les chiens de recherche.

14 février 2018, le jour où Lelandais, acculé, indique où il a abandonné le corps de Maëlys en pleine forêt sur les hauteurs de la commune d'Attignat-Oncin (Savoie). On distingue la neige foulée par les enquêteurs et les chiens. Image: Le Matin/Evelyne Emeri

Jusqu'au moment où les véhicules policiers devront s'arrêter. La neige fait barrage. Ses occupants devront poursuivre à pied, espérant que l'ex-maître-chien reconnaisse l'endroit où il a déposé la fillette six mois plus tôt, en plein été. Ce sera long, très long et fastidieux. Maëlys; son cadavre; pire, ses ossements seront finalement découverts. Ce parcours, «LeMatin.ch» l'avait fait quelques jours plus tard, marchant sur les traces du monstre. Les pas des hommes et les pattes des chiens nous avaient conduits tout droit à la cascade de La Pissoire et encore bien au-delà dans la forêt sur ce chemin de randonnée très prisé.

L'inconscience et les conséquences

Dans un perpétuel souci de prévenance, le procureur de Grenoble a attendu que les obsèques de Maëlys aient lieu le samedi 2 juin, mais également celles d'Arthur Noyer qui se sont déroulées ce vendredi. La reconstitution de la mort de la fillette avait précisément été différée pour heurter le moins possible les familles, a indiqué le magistrat au Matin.ch. L'homme est en colère: «Cette fuite a des conséquences non négligeables. Annoncer une reconstitution à l'avance pollue notre travail. Cela relève de l'inconscience dans ce genre d'affaire médiatisée. Le principe même de la reconstitution, en cours d'instruction, est de pouvoir agir et procéder dans le plus grand secret et à l'abri des regards. C'est le gage de la réussite.»

Pour le reste, il nous renvoie au communiqué diffusé samedi à la suite de la révélation par nos confrères du «Dauphiné Libéré» de la potentielle date - ce jeudi 13 septembre - de cet acte de procédure capital. Aussi, s'en tenant au document du Parquet, il est précisé «qu'il n'est pas informé de cet acte judiciaire et qu'il en demandera le report quand l'ordonnance prévoyant cet acte lui sera notifiée comme le prévoit le Code de procédure pénale.» En outre, une deuxième enquête pour violation du secret de l'instruction a été ouverte. À ce stade, l'histoire ne dit pas encore si la date du 13 septembre était correcte. Ou pas.

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 09.09.2018, 18h56

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