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Témoignage choc Agressée, elle vit dans l’angoisse

Les abus sexuels subis par cette Lausannoise illustrent à quel point de telles agressions peuvent abîmer un être. Même lorsqu’il a le courage de les dénoncer.

Image: Sébastien Anex

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«J'encourage les victimes d’abus sexuels à porter plainte. Parler ne m’a pas extirpé de mon mal-être mais ne pas le faire aurait été pire!» Mia n’a pas attendu l’émoi qu’a suscité l’affaire Weinstein pour «balancer son porc» à la justice. Cette Lausannoise a porté plainte contre son abuseur le jour même des faits. Une affaire dont l’acte d’accusation vient de tomber.

Depuis, Pierre* attend son procès à la prison de la Croisée. «Grâce au courage de ma cliente, ce multirécidiviste vaudois de 39 ans n’aura pas eu l’occasion de laisser libre cours à ses pulsions sur d’autres», souligne Me Véronique Fontana, avocate de Mia. La jeune femme a croisé sa route le 14 janvier 2017. Cette nuit-là, elle tentait d’oublier sa dépression en célébrant son anniversaire par une tournée des bars lausannois. Seule. «Car je n’ai pas d’amis», lâche sur le ton de l’évidence celle dont la fragilité est palpable. Un «mauvais pressentiment»…

Au petit matin, Mia tombe sur son bourreau devant l’Aperto de la gare où elle est allée chercher du vin. La conversation s’engage avec cet homme qui lui dit s’appeler Mehdi. Mia l’invite à partager la bouteille dans son studio. «Sans arrière-pensée, précise-t-elle. J’étais ivre et seule.» Sur le moment, elle a un «mauvais pressentiment» mais l’ivresse l’empêche de s’y arrêter. Une fois chez elle, Mia et «Medhi» vident leurs 75 cl de vin et partagent un joint. Puis la Vaudoise sort chercher de la vodka au Denner. À son retour, son natel a disparu et son mauvais pressentiment ressurgit. «Je n’osais pas confronter mon invité alors j’ai fui dans le sommeil tandis que lui s’endormait sur le canapé.» Mia se réveille quelques heures plus tard, paniquée. Elle exige de «Medhi» qu’il parte.

L’homme voit rouge, saisit Mia par les cheveux et lui assène plusieurs coups de poing au visage, la projette sur le lit et lui fait subir de sévères attouchements. Il saisit ensuite sa victime par le cou et serre. «Avant j’étais pétrifiée mais à ce moment-là, j’ai cru que j’allais mourir et j’ai vu ma vie défiler. Alors je me suis débattue.» Les cris de Mia attirent l’attention de deux voisines ce qui provoque la fuite de «Mehdi».

C’est grâce à la vidéosurveillance de la gare que les policiers identifieront Pierre, un Colombien d’origine, adopté par des Suisses à 9 ans, et au casier chargé. En 2003, il a été condamné à 2 ans et demi de prison pour viol et acte sexuel avec un enfant. En 2007, il a écopé de 3 ans et 11 mois pour contrainte sexuelle. Sans parler des vols, infractions à la LCR et à la LStup, violation de domicile, injures et autre violences contre fonctionnaire. Lors des auditions, le prévenu a réfuté les abus sexuels et n’a concédé que de simples gifles alors que l’acte d’accusation précise que Mia a eu le nez fracturé sous ses coups et des examens attestent les violences sexuelles.

Neuf mois après son agression, malgré le soutien de sa famille et de son compagnon, Mia peine à canaliser ses angoisses lesquelles se manifestent parfois sous forme de spasmes et de tremblements. L’évènement l’a poussé à abandonner le suivi psychologique dont elle bénéficiait jusque-là. Le regard des autres lui pèse plus qu’auparavant et puis elle ressent de la culpabilité. «Même si je sais que cet homme a abusé de ma fragilité et de ma naïveté, au fond de moi, je me sens responsable de ce qui est arrivé», répète la Lausannoise.

Le procès de Pierre pour tentative de viol et mise en danger de la vie d’autrui aura lieu début 2018. Mia ne sait pas si elle s’y rendra. «Je redoute d’être confronté à lui», confesse la jeune femme.

Mia lors de son arrivée au CHUV le jour du drame. Ci-dessous, son agresseur peu après son arrestation.

*nom connu de la rédaction

Créé: 19.10.2017, 06h51

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