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Justice L'ancien cadre de l'État de Vaud a-t-il abusé de sa fillette?

Le père est accusé d'avoir contraint sexuellement sa fille dès l'âge de 6 ans. Il comparaîtra libre dès le 17 juin devant le Tribunal criminel de Vevey.

Ce procès criminel reprend ce lundi 17 juin à Vevey. Il avait été reporté en janvier 2018 à la demande de la défense, soucieuse de faire procéder à une expertise de crédibilité de l'enfant.

Ce procès criminel reprend ce lundi 17 juin à Vevey. Il avait été reporté en janvier 2018 à la demande de la défense, soucieuse de faire procéder à une expertise de crédibilité de l'enfant. Image: Maxime Schmid

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Cet ancien fonctionnaire de l'État de Vaud avait déjà fait parler de lui dans un tout autre contexte. A mille lieues d'une salle d'audience. Un contexte professionnel. En février 2015, à 53 ans, il témoignait à visage découvert dans «Le Temps» et se vantait d'avoir passé huit ans à ne presque rien faire pour son employeur, en étant «surpayé» et «sous-occupé», tout en conservant son salaire annuel de 150 000 francs.

Le fonctionnaire qui dérange

Responsable RH au Département de la santé et de l’action sociale (DSAS), il s'estimait «dépecé» de sa fonction. Il avait alors entrepris des formations, travaillé pour son compte personnel et usé de toutes les ficelles pour faire perdurer cette situation. Ce cas extrême était remonté jusqu'au Parlement vaudois auquel le Conseil d'État avait dû rendre des comptes. Le cadre avait fini par accepter une convention, assortie d'une indemnité de départ en 2014. Aujourd'hui, il travaille comme veilleur de nuit.

Le procès suspendu

C'est ce même homme que la justice poursuit et accuse d'avoir abusé dès 2015 de sa fillette, alors âgée de 6 ans. Il a été détenu plus d'un an depuis son arrestation fin 2016 suite à la dénonciation de son ex-conjointe. Son procès en janvier 2018 avait été suspendu au deuxième jour des débats. Son avocat avait requis une expertise de crédibilité de l'enfant compte tenu des gravissimes accusations qui pesaient sur son mandant.

Un acte de procédure qui n'avait pas été exigé auparavant et auquel la Cour avait accédé souverainement. Autre rebondissement, son défenseur avait obtenu la libération de son client jusqu'au réappointement de la nouvelle audience, moyennant des mesures de substitution.

De très lourdes charges

Le 17 juin, un an et demi après cet ajournement, le Tribunal criminel d'arrondissement de l'Est vaudois va rouvrir l'épais dossier de cette affaire dénoncée sur fond de conflit conjugal à couteaux tirés. Le quinquagénaire est renvoyé pour actes d’ordre sexuel avec des enfants, contrainte sexuelle et contrainte sexuelle aggravée, voies de fait qualifiées, tentative de contrainte, violation du devoir d’assistance ou d’éducation et violation d’une contribution d’entretien.

De très lourdes charges qui lui valent de comparaître devant cinq juges de Cour criminelle, qui peuvent théoriquement le condamner au-delà de 6 ans de peine privative de liberté.

Les faits retenus par le Parquet

Selon l'accusation portée par le procureur Anthony Kalbfuss, le père aurait régulièrement fait subir à sa fillette des attouchements. A son domicile et, partant, à huis clos. Elle aurait aussi assisté à ses masturbations répétées. L'individu admet avoir un penchant manifeste et compulsif pour l'onanisme et aimer s'y adonner de préférence dans les trains.

La petite fille aurait encore affirmé avoir été forcée à lui prodiguer des fellations et avoir été entravée avec du scotch, y compris sur ses yeux et sur sa bouche. Son papa lui aurait enfin interdit d'en parler à coups de menaces comme la priver de nourriture ou de pouvoir aller aux toilettes.

La crédibilité de la fillette

En janvier 2018, le Parquet et la défense s'étaient passablement houspillés. Ce lundi 17 juin, on peut dès lors déjà présager une reprise de procès mouvementée et une audience qui fera la part belle à une bataille d'experts et à une guerre entre parties sur l'interprétation de ces expertises de crédibilité au nombre trois.

Deux émanent des parties elles-mêmes. La troisième n'est autre que celle ordonnée l'an passé par le tribunal. Cette dernière sera minutieusement décortiquée et certainement longuemment discutée. Un spécialiste en analyse ADN est également convié à la barre. Du liquide séminal du père aurait été retrouvé sur le lit de la petite, de même que sur son nounours.

L'acquittement visé

Du côté de la partie plaignante, Me Coralie Devaud – nommée curatrice – représente l'enfant âgée aujourd'hui de 9 ans et Me Bertrand Gygax, sa maman. S'agissant du prévenu, Me Jacques Barillon défend le papa, qui a toujours contesté fermement l'intégralité des allégations portées à son encontre par sa fille. Me Barillon plaidera l'acquittement. Pour lui, «le dossier est vide» et l'expertise de crédibilité qu'il a obtenue auprès de la Cour lors des premiers débats de 2018 «laisse clairement planer un doute.»

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 14.06.2019, 07h33

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