Lundi 16 décembre 2019 | Dernière mise à jour 11:42

Incarcéré L'avocat a-t-il usé d'intimidation?

Un homme de loi valaisan dort en prison depuis une semaine. Son étude a été perquisitionnée. Il est accusé d’avoir menacé et influencé des témoins et/ou des parties.

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Un avocat au barreau se retrouve derrière les barreaux. Le dégât d’image est cataclysmique, la crédibilité explosée. Et son secrétariat répond «qu’il n’est pas disponible aujourd’hui». Georges (prénom fictif), jeune avocat installé à Martigny (VS), a été arrêté vendredi dernier. Ses bureaux ont été retournés à la faveur d’une perquisition ordonnée par la procureure Gwénaëlle Gattoni.

Après un week-end de garde à vue, le Valaisan a été placé en détention préventive sur décision du Tribunal des mesures de contrainte (TMC), réuni lundi. Le TMC a en effet admis un certain risque de collusion. «Le ministère public peut confirmer l’ouverture d’une instruction contre un avocat inscrit au barreau valaisan, nous précise par e-mail le procureur général, Nicolas Dubuis. Notamment pour menaces et tentative de contrainte ainsi que pour tentative d’entrave à l’action pénale, voire instigation à faux témoignage.»

Cette arrestation, révélée en quelques lignes dans Le Nouvelliste de mardi, laisse songeur. Après ses études à Lausanne, Georges a effectué différents stages à Martigny avant d’obtenir son brevet. Il a ensuite été collaborateur, puis associé. Selon nos sources, des problèmes sont survenus dans chaque cas de figure. Un caractère bien trempé et des moyens peu scrupuleux pour obtenir gain de cause lui auraient valu ces mésententes. «La présente affaire le confirme», nous glisse l’un de ses confrères. L’accusé a fini par s’installer seul.

Quel est le déclencheur de cette interpellation subite? «Deux plaintes (ndlr: une troisième pourrait survenir) déposées contre lui après des altercations survenues cet automne. Une sur la voie publique, l’autre dans un bar», explique Me Stefan Disch, avocat de l’avocat. «Il ne s’agit pas de bagarres avec des blessés, mais plutôt d’injures, d’insultes et de menaces, apparemment de part et d’autre. Il y a eu des contre-plaintes, du reste.»

Méthodes de cow-boy

Cela suffit-il pour incarcérer quelqu’un? Non. Hormis un homme au sang et au verbe chauds, l’actuel détenu est empêtré dans une affaire complexe. Les altercations évoquées par son défenseur sont en lien direct avec ce que lui reproche le parquet. Georges a voulu se mêler d’un dossier dans lequel il n’est ni partie ni même conseil!

Autrement dit, il aurait usé de son influence d’avocat pour intimider et menacer des témoins et/ou des parties, y compris par courrier. «Il s’agit d’une seule affaire, très émotionnelle pour lui. L’enquête du ministère public ne porte en aucun cas sur sa pratique professionnelle en général. J’insiste sur la présomption d’innocence. Ce qui lui arrive est extrêmement dommageable. Il faut faire preuve de la plus grande prudence», note encore le pénaliste vaudois.

Ces méthodes de cow-boy sont fâcheuses, qui plus est, pour un homme qui exerce une profession de loi et, en principe, de foi. Ses prises de contact et ses tentatives d’intimidation semblent l’avoir rattrapé. Président de la Chambre de surveillance des avocats, Me Jean-Yves Zufferey, invoque le secret professionnel. Et la bâtonnière, Me Carole Ambord, le devoir de réserve. Rien ne filtrera sur l’un des leurs.

Créé: 08.12.2017, 11h34

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