Dimanche 15 septembre 2019 | Dernière mise à jour 13:59

Justice Baston gratuite dans le M1: un des cogneurs recourt

Le procureur avait requis de la prison ferme à l'encontre des agresseurs de trois jeunes passagers. Le Tribunal leur avait accordé le sursis total... Une des petites frappes nie toujours son implication. Et fait appel.

Les agresseurs avaient frappé trois jeunes gens sans raison dans le M1 un week-end de septembre 2016 et encore par la suite à l'arrêt Bourdonnette, près de l'UNIL. Une des victimes avait même été projetée sur les rails du métro lausannois.

Les agresseurs avaient frappé trois jeunes gens sans raison dans le M1 un week-end de septembre 2016 et encore par la suite à l'arrêt Bourdonnette, près de l'UNIL. Une des victimes avait même été projetée sur les rails du métro lausannois. Image: Transports lausannois

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Roués de coups au hasard et sans raison dans le métro lausannois (voir ci-contre) les trois jeunes gens espéraient que la justice vaudoise prononcerait des peines ferme lors du verdict tombé le 10 octobre dernier. Pas forcément à l'encontre des quatre assaillants, qui les ont chargés et molestés intentionnellement au petit matin du samedi 10 septembre 2016. Mais en tout cas à l'encontre des plus actifs, dont le meneur.

Peine perdue pour ces victimes – une jeune femme (21 ans), son frère (20) et leur copain (20) – qui attendaient des juges de première instance une reconnaissance plus massive de l'agression subie et de sa sauvagerie ahurissante, un message plus fort. Des sursis partiels a minima, des bracelets électroniques, pourquoi pas? Histoire que leurs agresseurs sentent passer le vent du boulet, au-delà des trois semaines de détention préventive intervenues juste après les faits.

Proc' vs Tribunal: le grand écart

Le salut et les espérances des parties plaignantes ne viendront pas du procureur Jérémie Müller, qui avait soutenu l'accusation lors du procès. Le magistrat avait pourtant requis sévèrement. De la prison ferme pour trois des quatre accusés, considérant que c'était là l'unique solution de remettre ces petites frappes sur les rails: 24 mois; 15 mois; 20 mois dont la moitié assortie du sursis pendant 5 ans; et, pour le quatrième, 12 mois avec sursis complet durant 3 ans.

Le Tribunal de Lausanne s'était plus que sensiblement distancé de son réquisitoire. Il avait estimé devoir laisser une chance aux quatre attaquants en raison de leur jeunesse, de leur situation professionnelle ou estudiantine stable et de leurs excuses (3 sur 4). Il n'empêche que les peines arrêtées en première instance – 12, 15, 18 et 20 mois avec sursis total durant 5 ans – tranchent radicalement puisqu'elles excluent toute nouvelle incarcération, à moins d'une récidive au cours du délai d'épreuve.

Pas d'appel du Ministère public

Mouché par les juges de première instance, le Parquet rend les armes. Il ne recourra finalement pas, a-t-il confirmé au «Matin» mercredi. Le procureur Jérémie Müller précise que «le Ministère public (MP) est d'avis que le fait que les coaccusés aient un emploi, soient en apprentissage, en formation, etc, doit être pris en compte. Le risque de récidive est amoindri et les faits sont lointains. En outre, la chance que la Cour d'appel pénale (CAPE) prononce des peines ferme est faible.» Cette sauvage agression ne s'arrêtera pourtant pas à l'absence de recours du MP et connaîtra une suite judiciaire devant le Tribunal cantonal (TC).

Me Christian Jaccard, avocat du jeune qui nie toute participation à cette baston sauvage, tout en admettant l'avoir observée de loin sans intervenir, a formé appel le 3 décembre contre le jugement du Tribunal correctionnel de Lausanne. Lors de sa plaidoirie, l'homme de loi avait conclu à l'acquittement de son client dont l'implication resterait floue. C'est donc sans surprise qu'il monte au TC. Étudiant à l'École romande d'arts et communication (Eracom), son client a écopé de 15 mois avec sursis durant 5 ans et persiste à dire qu'il n'a rien fait. Contestation balayée en première instance, les éléments de preuves, y compris ceux apportés par ses trois acolytes, étant suffisamment étayés.

Double message

Dès la révélation de cette affaire au moment de la tenue du procès et davantage encore lors de l'annonce des sanctions toutes assorties du sursis, la vox populi et les réseaux sociaux avaient surchauffé. Libres, ces quatre jeunes condamnés – employés, gymnasiens ou en formation âgés de 20 à 23 ans –, n'ont pas d'épée de Damoclès au-dessus de leur tête, tout juste un canif. Durant cinq ans, ils ne doivent pas récidiver. Tout de même. Pour le détail, l'un d'eux a déjà plus plusieurs condamnations à son compteur pour des infractions à la LCR (loi fédérale sur la circulation routière). Comment dans ces conditions ne pas ressortir gonflés à bloc du Palais de Justice de Montbenon?

La sortie du Palais de Justice, précisément. «Une seule réaction dans le public et je vous fais sortir.» Le 10 octobre dernier, à l'heure du verdict, le président de céans, Alexandre Feser, avait prévenu le public soudainement présent et surtout fourni. Confiants, les coprévenus étaient accompagnés d'une bonne vingtaine d'amis, venus écouter la sentence de leurs potes, voire narguer par leur seule présence. Au sortir, les visages de ces auditeurs furtifs étaient souriants, certains se retenaient de rire, d'autres pouffaient sous capuche. Après avoir entendu les remontrances de la Cour – «Vous alimentez le sentiment d'insécurité» ou «Vous avez eu un comportement barbare» ou encore «C'est comme dans les jeux vidéo. On frappe et on élimine juste pour le fun. Vous vous en êtes pris au bien le plus précieux, gratuitement: l'intégrité physique» –, les condamnés (20, 20, 21 et 23 ans) étaient repartis, quasi, la fleur au fusil, forts de leur sursis complet.

La date de l'audience d'appel au TC n'est pas encore connue.

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 26.12.2018, 13h14

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.