Mardi 12 novembre 2019 | Dernière mise à jour 23:54

Jura Bébé poubellisé: la mère reste hospitalisée, le «père» est libre

La jeune maman du nouveau-né, abandonné sur un parking de Reconvilier (BE), vit bien dans ce village. Le procureur la maintient en hospitalisation forcée, sous surveillance.

Le nouveau-né a été retrouvé sans vie dans un sac poubelle taxé «Celtor», du nom de l'entreprise qui gère les déchets dans la région de Reconvilier. Le sac était partiellement ouvert et peu rempli, c'est ce qui a attiré l'attention des employés de la voirie.

Le nouveau-né a été retrouvé sans vie dans un sac poubelle taxé «Celtor», du nom de l'entreprise qui gère les déchets dans la région de Reconvilier. Le sac était partiellement ouvert et peu rempli, c'est ce qui a attiré l'attention des employés de la voirie. Image: DR

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Que s'est-il passé mi-janvier à Reconvilier? Un accouchement à domicile et dans le village où résident la maman de 22/23 ans et l'homme, plus âgé, qui ont été interpellés au lendemain de la macabre découverte du jeudi 17 janvier. Ce dernier nierait être le papa de ce bébé de sexe féminin, jeté comme un déchet dans un sac poubelle, abandonné à l'entrée du parking entre la halle de tennis et la salle des fêtes de la commune du Jura bernois. L'ADN le dira. Seule certitude: l'enfant était bien vivante à sa naissance. Ce qui donne lieu aux pires projections et aux pires égarements.

Lésions traumatiques constatées?

Depuis le début, le Ministère public du Jura bernois-Seeland et la police cantonale bernoise distillent les informations avec la plus grande prudence et une bienveillante pudeur eu égard aux personnes impliquées et à leurs proches. L'affaire est ultrasensible et bouleversante. Les limiers et les médecins légistes sont à pied d'œuvre pour déterminer les circonstances de ce drame morbide, le mobile et les causes du décès. L'enquête a été classée prioritaire. Même si l'examen externe – lésions traumatiques visibles à l'œil nu – lors de l'autopsie a déjà révélé ses secrets, les forces de l'ordre ne communiquent plus à ce stade. Tout est verrouillé. Les éléments en cours d'instruction pèseront très lourd au moment de figer les responsabilités, les culpabilités et les infractions pénales.

L'enfant gisait au fond d'un sac poubelle près d'une barrière à l'entrée de ce parking de Reconvilier, réservé aux clients de la salle des fêtes (tout à droite) et de la halle de tennis (en arrière-plan). L'endroit se situe légèrement à l'écart du village, au bout d'un quartier de villas. DR

L'individu relaxé est-il le géniteur?

L'homme, arrêté le vendredi 18 janvier et placé en détention provisoire un peu plus de vingt-quatre heures après que deux employés de la voirie tombent sur ce sac poubelle maudit, a été libéré, ce que confirme au «Matin» Christoph Gnägi, porte-parole de la police: «Le Ministère public a estimé qu'il n'y avait plus de raison de le garder en détention.» Est-ce à dire qu'il est totalement hors de cause et qu'il n'était même pas au courant de cette grossesse? Etait-il présent au moment de l'accouchement? A-t-il participé d'une manière ou d'une autre à cet abandon particulièrement cruel? Est-il le père biologique? Quel rôle a-t-il joué dans ce scénario funeste? En l'état, le communicant ne peut s'exprimer sur aucune de ces interrogations: «Les deux se connaissent. C'est tout ce que je peux dire.»

Hospitalisée de force et surveillée

La maman de la toute petite est domiciliée dans la commune de Reconvilier. L'individu relaxé, aussi. Le maire du village, Daniel Buchser, en atteste: «Ils ne vivaient pas à la même adresse. On ne sait pas dans quelle mesure cet homme est impliqué. Les employés ont vu un sac qui n'était pas à sa place. C'est le hasard. Il n'était pas fermé et presque vide. L'enfant était décédée quand ils l'ont trouvé. Nous soutenons nos deux collaborateurs au mieux.» Egalement interpellée peu après les faits, la jeune fille n'avait pas été envoyée en prison comme son ami. «Le procureur a ordonné une hospitalisation forcée. Elle est sous surveillance, elle n'est pas libre», poursuit le répondant presse. Sa santé psychologique ayant été jugée par trop fragile, le Parquet l'avait fait admettre dès son identification (comme étant la mère) dans une institution psychiatrique, afin d'y recevoir des soins appropriés. Cette mesure n'a pas été levée par le Ministère public.

«Je ne l'ai jamais vue enceinte»

A Reconvilier, 2300 habitants, tous savent qui est la mère et l'homme qui a recouvré la liberté, du moins leur nom. Beaucoup connaissent les parents de la maman, installés là de longue date, leurs amis ou leurs connaissances. «C'est très triste. Nous sommes tous bouleversés. Son copain a été relâché», lâche une commerçante. Une autre: «Je ne l'ai jamais vue enceinte, mais vous savez, en hiver, avec les manteaux...». Au-delà de l'ignominie de l'acte, deux questions centrales et factuelles tournent en boucle au sein de la population de toute une vallée endeuillée: comment est mort ce nourrisson et combien de temps après sa naissance? Néonaticide (homicide commis sur un enfant né depuis moins de 24 heures)? Infanticide? Déni de grossesse? Geste désespéré? La maman était-elle si isolée pour n'avoir pas d'autres issues que de se débarrasser de la chair de sa chair? Quelle que soit la clef du mystère, elle sera pétrifiante.

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 05.02.2019, 07h42

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