Lundi 22 octobre 2018 | Dernière mise à jour 17:41

Nuits lausannoises «Ce n'est pas la bonne solution»

Les patrons de bars et clubs de la capitale vaudoise parlent d’une seule voix pour dénoncer les réformes politiques visant à «pacifier» la vie nocturne de la ville.

Les exploitants de sept clubs phares de la ville (de g. à dr.: Mica Club, Lido et Great Escape, Buzz, XIIIe Siècle, Zinc et Lapin Vert) craignent pour leur avenir.

Les exploitants de sept clubs phares de la ville (de g. à dr.: Mica Club, Lido et Great Escape, Buzz, XIIIe Siècle, Zinc et Lapin Vert) craignent pour leur avenir. Image: Jean-Guy Python

Les mesures de la discorde

BARS ET CLUBS SOUS PRESSION
Les établissements nocturnes devront remplir une série de conditions pour pouvoir continuer à fonctionner entre 3 h et 5 h du matin. Engager un nombre minimum d’agents privés de sécurité, payer une formation au personnel existant, disposer de détecteurs de métaux, ou encore contribuer au nettoyage de l’espace public.

VENTE D’ALCOOL INTERDITE LE SOIR
Les quelque 70 magasins lausannois autorisés à vendre de l’alcool 7 jours sur 7 jusqu’à 22 h devront fermer à 19 h le vendredi et à 18 h le samedi. Les commerces de la gare ne seront en revanche pas inquiétés, terrain «fédéral» oblige.

CONSOMMATION D’ALCOOL INTERDITE DANS CERTAINS QUARTIERS
Les noctambules qui boiront de l’alcool dans les rues ou parcs du centre-ville seront désormais en infraction.

TROUBLE-FÊTE INTERDITS DE PÉRIMÈTRE
Les dealers ou toute personne «menaçant ou troublant la sécurité et l’ordre public» pourront être interdits de périmètre pour une durée maximale de trois mois.

ÉDITORIAL

Les nuits lausannoises donnent le vertige aux édiles de la ville. A tel point qu’ils voient double! Hier, à l’heure de présenter des mesures pour «pacifier» ces nuits, le nouveau responsable de l’ordre public, le socialiste Grégoire Junod, s’est senti obligé d’inviter son camarade Marc Vuilleumier, qui vient pourtant de refuser de s’en occuper.

Touchant duo, qui aurait mieux fait de se taire. Rien d’abouti et de coordonné dans leurs mesurettes. Du rimmel politique bon marché sur les dérives violentes du supermarché romand de la nuit qu’est devenue Lausanne. En gros, après avoir envisagé de fermer plus tard les boîtes pour éviter les émeutes de l’aube, on nous dit maintenant qu’il faut fermer plus tôt les robinets à alcool et les taxer davantage.

En face, les industriels de la nuit que sont devenus les patrons des grandes boîtes pleurnichent, estimant être injustement rendus responsables de tous les maux de la nuit. Ils n’apprécient qu’une seule mesure: l’interdiction de boire de nuit dans les rues. Evidemment, ça rapporte plus chez eux!

Les jeunes adeptes de la biture express et les casseurs en herbe n’ont pas fini de rigoler face à ces adultes incapables de s’entendre sur les moyens de faire régner un minimum d’ordre et de sécurité. Pour être pris au sérieux, les parents ont intérêt à parler d’une seule voix à leurs ados. Les «acteurs» des nuits lausannoises, tant publics que privés, sont loin du compte. Presque de quoi avoir envie de boire un coup pour oublier cette triste surenchère politico-commerciale à propos d’un vrai problème de société.

Ludovic Rocchi, journaliste

Ces mesures sont-elles les bonnes?

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«On nous rend responsables de tout, sans nous avoir consultés!» Les tenanciers d’établissements nocturnes lausannois ne cachaient pas leur amertume, hier, après avoir été informés du «premier train de mesures» de l’exécutif pour «pacifier» la vie nocturne de la capitale vaudoise (voir encadré). «C’est un moyen de pression énorme, nous ne savons pas à quelle sauce on va être mangés!» nous confie Antoine Piguet, tenancier du club Le XIIIe Siècle, en séance de crise avec ses confrères de six autres enseignes de la place.

Nouvelles exigences de la Ville

«Nous espérons rendre Lausanne un peu moins attractive», avait lancé un peu plus tôt le municipal de la police démissionnaire, Marc Vuilleumier (POP), en conférence de presse, aux côtés de son successeur, Grégoire Junod (PS). «Le but est d’être prêts lorsque les nuits redeviendront chaudes, au propre comme au figuré», a expliqué l’élu socialiste. L’idée phare du projet de réformes consiste à imposer aux établissements nocturnes une série d’exigences pour pouvoir continuer à fonctionner. «Certains ne pourront pas respecter ces conditions, a prévenu d’emblée Grégoire Junod. Nous espérons cependant que ces mesures seront bien accueillies.»

C’est mal parti. «Le remède présenté n’est pas la solution, le problème n’a pas été pris du bon côté», estime Laurent Bigler, à la tête du Great Escape, du Buzz et du Lido. Les acteurs de la nuit s’interrogent notamment sur les bienfaits d’engager davantage d’agents privés de sécurité si ceux-ci n’ont pas le droit d’intervenir sur le domaine public. Si ce n’est pour appeler la police.

Autre problème mis sur la table: avec une heure légale de fermeture avancée d’une heure, les établissements désirant rester ouverts jusqu’à 5 h du matin devront payer une taxe deux fois plus élevée. «Ils nous prennent pour des machines à fric!» s’emporte Olivier Hagmann, patron du Lapin Vert. Une mesure qui permettrait à la Ville d’engranger près de 420'000 francs supplémentaires chaque année, selon certaines estimations. «Nous voulons savoir où ira cet argent», insiste Jérôme Lorin, manager du Zinc et du Mica Club.

Diviser pour régner

Par-dessus tout, les professionnels de la nuit craignent de ne pas tous être logés à la même enseigne. La police du commerce établira pour chaque établissement le nombre minimal d’agents de sécurité et la taille de la zone de l’espace public qui devra être nettoyée aux frais des exploitants. Et Samuel Barbarit, du Buzz Club, de conclure: «Les autorités veulent nous diviser pour mieux régner!» (Le Matin)

Créé: 31.10.2012, 05h54

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