Mercredi 22 novembre 2017 | Dernière mise à jour 15:02

Etats-Unis Condamnée pour avoir poussé son ami au suicide

Une jeune Américaine de 20 ans a été jugée coupable d'homicide involontaire pour avoir poussé son ami au suicide, via textos et coups de téléphone.

Michelle Carter avait 17 ans à l'époque des faits, en juillet 2014. Conrad Roy en avait 18. Image: Twitter

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Après huit jours d'audiences devant le tribunal pour enfants de Taunton, dans le Massachussets, le juge Lawrence Moniz a déclaré coupable la jeune fille, aujourd'hui âgée de 20 ans, mais 17 seulement à l'époque des faits, en 2014.

Son petit ami, Conrad Roy, 18 ans à l'époque, avait été retrouvé mort dans sa camionnette le 12 juillet 2014, garée dans le parking d'un supermarché près d'une pompe à eau qu'il a utilisée pour remplir son véhicule de monoxyde de carbone.

Au final, ce ne sont pas tant les nombreux textos dans lesquels la jeune fille a encouragé Roy, aux tendances suicidaires avérées, à passer à l'acte qui semblent avoir emporté la conviction du juge, mais un coup de téléphone entre les deux adolescents.

«Retourne dedans!»

Roy avait déjà commencé à passer à l'acte, en emplissant sa camionnette de monoxyde carbone, a souligné le juge Moniz, en expliquant sa décision lors d'une audience retransmise en direct par les télévisions locales.

Alors que l'air dans le camion devient irrespirable, le jeune homme en sort et les deux jeunes se parlent longuement au téléphone: «Retourne dedans!» lui intime alors Michelle Carter, selon la retranscription de leur conversation produite par l'accusation. Ce qu'il fera, tout en restant au téléphone avec elle. Elle l'entend commencer à tousser, se sentir mal, mais ne préviendra personne, ni la police, ni sa famille dont elle avait pourtant les coordonnées. Le juge a estimé que c'était ce comportement «vicieux et dangereux» qui avait «causé la mort de Mr. Roy».

Alors que l'accusée pleurait en silence aux côtés de son avocat, il a déclaré Michelle Carter «coupable du chef d'accusation d'homicide involontaire». La jeune fille, le regard souvent fixe, toujours impeccablement habillée, avait assisté aux débats entamés le 6 juin sans prendre la parole. Comme le droit américain l'y autorise, son avocat, Joseph Cataldo, a préféré ne pas l'appeler à la barre et l'exposer à un contre-interrogatoire toujours risqué de l'accusation.

M. Cataldo avait tout fait pour éviter le procès, arguant d'un dossier d'accusation insuffisant au motif que la jeune fille n'était pas présente aux côtés de Roy lors de son suicide. Mais ses appels avaient été rejetés.

Délires mégalomanes

Le procès a brossé le sombre portrait de deux adolescents perturbés, sous traitement médicamenteux, qui s'étaient rencontrés lors de vacances en Floride en 2012 mais dont la relation s'était résumée ensuite essentiellement à des échanges par textos et coups de téléphone.

La défense comptait beaucoup sur le témoignage du psychiatre Peter Breggin, qui a décrit en détails, à la demande de la défense, les médicaments que prenait Michelle Carter, traitée dès l'âge de 14 ans pour dépression.

Elle a ainsi pris le célèbre anti-dépresseur Prozac pendant huit mois, avant que la dose ne soit réduite, puis le traitement arrêté et recommencé une nouvelle fois. Selon ce médecin, le traitement l'aurait «involontairement intoxiquée», causant chez la jeune fille des délires mégalomanes qui l'incitaient à penser qu'elle seule pouvait mener Roy vers la mort et s'occuper ensuite de sa famille. Mais le juge Moniz a estimé que ce témoignage ne suffisait pas à oblitérer «l'intentionnalité» du comportement de Michelle Carter.

La salle du tribunal de Taunton était pleine vendredi pour l'annonce du verdict. Le suspense était d'autant plus grand que l'Etat du Massachussets n'a pas, contrairement à d'autres Etats américains, de loi pénalisant l'encouragement au suicide. La décision du juge Moniz pourrait relancer le débat sur la responsabilité dans le suicide d'autrui.

«Il reflète la volonté de la justice d'étendre la responsabilité juridique en cas de suicide d'une autre personne, alors que par définition l'acte est le résultat d'un choix complètement indépendant,» a estimé juste après la décision Danny Cevallos, expert en droit cité par CNN. Michelle Carter devrait connaître sa sentence le 3 aout. Elle encourt jusqu'à 20 ans de prison en cas de condamnation. (afp/nxp)

Créé: 16.06.2017, 19h28


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