Lundi 11 décembre 2017 | Dernière mise à jour 08:24

Crise Un EMS vaudois biffe un quart de ses effectifs

Six soignantes du home de l’Hôpital de Pompaples (VD) ont été mises à pied ou ont changé de service avec effet immédiat. Accusées de maltraitance, elles contestent.

Image: Sebastien Anex

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Certaines avaient entre deux et quatre ans de service, Paolita* et Rose* comptaient même 11 et 16 ans de «boîte». Toutes ont entre 48 et 62 ans, certaines sont mères monoparentales avec enfants à charge. Il y a deux mois, ces six employées de l’EMS vaudois du Nozon – une unité de l’Hôpital Saint-Loup, situé sur les hauteurs de Pompaples, entre Cossonay et Orbe – ont été suspendues avec effet immédiat par la direction des Établissements hospitaliers du Nord vaudois (eHnv), basée à Yverdon. Trois d’entre elles ont ensuite été licenciées; les autres ont dû changer de service ou ont été carrément mises à la retraite. Soit un quart des effectifs du home, qui totalise une vingtaine de collaborateurs.

«La directrice des soins m’a annoncé par téléphone que je n’avais plus le droit de remettre les pieds à l’EMS jusqu’à un entretien individuel agendé deux semaines plus tard, en raison de maltraitances», témoigne une aide-infirmière congolaise de 51 ans, désormais en recherche d’emploi. «J’étais choquée d’apprendre mon licenciement de cette manière et de me retrouver du jour au lendemain interdite d’accès au home, comme si j’étais une criminelle…»

«Aucune preuve»

«Lors de mon audition, on m’a reproché des agissements dont il n’existe aucune preuve, si ce ne sont des pseudo-témoignages de collègues qui veulent me nuire, dénonce une assistante en soins et santé communautaire. Comme le fait d’avoir débarrassé le plateau d’une dame sans qu’elle ait mangé, alors que j’avais bien expliqué que la résidente avait tout renversé.»

«Je n’avais jamais eu la moindre remarque ou le moindre avertissement en plus de 11 ans de service, complète Paolita, veilleuse de nuit originaire d’Haïti. Un collègue m’a reproché d’être agressive, un autre d’avoir mangé les desserts que des patients n’avaient pas touchés. Alors que c’est une pratique courante au sein de l’équipe…»

À Malika*, aide-soignante camerounaise, la direction des soins reproche d’avoir «angoissé» une résidente en faisant usage du «doudou» fétiche de la retraitée. «C’était un dimanche, il n’y avait pas d’animation. Une collègue et moi avions proposé à cette dame de jouer avec sa peluche. On voulait juste s’amuser avec elle!» assure l’incriminée. Malika précise d’ailleurs avoir contribué, le printemps dernier, à mettre sur pied un groupe de travail qui a abouti à une rencontre avec la commission du personnel. «On n’en pouvait plus de nos conditions de travail en sous-effectifs, à galoper tous les jours comme des cabris sans compter la charge presque quotidienne de former des intérimaires.»

Quant à Rose, son principal manquement remonterait à près de… trois ans. «On m’a reproché d’avoir bousculé la chaise haute sur laquelle était assise une résidente, ce qui aurait entraîné une fracture à une jambe.» Ce grief n’avait fait l’objet d’aucune réclamation avant l’enquête interne menée par la direction des soins des eHnv, composée de deux femmes cadres, en couple dans le privé.

«Selon nos informations, il semble que les collaborateurs ont été très fortement incités à dénoncer leurs collègues suspendues, dans une volonté manifeste de s’en débarrasser, en prétextant des faits anciens n’ayant jamais posé de problème ou en invoquant des bruits de couloir anonymes que l’on tient pour acquis, déplore l’avocate de quatre soignantes remerciées, Me Virginie Rodigari. Le message implicite sous-jacent était clair: c’était elles ou eux.»

«Une situation exceptionnelle»

«Nous n’avons pas incité le personnel à la délation», réagit la directrice des soins, Christiane Kordo, tout en qualifiant les six départs de «situation exceptionnelle» pour les eHnv. «Nous avons effectivement rencontré l’ensemble des collaborateurs de l’EMS, suite à des plaintes de résidents ou de leurs proches. Nous leur avons demandé de nous dire ce qu’ils savaient sur le fonctionnement du service de manière générale, mais sans demander des informations ou nommer des employés en particulier.» Et de nier toute purge d’éléments contestataires: «Nous ne mettons pas des gens à l’écart simplement parce qu’ils contestent. Si l’on a dû cesser nos relations de travail avec certaines personnes, c’est pour garantir le bien-être de nos résidents.»

La thèse d’un «dégraissage» avant la revente prochaine des unités d’hébergement médico-sociaux du réseau hospitalier est également contestée: «Quel que soit l’exploitant d’une telle unité, il se doit de répondre à des normes précises, notamment quant aux infrastructures, à l’organisation et au personnel. Il est donc totalement infondé d’imaginer cela.» Les prud’hommes d’Yverdon sont d’ores et déjà avisés du litige.

* Prénoms d’emprunt (Le Matin)

Créé: 11.08.2017, 06h42


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