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Viols Après les Etats-Unis, la France met Uber sur le gril

Suite à plusieurs plaintes pour agression sexuelle dans l'Hexagone, la plateforme américaine devra s'expliquer jeudi prochain devant le gouvernement français.

Sur cette photo prise samedi dernier (7 décembre 2019), un tag accusateur sur un monument parisien.

Sur cette photo prise samedi dernier (7 décembre 2019), un tag accusateur sur un monument parisien. Image: Thomas Samson/AFP

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Uber, qui a révélé avoir enregistré des milliers d'agressions sexuelles aux Etats-Unis, est aussi en pleine polémique après une série de plaintes de clientes en France où la plateforme sera reçue jeudi par le gouvernement qui lui demande des comptes.

«J'ai pris un Uber car j'avais peur de ce qui pourrait arriver si je m'endormais dans le métro»: Camille*, 25 ans, raconte à l'AFP comment en juillet dernier, en sortant d'un festival, elle est prise en charge par une voiture commandée via la plateforme du géant américain. Après quelques minutes, elle se rend compte que le chauffeur «était en train de se toucher».

Elle porte plainte le jour-même et, lorsque le mot-clé #Ubercestover est devenu viral sur les réseaux sociaux, la plateforme a transmis la plaque et l'identité de son chauffeur aux autorités, selon Camille et Uber France.

«Une faille dans le système»

«Auparavant, si les forces de l'ordre ne nous contactaient pas, nous ne donnions pas les informations», explique à l'AFP Rym Staker, chargée de la communication de l'entreprise. Après les cas qui ont été rapportés, «nous avons décidé d'agir pro-activement dès que la victime a porte plainte, même si nous ne recevons pas de demande de transmission d'informations des forces de l'ordre».

Anaïs*, 25 ans, a été violée dans un véhicule Uber en 2016. Son agresseur, condamné en première et deuxième instance à 8 ans d'emprisonnement, s'est pourvu en cassation.

«J'étais saoule», raconte la jeune femme à l'AFP, «la fatigue fait que je m'écroule sur la banquette». Elle se souvient d'avoir entendu le moteur se couper. Puis «la douleur me fait émerger de mon inconscience, je me débats comme je peux mais ça ne marche pas».

Après le viol, l'homme dépose Anaïs chez elle et sa colocataire prévient la police. L'ADN parle: c'était en fait le frère de «celui qui avait le compte Uber».

Malgré son témoignage qui a fait grand bruit sur les réseaux sociaux, Anaïs n'avait toujours pas été contactée par Uber vendredi. Mme Staker assure qu'Uber dispose de son adresse électronique et «souhaite entrer en contact avec elle».

Anaïs témoigne car elle estime qu'«il y a une faille dans le système». Elle veut que «la parole se libère».

«situation très préoccupante»

C'est justement pour que la «parole des victimes soit entendue» qu'Anna Toumazoff, «influenceuse» et activiste féministe, a lancé la semaine dernière le mot-clé #Ubercestover.

Le 17 novembre, elle raconte aux 30 000 abonnés de son compte Instagram les cas de Sonia et Noémie, qui disent avoir été agressées par le même chauffeur à deux ans d'intervalle à Strasbourg.

«Je pensais que grâce à cette plateforme, j'allais mettre en relation ces deux personnes avec Uber et que le problème se réglerait entre eux», se souvient Anna Toumazoff. Mais le géant des VTC ne réagit pas, pire encore, «les commentaires Twitter qui signalent le problème sont supprimés».

Depuis, l'entreprise s'est confondue en excuses. Avoir supprimé les commentaires «est inacceptable», reconnaît Steve Salom, patron d'Uber pour la France. «C'est un système de modération automatisé qui a malheureusement effacé les tweets», explique-t-il à l'AFP, assurant qu'Uber France a «immédiatement arrêté d'utiliser ce système».

Parallèlement, des témoignages affluent dans les messages privés d'Anna Toumazoff, qui découvre que les cas de Noémie et Sonia ne sont pas isolés. «J'ai reçu 700 témoignages»: des femmes «harcelées, agressées, violées» par des chauffeurs Uber alors qu'elles «voulaient simplement rentrer en sécurité».

La «multitude de témoignages» de victimes de chauffeurs Uber dépeignent «une situation très préoccupante», déclare à l'AFP la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité femmes/hommes Marlène Schiappa. «Certaines n'avaient jamais eu de réponse de la part d'Uber, il n'y a rien de pire que de prendre son courage à deux mains pour témoigner et de ne pas avoir de réponse.»

Marlène Schiappa rencontrera jeudi les dirigeants d'Uber France. «Il faut qu'Uber rende des comptes», affirme-t-elle. «Lors de cette réunion, nous allons prendre au cas par cas les histoires qui me sont remontées et parler, au global, de ce qui est mis en place pour les femmes qui utilisent Uber».

Cette mise en demeure du gouvernement français intervient après la révélation jeudi par l'entreprise que 5981 agressions sexuelles (attouchements, tentatives d'agression, viols) ont été rapportées par des utilisateurs ou des conducteurs de son service, ainsi que des tiers, aux Etats-Unis en 2017 et 2018.

* Camille et Anaïs n'ont pas souhaité que leur nom de famille apparaisse (AFP/Le Matin)

Créé: 08.12.2019, 16h23

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