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Drame Expulsion fatale à Chambéry: «On est tous sidérés»

Le décès d'un père lors de l'expulsion d'une famille de l'appartement qu'elle occupait illégalement a bouleversé tout un quartier. Des voisins témoignent.

Le famille a été expulsée de cet immeuble, à Chambéry (F).

Le famille a été expulsée de cet immeuble, à Chambéry (F). Image: Google street view

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Mercredi dernier, un homme d'une cinquantaine d'années a perdu la vie, victime d'une crise cardiaque alors qu'il s'opposait à l'expulsion de sa famille de l'appartement qu'elle occupait à Chambéry (F).

Dans le quartier, les cris, notamment ceux des enfants, ont attiré l'attention des voisins, dont plusieurs ont assisté de la scène. «[Les policiers] l’ont traité comme un chien, ce n’est pas humain. Ils savaient qu’il était malade, qu’il avait un pacemaker: ils sont déjà venus deux fois», assure l'un d'eux au «Dauphiné libéré».

C'était en effet la troisième tentative d'expulsion que subissait la famille pour le même appartement, où elle vivait «sans droit ni titre» depuis de nombreux mois, selon le parquet de Chambéry. Alors que les deux précédentes s'étaient déroulées sans heurt, dans le quartier, on peine à comprendre pourquoi celle-ci a dégénéré.

«On est tous sidérés. Comment expliquer qu’on en vienne, aujourd’hui en France, à mourir pour un appartement insalubre. C’est vraiment choquant», confie un témoin au quotidien français. «Comment lui en vouloir, il a agi en père de famille, en voulant protéger ses enfants et sa femme.»

«Vaines tentatives»

Il y avait déjà eu «deux vaines tentatives» d'expulsion les 3 et 14 juin, en vertu d'une décision judiciaire d'octobre dernier, a précisé le parquet de Chambéry jeudi soir. Le père de famille «avait refusé toutes les propositions de logement qui lui avaient été faites depuis son arrivée à Chambéry au mois d'août 2017, choisissant de s'installer dans cet appartement inoccupé».

«Il avait également refusé l'aide des services sociaux et la famille était suivie par le Juge des Enfants de Chambéry. Il s'était déjà montré menaçant à plusieurs reprises envers le personnel du bailleur social et des travailleurs sociaux», insiste le parquet.

Quand les policiers sont arrivés mercredi, accompagnés d'un huissier et d'un serrurier, aucun incident n'était à déplorer avec l'épouse. Mais le père de famille s'est ensuite présenté «très énervé» et s'est montré «insultant et menaçant envers l'huissier», tout en se blessant «en brisant une vitre».

Il a donc été interpellé et conduit menotté dans le dos par les policiers vers leur voiture, dans une grande confusion selon des témoins, dont une voisine octogénaire qui a déclaré à l'AFP «avoir encore dans les oreilles les cris abominables» du père et d'une de ses filles.

«Dysfonction cardiaque»

Selon plusieurs témoignages, l'homme souffrait de problèmes cardiaques connus du voisinage et en avait déjà avisé les policiers. D'autres affirment l'avoir signalé à ces derniers au moment des faits, ce qui n'apparaît pas dans la procédure selon une source proche de l'enquête. L'autopsie du corps de la victime a conclu à un décès en lien avec une «dysfonction cardiaque», en ne relevant «aucune trace de coup ou de violence».

Sur une vidéo d'un témoin obtenue par RTL, on voit le père de famille être sorti du bâtiment pratiquement les genoux à terre, porté par deux policiers. On ne peut toutefois pas déterminer sur ces images s'il est déjà inanimé ou seulement réticent à son interpellation. «Il ne voulait pas marcher, les policiers ont dû le porter», assure pour sa part Lætitia Philippon, directrice départementale de la Sécurité publique de la Savoie.

En tout état de cause, relate le parquet, «quelques instants plus tard il était pris d'un malaise dans le véhicule et décédait malgré les tentatives de réanimation des policiers et des secours». Les enquêteurs de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) de Lyon ont commencé jeudi l'enquête ouverte par le parquet pour recherche des causes de la mort.

«Drame terrible»

La femme de la victime et ses enfants, trois d'entre eux âgés d'environ 4 à 10 ans, étaient présents dans le logement mais n'ont pas assisté au décès. La voisine a mentionné qu'un quatrième enfant, grand prématuré, se trouvait en couveuse à l'hôpital.

Selon le parquet, la mère et ses enfants ont été «immédiatement pris en charge et logés dans un foyer», tandis que les policiers feront l'objet d'un suivi psychologique, indique Lætitia Philippon. Cette dernière a qualifié cette affaire de «drame terrible pour la famille et de choc important pour les policiers».

Créé: 05.07.2019, 11h52


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