Vendredi 14 décembre 2018 | Dernière mise à jour 12:47

Justice Interpol traque un... prisonnier

L’Ethiopien qui avait détourné son avion sur Genève est toujours en prison. Mais à en croire Interpol, ce serait un fugitif en cavale.

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Un homme emprisonné depuis des mois apparaissant comme un malfrat en cavale, voilà qui semble incroyable! «Le Matin» a pourtant découvert que le copilote éthiopien qui a détourné il y a un an son Boeing 767 sur Genève est recherché par Interpol. Se serait-il enfui? Pas du tout. «Le ressortissant éthiopien se trouve actuellement en détention provisoire», indique Jeannette Balmer, porte-parole du Ministère public de la Confédération, en charge du dossier.

Un «traître» à la patrie

H. A.*, 31 ans, fait pourtant bien l’objet d’une notice rouge d’Interpol. On y lit qu’il est recherché «par les autorités judiciaires éthiopiennes» pour «poursuites/exécution d’une peine». Charges: «saisie illégale et contrôle d’un aéronef».

L’Ethiopie sait que le copilote est incarcéré en Suisse. Sait qu’il sera jugé en Suisse. Et sait que la Suisse a refusé de l’extrader. Mais émet quand même un avis de recherche? «Une notice rouge ne peut être supprimée qu’à la demande du pays qui l’a requise», nous indique-t-on du côté d’Interpol.

La bizarrerie a une explication. L’Ethiopie considère officiellement H. A. comme un «traître» à sanctionner. Et avait même décidé de le juger en son absence. Ce au mépris d’une règle de droit fondamentale interdisant qu’une même personne soit jugée deux fois par deux instances différentes pour le même délit. Le pays poursuit donc sa sorte de fuite en avant au défi de toute logique. «Interpol a diffusé cette notice à la demande des autorités éthiopiennes. Et un procès en Ethiopie s’est tenu in absentia, sans que nous ne disposions d’aucune information quant à la manière dont il s’est déroulé. En particulier, je ne sais pas si les règles du procès équitables ont été de près ou de loin respectées. Je ne sais pas davantage si ce procès a abouti à une condamnation ou pas», commente Me Philippe Currat, l’avocat du copilote.

Mais n’en déplaise à l’Ethiopie, l’avenir judiciaire de l’étrange pirate de l’air qui était descendu avec une corde de son cockpit pour demander l’asile à la Suisse est bien ici. Or l’affaire n’a pas beaucoup avancé. Pas de charges spécifiées. Pas de procès en vue. «L’instruction à l’encontre du copilote se poursuit. Il s’agit tout d’abord de se faire une image complète des faits qui se sont déroulés lors du détournement de l’avion», note Jeannette Balmer. Qui, «compte tenu du secret de l’instruction et de fonction» ne répondra à aucune autre question.

202 personnes à entendre

L’avocat genevois de l’Ethiopien précise «qu’il va bien». Et Me Currat peut expliquer l’apparente lenteur de l’affaire. «Il n’est pas anormal que la procédure dure autant, notamment du fait que nous avons eu besoin de récolter les données liées au vol venant d’autorités étrangères, qui ont mis particulièrement longtemps à répondre. Comme il s’agit de données techniques spécifiques, il a fallu attendre de les recevoir pour réaliser les expertises techniques et scientifiques nécessaires. Enfin, le Ministère public de la Confédération se doit, procéduralement, d’atteindre tous les passagers de l’avion et est encore dans l’attente de certaines informations les concernant.» Bref, il va encore se passer des mois avant que le copilote affronte un procès. Il y avait 202 passagers et membres d’équipage dans le Boeing qu’il a détourné…

* Nom connu de la rédaction (Le Matin)

Créé: 28.02.2015, 13h37

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